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De l'espérance dans nos vies (N°19 / Octobre - Novembre 2014)

P. Lissac / Godong

L’espérance, c’est le goût de la vie et le désir profond du bonheur, le premier désir, commun à tous les êtres humains, selon saint Augustin. Que nous dit le prophète Osée ? Que Dieu répond à ce désir, non en nous faisant quitter le désert, mais en nous offrant son intimité : nous parler « cœur à cœur ». L’espérance renait dans ce désir de Dieu et d’entendre sa Parole.

Photo A. Pinoges / Ciric

«  Ne vous laissez pas voler l’espérance ! » pape François

 

Parler « cœur à cœur » avec le Seigneur

La graine qui tombe dans la terre de nos cœurs affamés

S’entraîner à l’espérance

La vocation pour remède

La vie est une chaîne d'espérance

« Lève-toi et marche ! » (Jean 5, 8)

Ferme dans la foi

La dimension collective et éternelle de notre foi

Le Christ, source de toute espérance

Repères

 

Parler « cœur à cœur » avec le Seigneur

Sœur Hélène Bureau, religieuse de l’Assomption, professeur d’Histoire-Géographie au collège-lycée de l’Assomption de Bondy

Remettre l’espérance dans nos vies, je ne trouve pas ça si facile en ce moment ! Moi-même,  éprouvée par une année scolaire chargée, avec beaucoup de travail et le sentiment d’être seule pour réaliser tout cela, je me dis souvent : « La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux » (Luc 10, 2). Mais dans les moments difficiles, ce qui m’aide c’est de relativiser les choses en pensant aux divers soutiens dont je bénéficie, notamment celui de ma communauté. Et puis il y a bien pire dans le monde, regardons l’actualité !

J’essaye aussi d’être attentive aux clins d’œil qui me parlent d’espérance ou viennent la ranimer : ces jours-ci par exemple on m’a prêté un livre : Vivre l’espérance, de Sœur Marie Stella (Bayard, 2013). Ce genre de lecture fait du bien, elle nous montre comment d’autres chrétiens s’engagent et se battent pour faire du bien autour d’eux.

Dans la Bible, il y a aussi un passage qui me frappe beaucoup: « Je vais t’entraîner au désert, et je te parlerai cœur à cœur... Et je ferai de la Vallée-du-Malheur la Porte de l’Espérance » (Osée 2, 16-18)
Cette image du désert me semble très parlante : n’est-ce pas comme cela que l’on se sent intérieurement quand on traverse une épreuve et que l’on perd espoir que cela s’améliore ? Et pourtant, nous gardons au fond du cœur un désir, celui de sortir des impasses et des moments difficiles. L’espérance, c’est le goût de la vie et le désir profond du bonheur, le premier désir, commun à tous les êtres humains, comme dit saint Augustin. Que nous dit le prophète Osée ? Que Dieu répond à ce désir, non en nous faisant quitter le désert, mais en nous offrant son intimité (nous parler « cœur à cœur »).

Transmettre la bonne nouvelle de l’Emmanuel

Dieu nous ramène toujours à notre réalité, alors que nous aurions la tentation de nous évader pour chercher ailleurs le bonheur. Mais la promesse de Dieu c’est sa présence : « Je suis l’Emmanuel, Dieu avec toi, comme un bon berger qui s’occupe de toi, qui est toujours là sur le chemin de la vie ». L’espérance renait dans ce désir de Dieu et d’entendre sa Parole. Ainsi, les soucis s’apaisent en revenant à l’essentiel.

Remettre de l’espérance est aussi pour moi une mission. Faire cette expérience de l’espérance implique de la transmettre aux autres : « vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement » (Matthieu 10,8). Actuellement, nous sommes dans un monde décourageant (crise économique, société déboussolée) qui n’aide pas les jeunes à espérer, à avoir foi en soi. Cela, c’est mon travail, ma mission : faire aimer la vie, témoigner que la vie est bonne. Comme enseignante, je vois que j’ai une « bonne nouvelle » à transmettre à chacun de mes élèves : « tu vaux beaucoup tel que tu es, tu peux t’améliorer, et tu as une place à prendre dans le monde. Vas-y ! »

 

La graine qui tombe dans la terre de nos cœurs affamés

Marcio Peña, prêtre accompagnateur de l’aumônerie de la Maison d’arrêt de Villepinte, Aumônier des Conférences de St Vincent de Paul du diocèse de St-Denis

Quand je pense à l’espérance, je pense au Christ, « le Semeur d’espérance ». Il sort chaque jour pour venir à la rencontre des hommes et des femmes. Il partage gratuitement sans regarder les apparences. Pour moi, l’espérance est sa graine qui tombe dans la terre de nos cœurs affamés et parfois arides. Cependant, Il nous fait confiance et Il compte sur nous tels que nous sommes. Donc l’espérance est un don (vertu) qui se reçoit. Nous devons toujours demander au Seigneur de nous enraciner en Lui, pour avoir vivante en nous sa flamme, qui est le Christ tombé en terre et ressuscité.

Comme dit notre pape François : «  ne vous laissez pas voler l’espérance ». Car, sans elle, nous fermons l’avenir et il n’est plus possible de créer la nouveauté de Dieu dans nos vies. L’humanité se dénature et perd le goût du vrai bonheur. C’est un travail de chaque jour de vérité et d’humilité. J'entre dans une dynamique, où je suis responsable de labourer la terre, mais la graine ne m’appartient pas, ni l’arbre, ni les fruits qui pousseront. L’exigence, c’est de « demeurer en Lui » (Jean 15). C’est une connaissance sincère de ce que je suis en profondeur. On apprend à ne pas mettre sa confiance en soi-même seulement, mais en Dieu d’où vient la Vie.

