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L'église catholique en Seine-Saint-DenisAssociation diocésaine de Saint-Denis-en-France
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5 ans !

Quelques jours avant mon ordination, le 25 mars 2006, j'ai reçu une lettre d'un ami dans laquelle il me disait : « Je suppose qu'il faut te féliciter »... Pour cet ancien camarade de lycée, que je savais éloigner de toute religion, je mesurais son ignorance concernant le diaconat ; aussi, je lui ai fait parvenir un document sur le diaconat.

Peut-être que, quand même, cette « distinction » pour son ami croyant, l'a interrogé quelque peu sur cet événement d'Eglise, mais sans être capable d'en dire plus. C'est peut-être aussi ce qui s'est produit pour des anciens collègues de travail, non religieux, qui ont assisté à cette célébration.

Pour les chrétiens, le diaconat est-il mieux compris ?
Oui, si on constate que peu sont venus à la soirée paroissiale de présentation du diaconat,... cependant des doutes surgissent. Car déjà cet appel au diaconat ne venait pas de ces paroissiens de Livry-Gargan, mais du mouvement des Equipes Notre-Dame... Car ce secteur, celui de la Nationale 3, n'avait pas de diacre jusqu'en 2006 et qu'il a fallu attendre 2011 pour qu'il y en ait un second.
Un an après mon ordination, pour l'EAP (Equipe d'animation paroissiale), j'avais rédigé un texte afin d'éclairer le rôle du diacre à l'autel. Quelques-uns m'ont dit alors que c'était pour eux une découverte... aussi l'un d'eux, responsable liturgique d'un clocher, dès qu'il me voit, il m'octroie la lecture de la prière universelle.
Car, pour mes « cinq ans », avait été adjointe à la feuille dominicale une assez longue explication sur ce que signifiait la présence d'un diacre à l'autel. Des paroissiens m'ont dit qu'ils furent bien intéressés par ce texte...
Enfin, mais là c'était en Belgique... Dans deux lieux de retraite, chez les jésuites et dans un Foyer de charité, j'ai entendu cette réflexion de la part de retraitants « en vous voyant, j'ai mieux compris le rôle du diacre ».
Il est vrai que, moi-même, lorsqu'on me proposa de réfléchir à un appel pour le diaconat, je ne savais rien de ce rôle, et, simplement, voulant servir ceux qui m'avaient appelé, et, au-delà d'eux, mes compagnons de foi, j'ai accepté.

Le diaconat me remplit de bonheurs et me permet d'approfondir ma foi.
J'essaie sur les deux paroisses de Livry-Gargan, dans l'équipe d'accueil des sans papiers à Rosny-sous-Bois, et dans ma tâche d'aumônier diocésain du Secours catholique de remplir, comme vous, les missions confiées par notre évêque. Bien entendu, pour mieux les remplir nous comptons sur la prière, les lectures, les formations, le groupe de vie, les retraites de diacres. En particulier cette mission est faite d'une présence écoutante, d'un service des proches et des moins proches. Le père Congar ne parle-t-il pas de « sacrements-personnes », notamment pour ceux qui ont été missionnés par l'Eglise ?
Autant que possible, comme vous aussi, je suis dans ma communauté paroissiale, à l'autel le dimanche ; je fais régulièrement des homélies, et, pour ceux qui me le demandent expressément, des baptêmes, des mariages ou des obsèques. Donc là aussi, proximité avec ces paroissiens qui m'appellent fréquemment "Michel" ou "mon père" (puisque les diacres n'ont pas de titres) ou encore, plus joliment, « mon diacre ».

Le diaconat m'a projeté vers les autres, vers tous les autres. Quelque part, on s'appartient moins, on appartient à l'autre, à celui qu'on salue avant le début d'une célébration, ou à la fin de celle-ci, au sans papier que l'on reçoit. Il est vrai que pour ces étrangers, ce qui leur importe c'est un accueil chaleureux et compétent et non le statut de la personne d'accueil.
En revanche, du côté de ceux qui s'activent à la délégation du Secours catholique, il y a sans doute un regard attentif sur ce diacre présent parmi eux. En voici un exemple contrasté : une personne salariée du Secours catholique, très distante de toute religion, a été pour moi la plus aidante pour demander l'existence d'un lieu de recueillement spirituel à Rosny-sous-Bois, « Secours catholique oblige », disait-elle. Or, pour une bonne part, ce sont des chrétiens bénévoles, qui, craignant des réactions agressives de certains accueillis, ont mis en échec ce projet... Ils n'ont accepté qu'une présence spirituelle moins ostentatoire.
Pour ce souci de présence, je fais cette parenthèse : il y a celle que requiert ma « seconde paroisse », c'est-à-dire mon couple, mes enfants et petits enfants. Je ne crois pas avoir négligé cet équilibre... « Le devoir de s'asseoir » mensuel, (prière et échange profond en couple), est là pour y veiller. Parfois, Bénédicte, me suggère, utilement, des engagements ou des préoccupations que je ne n'avais pas assez repérés.
Ainsi, ayant beaucoup reçu avec le diaconat, je me dois d'encourager ceux qui seraient appelés sur ce chemin. Ce qui me fait souffrir est que cette chance, que représente le diaconat pour mon Eglise, n'est pas davantage saisie et déployée.
De façon rapide, je pense qu'il ne devrait pas y avoir de communauté chrétienne sans diacre, or évidemment, on est loin du compte. Cela signifie, en clair, à mon avis, que les chrétiens de nos paroisses sont bien loin, une fois encore, pour la plupart, d'avoir saisi l'importance du diaconat pour nous tous. Nos communautés chrétiennes restent demandeuses de sacrements, de recevoir la communion... et donc de prêtres. « Ah oui, ces diacres, ils sont sympathiques... mais notre messe ? » Juste souci... qui, cependant, ne débouche guère en matière de vocations sacerdotales.

