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50 ans de présence des prêtres-ouvriers dans notre diocèse

A quelques mois du colloque organisé en décembre dernier à Saint-Denis, à l’occasion du 50e anniversaire de la reprise des prêtres-ouvriers, et à quelques jours de la fête des 50 ans de la Mission ouvrière à Sevran (9 avril), deux prêtres-ouvriers nous livrent leur témoignage...
Les prêtres-ouvriers dans notre diocèse… Hier et aujourd’hui

50 ans, comme notre diocèse. Le 23 octobre 1965, à la fin du concile, les évêques français redonnent vie officiellement au ministère des prêtres-ouvriers. Pour fêter cette renaissance, une quinzaine de manifestation se sont déroulées à travers la France. Et un colloque national a eu lieu chez nous, à Saint Denis, le weekend des 5 et 6 décembre 2015. Quelle est la pertinence du ministère de prêtres-ouvriers aujourd’hui ? Comment ce ministère interpelle les pratiques missionnaires de l’église ? Des historiens, des théologiens et un philosophe ont étayé notre recherche…

Un témoin des origines

André Depierre, un prêtre du jura. « C’est la Résistance, dit-il, qui m’a amené à Paris et qui a accompagné mes premiers pas à Montreuil. élu par mes confrères et nommé par le cardinal Feltin, responsable de la Mission de Paris en 1960, j’ai quitté mon travail dans le bâtiment pour rassembler les P.O. "obéissants" (au sens de la lettre aux Philippiens) de France et de Belgique et préparer intellectuellement et spirituellement la renaissance qui eut lieu le 23 octobre 1965, par la volonté de Paul VI et l’Assemblée épiscopale de France unanime. Le comité épiscopal de la Mission ouvrière présidé par le père Pierre Veuillot, m’a demandé de préparer et de suivre les équipes de nouveaux P.O. J’ai fait ce que j’ai pu, en France, en Belgique, un peu en Italie et en Espagne. Toujours dans la même ligne de communion d’église et de fortes spiritualités. Il prêchera de nombreuses retraites, même à des évêques ! »

Dans notre diocèse

La Mission ouvrière demande à Bernard Fèvre, qui vit toujours à Aubervilliers, de reprendre le travail pour qu’il y ait aussi des prêtres diocésains et pas seulement des religieux. à la demande de "Dédé Depierre", c’est ce travail d’animation qu’il fera dans le diocèse. Le choix des P.O. se portait alors sur les usines nombreuses en 93 et le bâtiment. Une équipe nationale des chantiers en naîtra. Un collectif national de jeunes se destinant à être prêtres sera pris en charge sur notre diocèse. Pour nous, nos équipes de partages de vie et de prière nous portent les uns les autres et nous permettent de raviver notre mission. Pendant longtemps, il y eu 3 équipes de P.O. :  à Saint-Denis, à Montreuil et le nord-est du diocèse.

Aujourd’hui...

Nous formons une équipe diocésaine de 6 P.O. en retraite. Dédé Depierre écrivait au père Olivier de Berranger : « Je félicite les P.O. en retraite qui ont repris des parts de ministère traditionnel (il en cite trois). Il faut nourrir les communautés existantes, paroisses ou aumôneries. Mais cette volonté de service privilégie forcément une part des pauvres à évangéliser, ceux déjà rassemblés, mais les 90% « en dehors » ? Où sont alors les appels à  Paul des Macédoniens ?

Voici résumés nos principaux engagements. Bernard Fèvre, en foyer-logement à Aubervilliers est écrivain public ; il a été longtemps accompagnateur en soins palliatifs. Jacques Gueddi est en cité à Saint-Denis et suis particulièrement l’interreligieux. François Yverneau, dans l’équipe jésuite de la Plaine Saint-Denis est écrivain public et au syndicat CFDT des transports. Jean Saillant à Sevran, habite en cité, retraités CFDT et pastorale de la santé. Bernard Leloup, Mission de France, à Pierrefitte ; présence dans sa cité, syndicat PTT des retraités. Albert Mériau, Missionnaire de la Plaine, amicale des locataires et conseil de quartier, au syndicat retraités CGT et accueil des sans-papiers. Pierre Collignon, longtemps dans l’équipe de Montreuil avec Dédé Depierre, vient de rentrer dans une maison de retraite du quartier.