L’épreuve de l’isolement

Ma mission me conduit à aller à la rencontre des hommes, qui sont aux périphéries de notre société. Ils sont dans l’épreuve de l’isolement de la prison. Leurs vies semblent un échec personnel, familial, professionnel, affectif… Néanmoins, ce sont eux qui m’ont appris à trouver l’espérance, la vraie, celle que personne ne peut nous enlever, parce qu’elle vient de Dieu. Saint Vincent de Paul disait que « les pauvres sont nos seigneurs et nos maîtres ». C’est ainsi qu’après avoir fait un long chemin d’écoute à cœur ouvert de tant de détresse en eux, d’une certaine manière, j’ai découvert un itinéraire possible en quatre étapes : 1- C’est le cri dans lequel on nomme ce qui nous fait mal, peur… Nous avons besoin d’une présence fraternelle, accueillante, qui écoute. 2- On reconnait qu’on n’est pas seul. Il y a quelqu’un qui attend avec nous. La famille, les amis, l’Eglise… jouent un rôle important. Et dans la foi, l’Autre avec majuscule se fait présent. 3- Alors, la prière est une source d’eau vive pour désaltérer nos désespoirs. La Parole prend une place vitale, car « Vivante, en effet, est la parole de Dieu, efficace et plus incisive qu’aucun glaive à deux tranchants… » (Hébreux 4, 12). Elle apporte consolation et paix aux croyants. En elle, nous pouvons contempler Jésus qui nous accompagne avec sa solidarité compatissante à nos faiblesses, puisqu’il « a été éprouvé en tout, d’une manière semblable, à l’exception du péché » (Hébreux 4, 15). Nous le contemplons prier et présenter nos prières au Père. Cette image est très encourageante dans les moments difficiles : je peux attendre, parce que quelqu’un a attendu et attend encore avec moi, Jésus le Christ, notre Seigneur. 4- Chanter les hymnes et les psaumes, est un pansement pour les cœurs blessés. On retrouve la joie de Celui qui est la joie des pauvres. La prière devient un chant. Saint Augustin dit que « chanter c’est prier deux fois ».

L’espérance dans la joie, comme dans les peines

Je ne pense pas qu’il faut être éprouvé pour vivre l’espérance, parce que le Seigneur est un Dieu vivant. Il vient à la rencontre de l’homme dans la joie et dans la tristesse. Sinon ce serait un Dieu pervers qui viendrait seulement quand on souffre. L’espérance jaillit aussi du cœur joyeux, de celui qui attend la naissance de la vie, qui aime et se sent aimé, qui construit des projets créatifs…

Or l’abondance et l’épreuve peuvent être deux lieux pour perdre le sens de la vie, de l’espérance. On peut le voir dans notre monde occidental aujourd’hui, qui semble tomber dans une sorte de fatalisme. Il me vient à l’esprit le Proverbe 30, 8-9 : « Seigneur, ne me donne ni pauvreté ni richesse, accorde-moi seulement ma part de pain. Car, dans l’abondance, je pourrais te renier en disant : "Le Seigneur, qui est-ce ?" Ou alors, la misère ferait de moi un voleur, et je profanerais le nom de mon Dieu ! C’est la simplicité de vie, de tous ceux qui prient « donne-nous aujourd’hui le pain de chaque jour ».

Espérer : un acte missionnaire

« Soyez toujours prêts à rendre compte de l’espérance qui est en vous » (1 Pierre 3, 15). Cette invitation, de l’apôtre Pierre, a accompagné l’Eglise au cours des siècles. Aujourd’hui encore, elle nous est rappelée, pour prendre conscience de la vocation missionnaire de l’Eglise, dans laquelle tous les baptisés sont impliqués. Si nous avons expérimenté la joie d’avoir reçu l’Evangile, cela nous pousse à aller à la rencontre des autres, comme Jésus, pour annoncer son espérance. C’est une responsabilité de chaque génération de croyants de mettre au monde la Parole de vie. Il existe des hommes et des femmes qui attendent ce message libérateur. Ils sont enfermés par les barreaux de leurs blessures, des culpabilités, de souvenirs négatifs, des rancunes… Ce sont des grilles plus raides que celles des prisons. Ils attendent un message de liberté, qui les délivre du non-sens. Donc le baptisé est un prophète des temps modernes, qui encourage avec la parole du Christ : « Confiance, n’ayez pas peur ». Sa confiance nous sauve et nous aide à ouvrir un avenir là où tout semble perdu. Ayons l’audace de sortir à la rencontre des autres pour leur proposer dans la simplicité et le respect l’Amour de Dieu.

Une présence silencieuse à l’oeuvre

Comment témoigner, c’est une grande question. On se sent parfois impuissant et incapable d’agir à la manière de Jésus Christ, et pourtant, Il nous demande de le faire. Je pense que nous devons vivre un chemin de conversion et renoncer aux fausses images de nous-mêmes.  C’est le chemin de nous accepter dans notre condition vulnérable, fragile comme des vases d’argile habités par le trésor de l’Esprit du Christ. C’est très libérateur. Ne pas penser autant à l’efficacité, mais à la qualité de notre présence. Certes, il y a des actions, des paroles effectivement à accomplir, mais sans oublier qu’il y a une présence silencieuse qui est à l’œuvre. Alors, cette présence se déploie dans l’humilité des êtres fragiles. L’apôtre des nations nous partage son vécu : « Moi-même, je me suis présenté à vous faible, craintif et tout tremblant » (1 Corinthiens 2, 3). Il n’est pas dans une attitude toute-puissante, de tout savoir, de tout faire, de tout contrôler… Il se reconnait porteur du message de Dieu, un Dieu qui porte une salutation de paix aux hommes et dont Paul a fait l’expérience : se sentir aimé en premier par le Seigneur. Cela m’a aidé, à ne plus avoir peur de ne pas avoir de réponses, de rester en silence… pour faire le choix simplement de partager notre impuissance en le portant dans la foi. Il y a eu la rencontre avec un détenu, qui m’a ouvert le chemin pour changer mon regard sur ma mission. Il était dans une profonde désolation, à cause du décès tragique de sa femme, sans la possibilité d’être à côté des siens et avec un sentiment de culpabilité de ne pas avoir été à la maison ce jour-là. Il me répétait sans cesse : « C’est trop dur mon père, c’est trop dur. » Face à cette situation, quoi dire sans devenir superficiel et banaliser sa souffrance. Je me suis retrouvé dépossédé de tout, et là j’ai pris la voie du silence, de partager avec lui sa tristesse, à travers ma présence. Au bout de quinze ou vingt minutes à rester avec lui dans le silence, en demandant la miséricorde de Dieu pour lui, pour la première fois cet homme a pu verser des larmes et exprimer son deuil, qu’il était incapable de faire depuis trois jours. Il m’a remercié pour tout ce que je lui avais apporté. Pour moi, je n’avais rien fait, seulement rester en silence et crier vers le Seigneur en pensée. Cependant, je constate que c’est un long chemin à faire, car nous sommes tentés toujours de reprendre la route inverse en oubliant l’exemple du Christ qui renonce à toute domination ou pouvoir. Il est Serviteur.

