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Famille, éducation, parentalité (N°11 / Juin-Juillet 2013)

La famille, cellule primordiale

Frédéric, prêtre au Raincy, délégué diocésain à la pastorale familiale

Nous vivons dans une société bien paradoxale : d’un coté la famille est plébiscitée comme l’élément indispensable du bien-être et du bonheur de l’homme, de l’autre elle se trouve très fragilisée.

Qu’on le veuille ou non, l’adoption par le Parlement de la loi sur le mariage « dit » pour tous est sur le fond, une réforme profonde de société et même de civilisation. Il paraît légitime, sans être tout de suite être accusé de conservatisme ou pire d’homophobie, de prendre en considération toutes les hypothèses et les risques possibles de ce genre de réforme.

Chrétiens, quand nous parlons de la famille, comme premier lieu d’éducation de l’enfant, nous accueillons un projet, un dessein de Dieu. L’être humain est « image du Dieu amour » et sa vocation est de répondre à l’appel de Dieu et de signifier par ses engagements ce projet divin. Comme le rappelait le bienheureux pape Jean-Paul II dans sa lettre apostolique sur la famille en 1981, la révélation chrétienne connaît deux façons spécifiques de réaliser la vocation humaine à l’amour : le mariage et l’engagement dans le célibat consacré. Une telle affirmation mériterait bien des développements. Même si nous constatons de nombreuses évolutions au sein du noyau familial dans notre société, la communion d’amour entre Dieu et les hommes demeure un contenu fondamental de la Révélation et de l’expérience de foi qu’il nous faut sans cesse transmettre avec bienveillance et espérance au sein de nos communautés, de nos familles et auprès de nos enfants.

La famille, en tant que lieu d’apprentissage et de mise en forme de la vie sociale pour un enfant, demeure une cellule primordiale à laquelle nous devons toujours croire. Dans une famille, les enfants sont aimés pour eux-mêmes et non pas simplement en fonction de tels ou tels talents, mérites ou à contrario défauts. C’est un lien indélébile entre parents et enfants qui constitue notre humanité. Malgré des difficultés que nous pouvons percevoir et qu’il nous faut accueillir et accompagner dans un juste discernement, rappeler et transmettre, de générations en générations, des valeurs fondamentales d’éducation au sein de nos familles, voilà bien la première des missions des chrétiens dans le monde que rappelait avec une grande modernité le concile Vatican II (Gaudium et spes n°47 à 52) il y a maintenant cinquante ans. Sans doute faut-il aujourd’hui redécouvrir la grande actualité de ce texte.

« Ce que Dieu a uni, que l'homme ne le sépare pas ! »
Matthieu 19, 6

La question de la parentalité et de l’éducation

Jaklin, au Service national de la Pastorale des Migrants, maire-adjointe à Saint-Denis

Notre département est un département arc-en-ciel comme aimait le rappeler Mgr Guy Deroubaix. Ainsi se croisent plusieurs systèmes de parentés et forcément la question de la parentalité et de l’éducation se pensent différemment. Mais une chose est sur, nos enfants, quelque soient leurs origines, ont besoin de quelques repères clairs pour grandir. Je dis quelques repères parce que nous avons tendance à dire « qu’il n’y a plus de repères aujourd’hui », je dis au contraire, il y a en trop et surtout bien cloisonnés, ceux de l’école, ceux de la famille, et ceux de la rue des copains…qui ne se confrontent plus ou très peu.

Devant une société sans cesse en mutation, l’Eglise depuis toujours, mais plus encore aujourd’hui doit être un partenaire important pour la famille. Sa présence par différentes initiatives, sa capacité de faire confiance, d’appeler à des responsabilités, d’accompagner, sans faire à la place reste un repère pour nos jeunes, mais aussi une aide précieuse pour les familles. Mais cela lui demande d’avoir des adultes qui sont en capacité d’entrer en dialogue dans un monde avec ses multiples appartenances, de les montrer que, quelque la situation qu’ils vivent, ils sont des personnes aimées de Dieu. Entrer en dialogue en profondeur pour entendre l’aspiration d’une personne est un accompagnement dans la durée et pour tenir, il faut sans cesse puiser dans l’évangile, pour avoir le regard du Christ et continuer à cheminer ensemble.

