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10 ans - et plus - de diaconat...

Un peu plus de onze ans que j'ai été ordonné - nous étions quatre en l'an 2000 -, seize années depuis l'interpellation. Je n'ai pas demandé à être ordonné diacre, c'est l'Eglise qui m'a appelé. J'ai donc répondu à un appel : est-ce que j'en mesurais alors la portée ? Avais-je conscience de ce qui m'attendait ? Certainement pas. J'ai dit « oui » parce que l'Eglise me disait avoir besoin de moi dans ce statut, différent de celui de laïc qui était alors le mien et qui me convenait très bien.

Aujourd'hui, avec le recul, je me rends compte que le jour de mon ordination je n'avais pas pleinement conscience de ce à quoi j'étais appelé. Je pense souvent à cette parole du Christ à Pierre : « Quand tu étais jeune, tu mettais ta ceinture toi-même pour aller là où tu voulais ; quand tu seras vieux, tu étendras les mains, et c'est un autre qui te mettra ta ceinture, pour t'emmener là où tu ne voudrais pas aller. » (Jean 21, 18). Eh bien, toutes proportions gardées, c'est un peu ce que j'ai le sentiment de vivre.
Le diaconat me mène sur des chemins que je ne connaissais pas, me fait vivre des expériences jusqu'alors inconnues.

Lorsque nous étions en formation, on m'a dit que le diacre était l'homme du seuil, le trait d'union, en quelque sorte une passerelle entre l'Eglise et le monde ; cela m'a semblé pertinent, même si, de fait, beaucoup de laïcs tiennent ce rôle sans être ordonnés. Être sur le seuil implique d'avoir un pied dedans, un pied dehors, et cela est naturel, les chrétiens sont aussi du monde ; les gens qui sont au-delà du seuil perçoivent très bien ce rôle, sans doute parce qu'ils ont la sensation que l'Eglise, par l'intermédiaire du diacre, se rend proche d'eux.
C'est une dimension du diaconat qu'il faut certainement développer. Cela m'a permis de faire des rencontres qui m'ont transformé, de vivre des situations qui ont questionné ma foi et dont je ne suis pas sorti indemne.
Ce que j'avais moins perçu alors, c'est la dimension que peut prendre la liturgie dans ce rapport. Cela, je l'ai découvert dans ma première mission à l'aumônerie de la maison d'arrêt départementale ; là, plus qu'ailleurs peut-être, la célébration dominicale prend une dimension particulière, très importante dans la vie de l'aumônerie, en particulier par l'investissement qu'elle demande et les difficultés à surmonter. Et aussi par les célébrations de baptême ou de mariage que j'ai eu à assurer là ou ailleurs.

On m'a dit aussi que le diacre est l'homme du service, « ordonné pour que toute l'Eglise soit servante ». Un témoin, un modèle en quelque sorte ! Quelle responsabilité ! Mais au service de quoi, de qui ?
De l'évêque auquel j'ai promis obéissance, certainement, de ma paroisse, d'un service diocésain, des prêtres ? C'est moins évident, alors que certains ont souvent la tentation de nous accaparer : combien de fois n'ai-je pas entendu dire « notre diacre ». Alors, peut-être, au service des hommes, au service de la Parole, au service de la prière et de la liturgie, cette triple diaconie qui est au coeur de notre vocation de baptisé et dont Claude (Scheuble) parle si bien. Avec trois pieds, il est possible de tenir un équilibre, à condition qu'ils ne soient pas disproportionnés les uns aux autres.
L'équilibre est aussi à tenir entre la vie de famille, la vie professionnelle, la vie de la cité, la vie de l'Eglise locale et celle de l'Eglise diocésaine. Mais voilà, selon les moments, je privilégie l'une par rapport aux autres, je me déséquilibre ; alors le diacre, un équilibriste ? Pas nécessairement, mais surement quelqu'un d'équilibré.

Etre au service ne signifie pas tout faire, ou en faire beaucoup, c'est une posture, celle que Jésus a enseigné à ses disciples, celle de quelqu'un qui n'agit pas pour son propre compte, mais pour le compte d'un autre, au service de la mission ; là où il est envoyé, le diacre doit être un veilleur et un éveilleur. C'est plus dans « l'être » que dans le « faire » que nous sommes attendus.

Durant ces années, je suis dans la douzième, l'idée que j'avais du diaconat a donc beaucoup évoluée au fil des expériences et des rencontres que j'ai vécues, elle s'est affinée, mais elle n'est pas été bouleversée.
Ce qui a beaucoup changé me semble-t-il, c'est le regard que les autres portent sur moi, et aussi la perception qu'ils ont du diaconat, à travers moi ou d'autres. Avant j'étais dans l'assemblée des fidèles avec ma famille ; aujourd'hui, je suis souvent face à l'assemblée, seul ou avec un prêtre, ou d'autres clercs. Je suis au premier plan et tous les regards sont tournés vers moi. Il arrive même que l'on écoute avec attention mes paroles. Non pas que tous boivent mes paroles, beaucoup doivent me considérer comme un doux rêveur, mais ils écoutent néanmoins...
Au début ils ne savaient pas trop, surtout que j'étais peu présent le dimanche en raison du service à la prison ; aujourd'hui ils se sont habitués à ma présence et ont, je crois assez bien compris que le diacre n'est pas un substitut du prêtre, que c'est autre chose. Et beaucoup sont heureux de me saluer, même s'ils ont du mal à m'appeler par mon prénom que j'essaie d'imposer sans beaucoup de succès ; j'ai donc droit à l'appellation de « père », en contradiction totale avec la parole du Christ.

Les prêtres ont du, eux aussi, faire des efforts pour s'habituer à la présence des diacres, à leur faire place dans les célébrations, malgré souvent le manque de formation et l'inexpérience de ces derniers, et aussi dans les services. Ces rapports restent néanmoins souvent compliqués et je crois que nous devons veiller à rester à notre place, mais sans rien céder sur celle-ci. Là aussi, cela requiert quelquefois des dons d'équilibriste.

Aujourd'hui, plus que la célébration de 20 années de diaconat dans notre diocèse, ce qui n'est certes pas rien, c'est même une grande chance pour l'Eglise, je serai heureux qu'on en recueille les fruits, pour faire évoluer nos pratiques, nos façons d'appeler et de gérer ces hommes qui acceptent de donner quelque chose en plus à l'Eglise. On parle beaucoup du discernement, mais moins de besoins de formation personnalisés, moins d'accompagnement et de suivi dans les missions confiées. Il serait sans doute bénéfique que le comité diocésain réfléchisse à cela ; mais peut-être l'a t-il déjà fait.
 

Jean-Pierre Rossi, vit à Villepinte Ordonné diacre permanent en 2000 Service diocésain du catéchuménat