 

S’entraîner à l’espérance

Marie De Souza Combemale, enseignante, membre des Equipes Notre-Dame, Bondy

Nous sommes souvent tentés de ne compter que sur nous, ce qui est à plus ou moins long terme, épuisant et finalement décourageant. C'est un effort à faire, une vraie volonté à avoir, que de tenir dans l'espérance et dans la foi, malgré nos nuits obscures. Mais cela reste difficile car quelle volonté de maîtrise nous avons ! Malgré tout, c'est un objectif à ne jamais perdre de vue.
Dans l'épreuve, la prière simple, presque aride et revenue à son essence même, est un moyen de crier vers Dieu. Rencontrer d'autres chrétiens peut être un soutien. Le dialogue, la communication avec autrui me semble essentielle. Je pense que le sacrement de réconciliation est aussi un vrai lieu pour rencontrer l'amour et la miséricorde du Père.
Paradoxalement, j'en suis intimement persuadée. L'absence d'épreuves peut amener à rester dans une forme de superficialité ou d'introspection inutile. L'épreuve amène à se rapprocher de Dieu et à lui donner la priorité à tous les moments de notre vie. Et avec Dieu vient l'espérance. Mais elle reste un sport d'endurance pour lequel il faut s'entraîner tous les jours et à chaque instant !
Transmettre l’espérance est une mission de baptisé. Nous ne serions pas des chrétiens sinon. C'est un sentiment qui, en plus, est contagieux au bout d'un moment.
Les mots, les paroles quotidiennes sont essentiels. Il y a des personnes que Dieu met sur notre route qui sont lumineux d'espérance. Je pense notamment à une amie qui est à chaque instant dans une forme de joie simple et généreuse, reliée au Seigneur. Je suis restée sceptique pendant un certain nombre d'années, mais avec le recul, c'est elle qui a raison : en pratiquant la joie et l'espérance, elle les vit et les transmet.

 

La vocation pour remède

Marc Fassier, prêtre délégué diocésain à la formation

Je pense que nous vivons une crise d’ordre spirituel dont le principal symptôme est régulièrement nommé par le pape François sous le terme d’acédie. L’acédie est comme une paralysie de l’envie d’agir, un essoufflement de la foi, un repli sur soi, et en fin de compte un refus de l’espérance. Ce qui me paraît important, c’est la réponse proposée à cette maladie de l’âme en période de trouble. La réponse peut paraître curieuse de prime abord. Il s’agit de retrouver sa « demeure ».

Nous pourrions dire, en langage ecclésial, notre vocation. Chacun devrait pouvoir se demander : quelle est ma vocation ? Et pour répondre à cette question, il faudrait que chacun pense aux moments les plus lumineux de sa vie, aux moments où il a pu expérimenter une joie intérieure et profonde, car là se trouve le chemin de sa vocation. C’est en ce lieu que nous pouvons retrouver ce Dieu de bonté qui veut pour nous la joie, la paix et l’amour.

Ainsi, nous voyons que l’espérance chrétienne, n’a rien à voir avec une sorte d’optimisme forcé en un avenir meilleur. Elle est de l’ordre de la redécouverte d’un appel intérieur à déployer à l’extérieur les potentialités de vie que Dieu a semé en chacun de nous et qu’il entend nous aider à déployer si nous lui faisons confiance. Car l’espérance suppose une connaissance intérieure de Dieu qui a vaincu la mort, et qui nous ouvre le chemin de la vie. Car Dieu, depuis ce jour, se fait le partenaire de notre désir de vie et de vie abondante.

Comment retrouver sa « demeure » ?

Au moment où nous tombons dans le risque de désespérer, comment retrouver « sa demeure », cette place que Dieu nous a désignée aux moments les plus lumineux de notre vie ? Je prendrais un exemple qui n’est pas celui d’une épreuve à proprement parler. C’est celui de l’enfant qui s’endort. Le poète Yves Bonnefoy raconte que dans son enfance, la lampe jouait un rôle capital au moment de s’endormir. On sait en effet l’angoisse du noir, de la nuit, qui peut gagner le petit enfant. Cette lampe était devenue un symbole, un réel concret qui rejoignait la confiance présente en cet enfant, cette confiance qu’il peut avancer dans la vie en résistant à la peur, qu’il est un être centré qui peut s’ouvrir à des possibilités extérieures.

La nuit de Pâques, avec tous les chrétiens, nous sommes comme des petits enfants qui portons une lumière allumée au grand cierge pascal, cette lumière est celle de la confiance que le Christ a vaincu la nuit de la mort pour ouvrir un jour nouveau. C’est cette confiance du cœur qu’il s’agit de retrouver au cœur même de l’épreuve. D’où l’importance de s’exposer à la lumière du Christ, de le rencontrer dans la prière et la célébration des sacrements.

Mais combien pourraient dire, de façon légitime qu’il est si difficile de trouver cette confiance. C’est là que doit intervenir le deuxième sens de la « demeure ». Cette demeure, chez les moines du désert, c’est l’Église. Car il n’y a d’expérience de l’espérance qu’au pluriel. Afin de retrouver l’espérance j’ai besoin d’avoir à mes côtés des personnes qui regardent vers la lumière avec humilité. Il ne s’agit pas de dire à celui qui est dans l’épreuve : « ne t’inquiète pas ça va aller ! ». Il s’agit de se tenir, telle la petite fille espérance de Péguy, timidement, mais tendrement, aux côtés de celui qui vit l’épreuve, et d’essayer de regarder peu à peu vers la lumière.

Se disposer à recevoir le don de l’espérance  

N’oublions pas que l’espérance est avant tout une vertu théologale, c’est-à-dire un don de Dieu gratuit. Ce don suppose notre disposition à le recevoir, et cette disposition est de l’ordre d’une habitude de chaque jour, de vivre en compagnie de ce Dieu qui est la source de l’espérance. Cette vertu est inséparable de la foi et de la charité à vivre chaque jour.

Notre mission de baptisé est de participer à la construction du Royaume de Dieu dès maintenant. Des chrétiens qui vivent de l’espérance seront capables dès maintenant de faire face aux grandes mutations de notre temps pour qu’elles deviennent des promesses avant d’être des menaces. Comment faire face au défi de la mondialisation si les baptisés, de façon responsable, ne tissent pas des liens entre les cultures, là où ils vivent ? Comment faire face au défi écologique, si les chrétiens ne montrent pas le chemin d’un rapport responsable à l’environnement ? Les chrétiens ont une énorme responsabilité aujourd’hui pour redonner de l’espérance au monde, et que celui ne s’enferme pas dans des peurs, sources de violence. Nous avons besoin d’héritiers de Marie-Eugénie, capables de transmettre aux plus jeunes générations, le goût de s’engager dans une culture au service de la vie.