Le rôle des parents

Judith et Mafoya, mariés en 2007

Judith et Mafoya se sont mariés le 8 septembre 2007 en l'église Saint-François Xavier à Cotonou au Bénin. Ils ont une fille.

La famille est un socle fondamental dans la société. Il est vrai que tout part d'une famille : les valeurs et héritages culturels. Tout individu trouve dans sa vie une famille, qu'elle soit la sienne ou une autre. On voit bien comment les jeunes qui réfutent de plus en plus là réalité de la famille sont en mal d'identité. L'absence d'un cadre familial stable peut perturber le développement de l'enfant et générer de la souffrance. Parfois, il vaut mieux une famille d'adoption, le plus important étant la chaleur et la stabilité de vie.

La présence parentale, une empreinte sur l'identité de l'enfant
Le rôle des parents est primordial. Ils sont les premiers à inculquer les valeurs qu'ils ont non seulement reçu de leurs propres parents mais qu'ils ont acquises également lors de leur expérience de vie. La société apporte sa contribution mais elle ne doit pas, à notre sens, être la principale source d'éducation des enfants. La présence parentale dans l'éducation des enfants permet de laisser une empreinte sur l'identité de l'enfant, sur ses choix d'adulte qu'il sera plus tard ; cela aura donc une influence sur la société tout entière. En tant que parents, nous n'avons pas envie que notre fille prenne des habitudes venant uniquement de l'extérieur de la maison ; notre devoir est de lui expliquer la différence entre les choix que nous faisons et ceux que font les autres parents. Elle vit cette différence à l'école et nous lui apprenons à avoir une vision plus large de la vie. Cette vision de la différence elle le voit d'abord à la maison parce que nous ne sommes pas toujours d'accord sur la façon de lui transmettre certaines choses, quoi lui transmettre et quand lui transmettre. Il est important de prendre le temps entre nous et avec elle pour discuter de cette divergence d'opinion.
À l'âge adulte les parents doivent - et ceci dès l'enfance - avoir confiance en leur enfant dans son choix de vie, sans prendre sa place.

Cela va de soi de transmettre la foi à notre fille
Dans notre famille, il nous est difficile de vivre notre foi ensemble. Nous sommes assez pudiques l'un envers l'autre et le fait de ne pas avoir eu le même parcours religieux y participe (Judith à été baptisée enfant et Mafoya à choisi d'être baptisé à l'adolescence). Nous avons longtemps discuté de la démarche à suivre pour notre fille avant de nous décider à la baptiser à l'âge de trois ans. Ce temps de discussion était important et nous avons choisi de nous faire aider par un prêtre lorsque nous sentions que la discussion devenait conflictuelle. Pour moi (Judith), cela va de soi de transmettre la foi à notre fille. Je lui apprends à prier et je l'emmène à la messe. Pour moi (Mafoya), cela est plus difficile car j'aurais souhaité qu'elle choisisse ce chemin de son propre chef. Cependant, je prends du plaisir à lire avec elle la Bible pour enfant que ma femme a eu la bonne idée d'acheter.

Nos deux cultures pour notre fille
Ce n'est pas depuis le mariage mais depuis l'arrivée de notre fille. Être parents nous a donné envie d'apporter chacun notre pierre à l'édifice familial. Étant tous les deux béninois, ayant grandi au Bénin et ayant migré en France plus tard, il nous a été évident (mais seulement après) que nous voulions les deux cultures pour notre fille. Nous lui parlons les deux langues par exemple, ce que ne font aucun des parents béninois de notre entourage. Contrairement à l'idée que nous avions sur l'éducation, nous avons à cœur de ne pas étouffer la personnalité de notre fille, qui est très affirmée ! Cependant, notre vision de la famille reste la même : des parents ayant reçu un héritage culturel, familial, sociétal qu'ils doivent eux-mêmes transmettre à leurs enfants.