Le diaconat pourrait davantage faire avancer nos communautés dans leur vécu de foi. Admettez ce rappel : une célébration répond à un appel du Christ (on carillonne) qui rassemble et sert ses disciples (Table de la Parole et Table eucharistique) ; ses disciples viennent du monde puis y sont renvoyés (ne faudrait-il pas donner plus de lustre à cet envoi de l'assemblée... en carillonnant à nouveau ?)
Le diacre est le serviteur du président de la célébration, et le serviteur de l'assemblée : ce service passe par ses attitudes, par ses gestes, par ses paroles qui sont généralement différents, distincts des attitudes, des gestes et des paroles du célébrant, de celui qui est « in persona Christi ». Par sa forme d'être, le diacre reflète les attentes de l'assemblée, qui aspire à recevoir des forces pour mieux vivre sa foi, son espérance et sa charité.
Aussi ne peut-on pas encore plus signifier ce lien, ce pont entre l'assemblée et "son" diacre ? Par exemple, mais je ne l'ai fait que trop rarement, non pas forcément lire la prière universelle, mais aller chercher dans l'assemblée la ou les personnes qui vont faire cette lecture ; ou encore recevoir les corbeilles de la charité pour les mettre au pied de l'autel, (combien parfois le temps de l'offertoire va trop vite), ou encore faire une invitation au geste de paix "moins routinière" dans sa formulation. Dans ce domaine, ne faudrait-il pas, frères diacres, échanger davantage nos pratiques liturgiques ?
Il y a vraiment, à mon sens, un "déficit" du diaconat. J'en veux encore pour preuve la rareté des échanges avec mes frères prêtres, ou l'absence d'interrogations des uns et des autres, sur mes missions extérieures. En septembre dernier, je suis passé quelques secondes à la télé lors d'un rassemblement devant la préfecture pour dénoncer les conditions d'accueil des étrangers : « Michel, on t'a vu à la télé » mais cela n'a pas été suivi d'une invitation à en dire un peu plus sur cet événement. Or, pour que toute communauté chrétienne ait son diacre ou le désire, ne faut-il pas l'aider avec des signes plus forts ? Ne devrait-il pas y avoir un diacre auprès de chaque curé, de chaque modérateur, de chaque vicaire épiscopal, du vicaire général, auprès du pape, de façon visible, « Où vas-tu sans ton diacre ? »... ou auprès de l'évêque ? Vous connaissez ceci de saint Ignace : « que le diacre soit l'oreille de l'évêque, sa bouche, son coeur et son âme, parce que vous êtes deux en une seule volonté et dans votre unanimité l'Eglise aussi trouvera la paix. » ; et cet évêque appelait ses diacres « ses compagnons de service ».
Donc un ensemble d'éléments qui devraient aider nos paroisses à mieux penser le rôle complémentaire des deux ministres, prêtre et diacre, à leur service et donc d'appeler à ces deux ministères pour assurer la vie de cette communauté chrétienne. Voici une comparaison hasardeuse, boiteuse certes : le diacre est comme la main du chef d'orchestre, elle n'est pas le chef, elle n'est pas le tout des indications du chef, elle est au service du chef ; du côté de l'orchestre, les musiciens regardent avec attention le chef et notamment les mouvements de sa main.

Le père Sesbouë a dit : « Il y a maintenant trois pôles : Jésus, les Douze et la foule. Tout se passe selon un mode existentiel ». Le prêtre, le diacre et l'assemblée ne forment-ils pas aussi un lien existentiel qui est sacrement du salut. Ce lien existentiel, il le présente d'une autre manière : « L'Eglise a été présentée par Vatican II comme le grand sacrement du salut, posé dans le monde comme son signe efficace. Ce signe global est fait d'une multitude de signes parmi lesquels il y a le ministère ordonné ». Alors ce diaconat permanent, remis en place par Vatican II, devient un des moyens pour qu'advienne ce que ce Concile croyait avoir atteint : « nous sommes passés d'une Eglise cléricale à une Eglise Peuple de Dieu, d'une Eglise de chrétienté à une Eglise missionnaire, d'une Eglise du rite à une Eglise de la Parole, d'une Eglise des normes à une Eglise de l'expérience humaine, d'une Eglise uniforme à une Eglise plurielle, d'une Eglise d'adaptation au monde à une Eglise de participation à la mutation du monde, d'une Eglise caution de l'ordre social à une Eglise parti pris des pauvres, d'une Eglise pourvoyeuse de services religieux à une Eglise communauté responsable » (propos du recteur de l'université Saint-Paul d'Ottawa).
Le diaconat permanent est une chance pour l'Eglise et une joie pour tous !
 

Michel Richoux, vit à Livry-Gargan Ordonné diacre permanent en 2006 Aumônier diocésain du Secours catholique