La gratuité du don

Témoigner de l’espérance n’est pas le fruit de tel ou tel calcul, mais se dit dans une expérience de la gratuité. Gratuité de la rencontre, gratuité de la générosité, en déployant tous les talents que nous avons en nous.
Nous faisons certainement l’expérience de notre pauvreté à trouver les moyens de la consolation de la personne dans l’épreuve. C’est en faisant cette expérience de pauvreté que nous découvrons que l’espérance est au-delà de nos simples moyens humains. Nous nous rendons présent au milieu de situations difficiles, dans une attitude de confiance, et le miracle de l’espérance se produit. Je pense à ces témoignages de personnes qui accueillent dans nos paroisses les familles en deuil. Elles ne font bien souvent qu’écouter ces familles. Et ces familles ressortent en disant combien cette écoute leur a donné un nouveau souffle. Gratuité d’une oreille qui écoute, gratuité de porter l’autre qui souffre dans ma prière, mais aussi audace d’une parole de foi ajustée à la situation.

Se former à vivre aux côtés du Christ victorieux

Toute formation dans l’Église doit pouvoir trouver son centre dans la personne du Christ mort et ressuscité. Se former à lire l’Écriture, à comprendre le mystère de l’Église, à répondre aux défis éthiques de notre temps, c’est avant tout voir comment la rencontre de la personne du Christ est source d’un nouveau dynamisme de la foi. Je pense à ces beaux discours d’adieu du Christ à ses disciples dans l’Évangile de Jean (Jean ch. 13-16). Ces discours constituent comme une formation pour les disciples à vivre justement en disciples après le retour de Jésus vers son Père. Ces long discours se terminent par cette exclamation du Christ : « Je vous ai parlé ainsi, afin qu’en moi vous ayez la paix. Dans le monde, vous avez à souffrir, mais courage ! Moi, je suis vainqueur du monde ». Se former à découvrir le mystère du Christ, c’est se former à vivre en compagnie du Christ victorieux. La formation doit donner souffle et espérance, elle est certainement aujourd’hui plus que nécessaire dans un monde marqué par des incertitudes sur son avenir, non pour se retrancher de ce monde mais pour le regarder en face avec le regard de Celui qui est le vainqueur du monde, d’une victoire humble et ne fuyant pas les difficultés qu’elle peut comporter.

 

La vie est une chaîne d’espérance

Marie-Madeleine Afouba, paroisse Notre-Dame des Missions, Epinay-sur-Seine

«Si vous ne devenez pas comme des enfants, vous n’entrerez pas dans le Royaume des Cieux » (Matthieu 18, 1-5 ; 1Pierre 2,2). Ces paroles évoquent ce changement radical exigé par Jésus pour tous ceux qui veulent le suivre dans une joyeuse espérance. Dépossédés et désencombrés de tout pour le Seigneur, nous pouvons dire avec le psalmiste : « mon âme est en moi comme un enfant, comme un petit enfant contre sa mère. » (Psaume 130, 2b).

J’imagine que l’un des critères ou l’une des vertus, les plus requises est évidemment l’espérance parce qu’aucun homme ne peut prétendre arriver à la sainteté en passant outre, cette vertu. C’est un ensemble d’éléments forts qui s’inscrit dans cette démarche spirituelle (foi, confiance, humilité et dépendance en Dieu, source de tout bien). Il vaut toujours mieux s’appuyer sur le Seigneur que de compter sur les hommes ou les puissants (Psaume 117, 8-9.14) parce que Dieu est la source de toute consolation. Car l’espérance ouvre vers l’avenir. Évidemment, nos contemporains, même parmi certains baptisés ont du mal à comprendre cela, d’autant plus qu’ils fondent leurs espoirs sur ce qui est éphémère c’est-à-dire les vaines espérances. Et notre pape François nous le répète incessamment : «Ne nous laissons pas voler notre espérance », crie-t-il.

 Un secours dans l’épreuve

En effet, l’Espérance est une expérience personnelle qui ne s’appuie pas sur le dire, mais sur le «vivre» et sur ce qui « ne passe pas ». Concrètement, pour trouver l’espérance dans l’épreuve, il faut : s’abandonner humblement dans le Seigneur, dans la prière, l’écoute de la parole de Dieu, la pratique des sacrements (Réconciliation). S’en remettre en toute confiance à celui qui peut tout pour nous. S’appuyer sur une parole de vie. Se laisser guider par l’Esprit Saint pour l’action. S’appuyer sur les gestes d’amour des autres. Car l’espérance comme la foi et la charité est agissante quand elle devient joie et vie.

A titre d’exemple d’abandon total entre les mains du Seigneur et la force qu’on peut puiser sur une parole de vie :
Je fus envoyée au nord de la République Centrafricaine, à Bossangoa pour des services qui m’étaient assignés. Et comme nous le savons, l’instabilité politique et l’insécurité ne sont pas récentes. Avant mon départ, maman (femme de grande foi et de piété) m'a dit cette parole évocatrice d’espérance : « Ma fille, j’ai appris qu’il y a la guerre là-bas et que les gens sont constamment en mouvements. Va ma fille, c’est au nom de Dieu et c’est pour son service que tu y vas. N’aie peur de rien. Lui, Dieu, te protègera jusqu’à ton retour quel que soit le nombre d’années que tu y passeras, aucune balle ne te touchera. Une seule chose, fais confiance à Dieu. » Pour information : confiance dans ma langue correspond à espérance. Quand-même un peu inquiète, elle m’a dit encore : « Il paraît que les conditions de vie sont très difficiles là-bas. Comment ça va se passer pour manger ou nous appeler ? J’ai répondu : « Maman, je n’en sais rien, Dieu y pourvoira. » Alors, elle a pris une pièce de 500 francs CFA environ (0,76 centimes d’euros) qui était attachée dans son mouchoir, elle me la tend et dit, tout ce que j’ai, je te le donne, le Seigneur fera le reste. Cette parole de vie a boosté fortement ma foi et mon espérance pour mon existence entière. Durant mon séjour là-bas, j’ai vécu quasiment quotidiennement, des choses horribles, mais aussi des expériences très heureuses avec des aveugles et des enfants de la rue. Ces derniers qui m’ont sauvé la vie des assaillants les 18 et 19 novembre 2002. Espérance reçue de ma mère, espérance donnée aux aveugles et enfants de la rue. Espérance toujours reçue et donnée, ainsi la vie s’étale sur une chaîne d’espérance. Ma vie aujourd’hui et dans l’avenir, je la vis et continuerai à la vivre en femme d’espérance.