Sur le diocèse, nous avons tous participé à la JOC (Jeunesse ouvrière chrétienne) ou à l’ACO (Action catholique ouvrière). Presque tous en cité en novembre 2005. Dans nos 4 cités, nous avons vécu « la révolte des banlieues ». Mais ce n’est pas nous qui avons mis le feu !

Deux copains sont maintenant en maison de retraite, une maison de tout le monde et à proximité de leur ancien lieu de vie. Dédé Depierre insistait : « Il serait souhaitable que des prêtres retraités encore valides puisent entrer dans des maisons de retraite laïques. Quel beau ministère, merci Seigneur ! André a terminé dans une maison de retraite de son Jura natal.

Bernard Leloup, prêtre-ouvrier à Pierrefitte
Albert Mériau, prêtre-ouvrier au Blanc-Mesnil

 

Pourquoi je suis devenu prêtre-ouvrier ?
Quel sens d’être prêtre ouvrier ?

Je suis né en 1927 dans une famille chrétienne. J’ai reçu de mes parents une foi vivante. Le dimanche on assistait en famille à la messe. Jusqu’à la guerre en 1940, je n’avais aucun projet définitif pour mon avenir. Vers cette époque, différents mouvements dans l’Eglise (JOC-JEC-JAC) ; je suis intéressé par la JEC et aussi par les équipes de secours de la Croix Rouge. Ce qui m’amène à secourir des gens dans les quartiers bombardés d’Arras. à cette époque, il y a un souffle de l’Esprit qui fait prendre conscience à l’Eglise de France de l’état de déchristianisation en certaines régions. Un livre parait « La France, pays de mission ? ». En 1941, le cardinal Suhard crée la Mission de France à Lisieux en vue d’envoyer des prêtres dans les milieux déchristianisés et manquant de prêtres.

Il y a la phrase très connue du cardinal Suhard : « Il y a un mur qui sépare l’Eglise du monde ouvrier qu’il faut abattre ». En 1944, il crée la Mission de Paris et envoie des prêtres au travail. Il y a aussi le retour des prêtres prisonniers ou qui sont allés au STO (Service du travail obligatoire) et qui ne vivent plus de la même manière leur sacerdoce. Tous ces événements me marquent profondément et me font réfléchir jusqu’à l’armée en 1947.

Durant mes études, j’ai lu les essais du personnalisme d’Emmanuel Mounier. Il magnifie la grandeur et le respect de la personne humaine : sortir de soi, comprendre l’autre, la valeur libératrice du pardon et de la confiance. Cette lecture sera la base, et la vie en moi du respect de toute nature humaine.

Après le régiment, je décide d’entrer au séminaire d’Arras. Je n’y reste que deux ans pour rentrer au séminaire de la Mission de France. L’idée d’être prêtre-ouvrier avait mûri entre temps. Mais les sanctions de Rome sur le travail des prêtres, l’arrêt du séminaire à Lisieux fait que je me repose la question. Ma foi en un Dieu Père et Amour, mon désir de travailler au respect de tout homme et surtout des plus déshérités ; au milieu des "oukases" de l’Eglise, j’accepte d’être ordonné prêtre à la Mission de France (1954). Je fais de la distribution de tracts dans un quartier. Je suis employé municipal en attendant 1965 où Rome décide la reprise du travail pour les prêtres. Je me fais embaucher aux PTT (La Poste aujourd’hui).

Qu’elle est donc ma manière de vivre ?

C’est d’abord de vivre d’un salaire, d’un logement à payer, d’assurer les multiples tâches qui en découlent. C’est entrer dans le monde du travail ; dépendre d’un chef de travail, des horaires de travail. Tout cela fait regarder le monde d’une autre manière ; c’est devenir dépendant, ce qui oblige à avoir un regard collectif et non individuel.