Espérance, toujours…

On n’a pas besoin nécessairement d’être éprouvé dans sa vie pour vivre dans l’espérance. Quand nous lisons la vie d’un bon nombre de saints, on se rend compte que d’aucuns sont passés par des souffrances extrêmes qu’ils n’ont pas choisies (épreuves physiques de la maladie, martyr…) pour renforcer leur espérance. Et d’autres, au contraire, ont fait le choix de vivre cette vertu qui s’inscrit par exemple sur le 3ème conseil évangélique « pauvreté » en se détachant de leurs grands biens matériels ou de leur intelligence (suffisance) pour le service des plus fragiles, en ne comptant que sur la bonté infinie de Dieu.

Ainsi l’épreuve quelle qu’elle soit, n’est pas toujours source d’espérance. Elle peut être source de révolte pour celui qui s’appuie sur ses propres forces ou sur ce qui est périssable. Pour un baptisé qui s’attèle à marcher sur les traces de son Maître c’est-à-dire le Christ, cela va de soi. Mais, si le baptisé se laisse aller à une vaine espérance, il est fort probable qu’à l’heure de l’épreuve, il tombe dans la désespérance. L’espérance n’est pas synonyme de l’épreuve, mais l’épreuve et l’espérance sont indissociables pour celui qui met sa confiance en Dieu ; parce que l’épreuve nous rapproche de Dieu. Alors, on peut se poser la question de savoir quelle peut être l’espérance pour celui ou celle qui ne connait presque pas de difficultés majeures dans leur vie. Est-ce pour autant dire qu’ils n’ont pas besoin de vivre d’espérance ?

Vivre l’espérance c’est aussi, se dire que tout ne s’arrête pas sur la terre, riche ou pauvre. Ceux qui sont baptisés dans le Christ, ressusciteront avec Lui. Elle est donc un moyen sûr si, et seulement si, nous voulons emboîter le pas de sainte Marie- Eugénie de Jésus et de tant d’autres.
L’espérance qui est vie, consolation, paix, joie et bonheur éternel n’est donc pas une affaire des uns et non pas d’autres. C’est une affaire d’humanité puisqu’il s’agit du salut de tous, apporté par Jésus-Christ. Mais il faut la désirer cette grâce parce que Dieu respecte notre liberté.

Une mission pour tout baptisé

Elle est la mission première de tout chrétien, parce qu’il y va du salut de tout homme. Si on s’en tient à l’exemple du Christ lui-même : service et humilité - lavement des pieds (Jean 131-15), de ses actes d’amour pour les pauvres et autres (Luc 7, 22 ; Matthieu 11, 5) et ses différentes consignes d’envoi en mission des 72 disciples (Luc 10, 4) et des 12 apôtres (Luc 9, 1-3) : l’unique bagage qu’il leur demande d’apporter c’est lui-même, Jésus. Sachant que la paix du Christ se trouve dans le bonheur de vivre en communion avec Dieu et avec les autres. Toutes les missions que Jésus nous confie, à nous baptisés, se résument à cette bonne nouvelle d’espérance et de délivrance (Isaïe 61, 1-2 ; Luc 7,22 ; Matthieu 11,5). De sorte qu’au dernier jour de notre vie, il ne nous sera demandé que ce que nous aurons fait de cette espérance, des engagements de notre foi et les œuvres qui incombent (Matthieu 25, 31-46). Ne pas le faire ou ne pas le vivre, je pense que c’est passer à côté de l’enseignement du Christ. Heureusement, Marie reste pour nous un modèle de vivante espérance en Dieu. Qu’elle nous aide de son humilité dans l’accomplissement de cette mission.

En toi, j’ai mis ma confiance

Dans notre prière, nous devons incessamment demander à l’Esprit Saint de nous éclairer, afin de reconnaître en toute humilité des grâces d’espérance reçues de Dieu ou de nos frères et lui dire merci. Et aussi, savoir ouvrir les yeux de notre cœur pour compatir à la souffrance des autres par la prière, des gestes et des actes concrets d’espérance et de consolation. Cependant, il n’y a pas de recette type pour le vivre, chacun de nous peut de mille manières porter un témoignage authentique d’espérance en fonction des situations ou des contextes.

En essayant de mettre en pratique cette parole de Jésus : «Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement.» il y a une question que je me pose : qu’ai-je, que je n’aie pas reçu? En réponse, je me dis : « j’ai finalement tout reçu, et je n’ai pas à en tirer d’orgueil. » De même, Jésus m’incite à tout instant à une forme de gratuité inhabituelle établie sur l’espérance ; par exemple faire du bien à quelqu’un qui ne pourra pas me rendre la pareille, ou il n’y a aucune règle de préséance : « car tous, nous sommes frères ». Je pense notamment aux démunis de notre société que la souffrance a rendu muets, et particulièrement les personnes atteintes par la maladie. Mon espérance ne peut qu’agir activement en leur faveur (par la prière, la participation aux célébrations eucharistiques destinées aux malades et personnes en difficulté, des actions concrètes (Grain de Riz, Brin de Bonheur à Notre-Dame des Missions). Je pense concrètement au rôle que j’ai à jouer en tant que membre de l’Hospitalité diocésaine Claire de Castelbajac, chargée d’accompagner les personnes fragiles en pèlerinage à Lourdes. Je trouve toujours que ça n’est pas assez ce que je fais. Ma simple présence aux côtés de ces personnes est remplie de motifs d’espérance et de joie. C’est une merveille de savoir que la vie chrétienne est une chaîne d’espérance. Je reçois de Dieu, des autres et en retour je donne et je reçois à nouveau. Comme ces paroles de sainte Marie-Eugénie de Jésus ou saint Charles de Foucauld (« En toi, j'ai mis ma confiance, ô Dieu très Saint, toi seul est mon espérance et mon soutien ; c'est pourquoi je ne crains rien, j'ai foi en toi, ô Dieu très Saint, c'est pourquoi je ne crains rien, j'ai foi en toi, ô Dieu très Saint. ») Je trouve beaucoup de force et de paix en m’appuyant sur Dieu, source de toute paix, de joie, de consolation et de bonheur éternel.

 

« Lève-toi et marche ! » (Jean 5, 8) 

Jean-Marc Danty-Lafrance, prêtre à La Plaine Saint-Denis

L’espérance est parfois un témoignage que je reçois en pleine figure ! Comment telle famille arrive à rester joyeuse et confiante en Dieu alors que Dieu n’a répondu à aucune de ses prières ?

Ce que nous devons partager avec le plus d’urgence, comme le pain en période de famine, c’est l’espérance. Quand j’étais prêtre à Paris, c’était ma foi qui était éprouvée par la confrontation avec l’athéisme franco-français. Mais après quinze ans dans le diocèse de Saint-Denis, c’est mon espérance et mon amour qui sont éprouvés. A Saint-Denis, presque tout le monde est « croyant » avec un peu de toutes les religions du monde ! Je suis porté dans la foi par ces gens, par leur sans-gêne à invoquer Dieu et par la chaleur de leurs prières.

Mais mon espérance et mon amour restent blessés. L’épreuve de l’Amour, c’est d’être pris au ventre par le demi-sourire doux et fragile d’une personne qui vient vous raconter une galère pas possible (les Africains sourient quand ils décrivent leurs souffrances) et de ne rien pouvoir faire pour cette personne, sans-papier, sans chez-soi, sans permis de travail.

Ici, j’ai compris une souffrance de Jésus. Jésus est ému par la galère d’un lépreux, il le touche tendrement et le soulage. Mais la souffrance intérieure de Jésus, c’est qu’il y a mille lépreux dans la région et qu’il ne peut rien faire pour les autres. Jésus ouvre les yeux d’un ou deux aveugles, mais sa souffrance profonde, c’est qu’il y a trois mille malvoyants dans la région et qu’il ne peut rien faire pour les autres. Vous n’aviez pas pensé à ça ! C’est au centre de ma vie de prêtre.

« Allons dans les villages voisins » dit Jésus. Je pense que Jésus était torturé par les autres, les autres qui sont ailleurs et qu’il ne peut pas toucher, qu’il ne pourra jamais toucher lui-même.
Etre prêtre, pour moi, c’est remplir le « moi » par « les autres ». « Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement ». Ce qu’il faut donner, c’est le « lève-toi et marche ! » qu’on a reçu de Jésus !

La voie de la guérison

Attention à la manière dont le malade rêve sa guérison ? Attention à la manière dont chacun imagine la solution de ses petits problèmes ? Si je me raccroche à ma santé, à mes affaires, à l’élimination des gens qui me gênent, si je rêve de ne pas vieillir, si je mets ma tête dans un trou pour ne pas voir que le monde change, alors, je me prépare beaucoup de frustrations parce que la création de Dieu ne va pas dans ce sens là !

La création de Dieu est à son image : l’homme est fait pour la relation, pour l’amour et la communion. L’homme n’est pas fait pour se replier sur lui-même, il est fait pour se donner aux autres à la ressemblance de l’amour trinitaire.
Regardez ce que fait Jésus : il remet chacun dans des relations. Il s’arrange pour que les gens fassent  des expériences relationnelles et découvrent ainsi la joie de devenir ce qu’ils sont. Et Jésus se propose lui-même à chacun comme interlocuteur, comme frère, comme ami, comme compagnon, faisant ainsi sortir d’eux-mêmes ceux qu’il rencontre et leur guérison commence.
La guérison donnée par Jésus est une guérison de la personne humaine, c’est à dire une transformation du “moi” en “je”, un retournement intérieur qui débloque les paralysies.
Et Jésus nous donne de pouvoir devenir, nous aussi, chemin relationnel pour nos frères. C’est ainsi, par l’amour, que nous pouvons, nous aussi, « relever » nos frères.
« Lève-toi ! » veut dire « re-suscite ! ». Les guérisons sont des résurrections. Ressusciter n’est pas obtenir une vie “pour soi” après cette vie “à moi” ! Ressusciter, c’est se donner à une vie pour les autres et pour Dieu, c’est entrer dans une communion d’amour gratuit entre tous.

 

Ferme dans la foi

Monica Joseph, sage-femme, membre des Equipes Notre-Dame, Bondy

La plupart du temps, on entend beaucoup parler d'espoir, « Je garde espoir, j'ai espoir que les choses iront mieux ... » : un regard porté vers l'avenir avec un positivisme, qui se réaliserait à court ou long terme, ou pas du tout.
La notion d'espérance évoquée par sainte Marie-Eugénie de Jésus, intègre Dieu en plus, dans ce regard positif, sans pour autant être dans la naïveté. Elle intègre la notion de confiance en Dieu, la foi qui donne la force de supporter un dénouement heureux ou pas, en fonction de ce que Dieu aura décidé pour nous.
Quelque fois, on s'attend à ce que les choses prennent la tournure que nous souhaitons mais nous sommes complètement secoués d'une conclusion controversée qui remet toute notre vie en question. Mais Dieu a peut-être un autre plan, qui nous mènera vers de meilleurs horizons.
On est tous passés par des hauts et des bas. Vivre l'espérance dans l'épreuve, pour moi, c'est rester fidèle à Dieu malgré les difficultés qu'on rencontre, il m'est arrivé de m'adresser à Dieu en lui demandant : « Pourquoi as-tu permis que cette mésaventure m'arrive et pourtant je pensais que tu me protégeais et que tu veillais sur moi ? Je ne t'ai jamais oublié dans ma vie, pourquoi me donner cette difficulté ? »

Le silence de Dieu est éloquent pendant ces moments-là, mais Dieu parle à travers les Écritures, à travers l'oraison, à travers un ami qui console et qui soutient, à travers la prière qui nous redonne la force de nous relever, autant d'éléments qui font partie également des points concrets d'efforts des Équipes Notre-Dame.

Dieu répond à nos prières

Je pensais, également, à un couple de notre Équipe qui avait, après 4 ans de mariage, de grandes difficultés pour avoir un enfant et qui ont connu de vraies souffrances morales, en voyant d'autres couples avoir des enfants et parler de leur progéniture. A tel point qu'ils voulaient quitter les Équipes. Comment trouver l'espérance dans une telle situation ? On devine les questions qu'ils se sont posées : « Pourquoi Seigneur, tu bénis les autres couples en leur accordant un enfant et nous prive de ce bonheur, malgré nos incessantes prières ? »
Un accompagnement spirituel par notre prêtre conseiller spirituel, des retraites de discernement et les prières d'intercession des autres couples, leur ont permis de surmonter cette épreuve et d'obtenir la grâce d'avoir un enfant.

Dieu est donc à notre écoute et répond à nos prières : « Demandez et vous recevrez. » Seulement, quelque fois, il ne nous répond pas forcément de la manière à laquelle on s'attend.