Avoir un regard collectif demande de s’engager dans un syndicat pour défendre les droits de ceux qui sont écrasés par des puissances économiques (à la CGT, syndicat le plus éloigné de l’Eglise). Il m’est arrivé aussi de défendre des camarades devant l’administration. Par la suite, je suis engagé au MRAP (Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples) pour aider les travailleurs sans papier. Mes engagements étaient d’ouvrir les yeux et d’écouter tous ceux qui restent sur le côté de la vie.

Pendant la retraite, après mon départ de Villetaneuse, j’ai cherché à vivre dans un quartier difficile, à Pierrefitte ; essayer d’être un témoin au milieu de ceux qui n’ont plus de repères. J’y suis depuis presque 20 ans. Un témoignage peut avoir de la valeur, s’il y a une durée. Je rends grâce à ce jour à tous ceux que j’ai rencontrés et au Seigneur d’avoir pu vivre un choix de vie.

Bernard Leloup, 12 février 2016

JOC : Jeunesse ouvrière chrétienne - JEC : Jeunesse étudiante chrétienne - JAC : Jeunesse agricole catholique
 

Le ministère P.O., hier et aujourd’hui

Notre ministère n’est pas un sacerdoce diminué ou amputé. Il participe dès le départ, à celui de Jésus de Nazareth. La première responsabilité du prêtre – vitale pour lui et pour l’Eglise – ne demeure-t-elle pas le témoignage de la foi au ressuscité et l’annonce en acte de la bonne nouvelle du Dieu d’amour aux opprimés et aux pauvres, de toutes les pauvretés ?

Jamais nous ne dirons assez ce que la vie et la solidarité ouvrières nous ont enseignés à nous et à toute l’Eglise. La grandeur spirituelle du travail manuel et collectif, l’honneur de demeurer des hommes debout, malgré l’écrasement et la fatigue, le sens d’une fraternité entre tous les exploités, le courage et le renoncement personnel nécessaires à toute lutte de justice, la dignité du pauvre, etc. La vie partagée avec les travailleurs ramène forcément à une autre lecture de l’Evangile : les paraboles de Jésus deviennent chair et sang sous nos yeux. On voit Dieu par son reflet dans les hommes. (Courrier P.O. de mai 1989)

Pour évangéliser, la condition fondamentale est bien que nous sachions voir les merveilles d’humanité vécues par les plus pauvres, la trace de Dieu en eux.

Le monde contemporain en pleine mutation n’est plus du tout celui des années 40 qui a vu naître les P.O. Le mur de Berlin est tombé en 98. Le marxisme n’est plus la référence idéologique qu'il a été. L’idéologie libérale imprègne insidieusement toutes les mentalités sans dire son nom. L’Eglise a perdu son emprise sur la société ; et la sécularisation émancipe les individus de toute autorité incontestable. Le sens du collectif et de la solidarité est atteint dans ses fondements. Les hommes et les femmes de ce temps sont en mal d’identité.

Dans un tel contexte, comment mettre en œuvre un ministère de fraternité pour que ce signe soit perçu par les hommes et les femmes de ce temps. L’intuition, l’innovation des prêtres-ouvriers procède d’un regard différent sur le ministère presbytéral. L’accent qu’ils mettent sur un « ministère de proximité » n’a pas épuisé sa fécondité pour l’Eglise.

Ce n’est pas notre survie qui nous préoccupe, mais l’avenir du service de l’Evangile auprès du monde ouvrier ou populaire. Plus largement, ce qui est en jeu, c’est l’inculturation à nouveaux frais de l’Eglise dans le monde qui est le nôtre aujourd’hui. Il y va du témoignage de l’Eglise dans ce monde afin qu'’il entende lui aussi « dans sa langue, l’annonce des merveilles de Dieu » comme au jour de la Pentecôte.

(Extraits du journal "Courrier P.O.")

 

Fête des 50 ans de la Mission ouvrière (9 avril 2016, 14h30-22h30)

Site national des prêtres-ouvriers (Montreuil)

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