Les épreuves permettent de "tester" la qualité de notre foi et de rester centrer sur Dieu malgré les grandes difficultés qu'on traverse. Est-ce qu'à la moindre difficulté, je remets en question l'existence de Dieu ou sa bonté ? Ou est-ce que je m'appuie sur lui pour la surmonter ? C'est cela vivre l'Espérance au quotidien.
Le Christ lui-même ne s'est pas défilé devant la croix, il nous a donné l'espérance de la gloire éternelle par le mystère de la résurrection. Derrière la souffrance de la croix, se cache la joie de la résurrection.
Dans diverses apparitions mariales, Marie nous incite à offrir les souffrances que nous endurons pour la conversion des pécheurs : on peut dire même qu'il n'y a pas de vie chrétienne sans épreuve et sans la sanctification de nos souffrances par l'espérance qu'on garde en Dieu. Marie est notre modèle de l'espérance.

La vie en actes pour témoignage

Transmettre l'espérance est notre mission de baptisé dans un monde où on compte beaucoup sur soi-même, ou sur le pouvoir ou l'argent plutôt que sur Dieu, où les couples ne croient plus au mariage. Montrer qu'on s'appuie sur Dieu pour vivre sa vie de couple, sa vie professionnelle, permettra de vivre un renouveau spirituel dans tous les domaines et de donner l'exemple d'une autre manière de vivre : celui de l'Évangile.

 Je crois beaucoup plus au témoignage de vie qu'au prosélytisme. Témoigner de l'espérance reçue, par nos actes, nos pensées, notre vie centrée sur Dieu, par la prière, l'oraison, l'Eucharistie, parlera plus que si je vais crier partout que je suis chrétien et que finalement ma vie n'a rien de charitable. Cela  ne veut pas non plus dire que les chrétiens doivent cacher leur identité mais l'assumer dans la simplicité et dans l'humilité. Je terminerai ce témoignage par une citation du bienheureux Charles de Foucauld qui pendant sa vie avec les Touaregs (essentiellement musulmans) disait : « Mon apostolat doit être l'apostolat de la bonté, en me voyant, on doit se dire : "Puisque cet homme est si bon, sa religion doit être bonne. " »

 

La dimension collective et éternelle de notre foi

Jean-Claude Boivin, curé des paroisses de Livry-Gargan, aumonier diocésain de l'ACI (Action catholique des milieux indépendants)

Oui, le manque d’espérance dans l’aide de Dieu et dans l’au-delà amène beaucoup de nos contemporains à limiter leurs perspectives à cette vie-ci. Le manque d’espérance dans l’aide de Dieu pour soi et pour les autres amène à ne pas faire confiance aux autres, et à ne pas oser entreprendre grand chose pour une vie meilleure dans la société.
Par contre, des gens, croyants ou non, osent donner d’eux-mêmes pour le bonheur des autres, et ils savent entraîner d’autres personnes à le faire, en particulier dans des associations, et même dans des engagements politiques. Nous pouvons compter sur nous-mêmes et sur les autres si nous croyons que Dieu nous rend capables : pas d’opposition, mais complémentarité !

Nous pouvons trouver de l’espérance dans l’épreuve, grâce à la prière et à la confiance dans l’aide des autres. Quand j’ai raté mon Bac la 1° année, je me suis dit : « Tu as peut-être du nouveau à découvrir en cette année de redoublement »… Et l’aumônier du lycée nous a incités à créer dans la classe une équipe JEC qui  a été pour beaucoup dans la découverte de ma vocation ! Dans ma famille, des personnes étaient en dépression chronique. Mais l’une d’entre elles surtout revenait de chaque traitement avec la volonté de « repartir » positivement dans ses relations familiales.

Il n’est pas nécessaire d’être éprouvé, au sens d’avoir des malheurs, pour vivre l’espérance. Dieu est invisible : la résurrection de Jésus, la nôtre et celle du monde nécessitent la foi, qui conduit à l’espérance. Et quand d’autres sont éprouvés, c’est suffisant pour espérer qu’ils en sortent, avec leurs propres efforts et ceux des autres.
Oui, transmettre l’espérance fait partie de notre mission de baptisé : les évangiles nous montrent que Jésus le fait. L’espérance est la dimension collective et éternelle de notre foi. Elle élargit nos perspectives : les autres aussi sont « capables » grâce à Dieu !

Témoigner de l’espérance reçue  c’est :

  • Manifester notre vision positive sur les personnes et les événements ;
  • Faire confiance à ceux que nous côtoyons, et croire dans les capacités des hommes en général ;
  • Oser entreprendre… et recommencer ;
  • Dans la prière : demander et remercier.

 

Le Christ, source de toute espérance

Christine Kohler, Petite Sœur de l’Évangile, membre du service national de la Pastorale des migrants  et de l’équipe pastorale pour les jeunes adultes du diocèse de St-Denis, Pierrefitte-sur-Seine

 L’espérance n’est pas une attitude naturelle aujourd’hui, vu tout ce qui se passe au quotidien : souffrances et épreuves dans nos vies ou autour de nous, tant de graves conflits dans le monde. Où alors trouver l’espérance ?

Je pense à quelques phrases de l’exhortation apostolique Evangelii Gaudium du pape François qui nous renvoie à la source de l’espérance : « Personne ne pourra nous enlever la dignité que nous confère cet amour infini et inébranlable [de Dieu]. Il nous permet de relever la tête et de recommencer, avec une tendresse qui ne nous déçoit jamais et qui peut toujours nous rendre la joie. Ne fuyons pas la résurrection de Jésus, ne nous donnons jamais pour vaincus, advienne que pourra. Rien ne peut davantage que sa vie qui nous pousse en avant ! » (Evangelii Gaudium No.3)

Un amour inlassable

Oui, c’est bien en Dieu, en son amour que je peux puiser l’espérance. Dieu aime notre monde. Il aime chacun de nous d’un amour infini et inébranlable, il ne se fatigue pas avec nous quoi qu’il arrive. La méditation de la parole de Dieu m’aide à m’enraciner dans cette foi et cette confiance en Dieu, en son amour. Je ne me lasse pas de regarder la fidélité de l’amour de Dieu tout au long de son chemin avec son peuple, avec l’humanité : histoires d’appels et de fidélité, mais aussi d’épreuves, de trahisons, d’exil, de croix. Mais en tout : Dieu est là, fidèle, et il ne cesse de nous aimer et de nous appeler à la vie. Le dernier mot, c’est une Parole de vie : la joie de la résurrection du Christ, expression suprême de l’amour et de la miséricorde, promesse de vie pour tous ceux qui se fient à lui. La méditation de la parole de Dieu m’aide aussi à relire ma propre vie à la lumière de la foi. Dieu continue à écrire l’histoire du salut dans nos vies, dans ma vie. Tant de merveilles qu’il a accomplies et qu’il continue à accomplir. Faire mémoire des merveilles de Dieu, c’est source de joie et d’action de grâce, c’est une « clé » pour grandir dans l’espérance.

Se laisser façonner par la parole de Dieu

J’essaie de me laisser façonner par la parole du Seigneur, pour qu’elle imprègne mon regard sur le monde et sur les autres : ne pas rester sur les images de mort, de violence, sur les erreurs des uns et des autres qui peuvent nous mener vers le désespoir, vers un pessimisme stérile. Mais regarder tout avec le regard d’amour et de miséricorde de Dieu : découvrir les signes de vie autour de nous, soutenir les germes de solidarité, ne pas enfermer l’autre ni moi-même dans nos limites ou nos erreurs, partager ce que nous avons pu vivre de bon ou de beau et inviter les autres à faire de même. Cela change peu à peu mon regard, m’aide à grandir dans un « regard contemplatif » sur notre monde, habité par l’espérance et la foi. Oui, le Royaume de Dieu est déjà là, en germe.

Ce regard de foi me renvoie à l’importance du moment présent et de la rencontre avec la personne en face. Je pense à une expérience très forte lors de ma mission en Équateur. Pendant plusieurs mois nous avons dû nous occuper de Carlos et Ramonita, deux personnes vivant à la rue, handicapées et très démunies. A cause de grands problèmes de santé, nous nous sommes retrouvées d’un jour à l’autre à les loger, nourrir, soigner. Je n’aurais jamais pensé que j’en serais capable, et parfois cette situation nous amenait à nos limites. Mais j’ai redécouvert l’importance singulière de chaque instant, de chaque regard, de chaque mot. Et même si nous ne pouvions pas proposer des « grandes solutions » à long terme, nous essayions de leur témoigner dans les plus petits gestes l’amour de Dieu qui n’abandonne jamais. J’ai rarement fait une expérience si forte et en même temps si mystérieuse de la présence de Dieu, d’une joie profonde et « silencieuse » de son amour au cœur de la souffrance. Quels signes de l’espérance au cœur de l’épreuve qui nous ont fait grandir nous-mêmes dans la foi et l’espérance. Oui, c’est dans le concret, en touchant les plaies des autres, que nous rencontrons Dieu et que nous découvrons l’espérance d’une nouvelle manière. Une autre porte d’entrée pour moi pour grandir dans l’espérance : vivre le moment présent, au service des pauvres.

Sur qui compter ?

Dans d’autres situations mon espérance a été mise à l’épreuve : soucis de santé, évènements douloureux... A certains moments tout semble s’écrouler, on a l’impression de tomber dans le vide. Et pourtant quand je relis ma vie, c’est dans ces situations que ma foi a « bougé ». D’une manière radicale, j’étais confrontée à la question : sur quoi est-ce que je peux encore compter ? Ou peut-être plutôt : sur qui ? Parfois les paroles des psaumes m’ont donné des mots pour prier, pour crier vers Dieu, pour dire mes souffrances, mes inquiétudes, mes doutes. Il ne fallait pas avoir peur de me tourner vers Dieu avec tout ce qui  m’habitait. Peu à peu un chemin s’est tracé, pas sans larmes et sans peine… Expérience nouvelle de celui qui est mon roc, sur qui je peux compter, expérience nouvelle de la présence de Dieu, fidèle et inébranlable.  La confiance et l’espérance en sortent grandies, avec des racines plus profondes…

Heureusement je n’étais jamais seule dans ces situations. Il y avait d’autres personnes qui étaient là, qui m’ont écoutée, avec qui je pouvais partager. Ils étaient des témoins de l’espérance pour moi : ils n’ont pas fui les souffrances ni proposé des explications trop faciles, mais ils sont restés avec moi, ils m’ont écoutée, soutenue, ils ont cru qu’un chemin est possible. « Un chrétien seul est un chrétien en danger » nous rappelle parfois notre évêque. C’est d’autant plus vrai dans des moments d’épreuve et de doutes ; parfois c’est la foi et l’espérance des autres qui aident à les retrouver soi-même.

Un programme à vie

Vivre dans l’espérance, c’est un programme à vie, nous restons toujours itinérants, ce n’est jamais acquis : sans cesse il faut nous laisser façonner par la rencontre avec le Christ, approfondir la joie de la rencontre avec lui, lire ce que nous vivons à la lumière de la foi, pour savoir y saisir les rayons de lumière. Et combien c’est important dans notre monde d’aujourd’hui, si souvent menacé par le désespoir et un pessimisme grandissant. « Notre foi est porteuse d’une espérance dont le monde a besoin » a rappelé Monseigneur Pontier, président de la conférence des évêques de France en avril 20141. « Beaucoup viennent vers l’Église, conduits par l'Esprit de Dieu, pour vivre une expérience spirituelle et trouver une lumière pour avancer dans l'espérance et la fraternité. Ils attendent beaucoup de nous. Nous leur redisons cet amour de Dieu pour chacun et nous annonçons l'appel du Christ à construire un monde juste et fraternel. » Comme chrétiens nous ne pouvons pas garder l’espérance pour nous-mêmes. Comme disciples du Christ, habités par la joie de la rencontre avec Lui, nous sommes toujours envoyés, nous avons mission de témoigner de l’espérance qui nous habite (cf. 1 Pierre 3, 15). Parfois c’est un témoignage par nos paroles, dans bien d’autres situations le témoignage passe par notre vie et nos engagements. L’espérance n’empêche pas de rester réalistes face aux défis qui nous attendent, mais elle les habite. Elle permet de regarder notre monde autrement, prêts à nous engager pour qu’il soit plus juste, plus fraternel, selon le dessein de Dieu.

1Discours d'ouverture de l’assemblée des évêques a Lourdes

 

 

Repères

 

Propositions spirituelles du Service diocésain de spiritualité 

Pour connaître toutes les propositions, se renseigner dans sa paroisse.

 

A lire...

-Transmettre la joie de la foi, Lettre pastorale de Monseigneur Pascal Delannoy, 2013

-Réflexion sur l'espérance, pape François, Edition Parole et Silence, 2014

-L'espérance ne déçoit pas, Monseigneur Laurent Ulrich, Edition Bayard, 2014

 

Site du Vatican

-Spe salvi, « Sauvés dans l'espérance », lettre encyclique de Benoît XVI (2007)

 

 

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