La transmission parents / enfants

Gwenaël, Neuilly-sur-Marne

Les parents doivent s’impliquer dans le cheminement de leurs enfants à n'importe quel âge, tout en les laissant cheminer, découvrir, choisir. Quand on est chrétien, on n’impose pas sa foi, mais on en témoigne tout au long de sa vie. Mon propre frère était à l'Action catholique des enfants quand il était petit, c'était pour lui un moment pour jouer avec ses copains. Aujourd'hui, il ne croit pas, mais en garde un bon souvenir. Moi, c'est la Mission ouvrière qui m'a fait devenir ce que je suis !


Pas facile de prendre le temps pour aborder le sujet de la foi
Il n’est pas évident de transmettre la foi à ses enfants, car parfois ils nous posent des questions auxquels nous n'avons pas de réponse. Entre le travail et la vie de famille, il n’est pas facile de prendre le temps pour aborder le sujet de la foi et les emmener au catéchisme. De plus, il n’est pas évident de faire le lien entre leur vie d'enfants et la foi. Quand on commence petit à leur proposer un éveil à la foi, c’est pour eux un moment de jeux et de découverte. Plus ils grandissent, plus ils recherchent autre chose, avec beaucoup de questions sur leur place dans la société et les relations avec les autres. C'est pourquoi ce qui doit leur être proposé, c'est de faire le lien entre leur foi et leur vie de jeunes, tout en leur laissant une grande liberté. C’est peut-être des années plus tard qu'ils reviendront vers la foi. J'ai moi-même fait le choix d'être baptisée à l'âge de 12 ans. Ce moment est inoubliable, car ma démarche a été faite avec mon club d'ACE (Action catholique des enfants) et cela avait un sens pour moi.

Le choix de l’Action catholique des enfants
Mes parents étaient déjà en Mission ouvrière. C'était donc naturel pour eux de nous proposer l'ACE quand nous étions plus jeunes. Aujourd'hui, je pense que c'est la Mission ouvrière (ACE, JOC, ACO) qui m'a fait devenir ce que je suis aujourd'hui : une adulte fière de mes croyances et le vivant quotidiennement dans ma vie, au travail. Mon mari était également à l'ACE petit et responsable de club. Pour nous, c'était un choix concret pour faire vivre la foi à nos enfants, en lien avec leur vie. Et leur transmettre à notre tour ce que nous avons reçu tout au long de notre vie. Ces mouvements permettent à chacun de trouver sa place dans le monde et avec les autres. En s’intéressant à ce qu'ils vivent avec leurs copains, leurs familles. Mener des projets ensemble, des actions, faire des rencontres, vivre des moments collectifs, se former… Cela en lien avec sa foi pour y trouver un sens, relire sa vie, reprendre confiance.

Laisser le choix, ne pas imposer
Je pense que les parents doivent proposer à n'importe quel âge et laisser l'enfant choisir, cheminer, découvrir, mais être présent durant ce cheminement. Mon propre frère à fait de l'ACE quand il était petit, c'était pour lui un moment pour jouer avec ses copains. Aujourd'hui, il ne croit pas, mais en garde un bon souvenir. Croire, c'est aussi laisser le choix, ne pas imposer ; c'est aussi cela d'être chrétien, ne pas imposer sa foi. Mais en témoigner autour de nous à n'importe quel âge.
Je dirais que les valeurs chrétiennes doivent se transmettre dans la vie de tous les jours pour permettre de mieux vivre ensemble, et trouver sa place, ses convictions.

Pascal et Marie-Noëlle, Livry-Gargan

equipes notre dame (mary).jpgPascal et Marie-Noëlle habite à Livry-Gargan. Mariés en 1990, ils ont sept enfants encore à charge. Pascal est médecin, Marie-Noëlle est surveillante au collège Fénelon et donne des cours d’éducation religieuse.

Leur faire vivre une situation spirituelle en dehors de nous
Au départ, M. était sur un chemin de traverse, je n’allais pas très souvent à la messe et les filles étaient petites et suivaient maman. C’était difficile d’avoir ce décalage, il est possible d’avoir raté une spontanéité. Pour les suivants, la messe fut de plus en plus régulière, le caté, souvent fait par maman. Quelques pèlerinages à Lourdes, à Paray-le-Monial, une retraite à Courset régulièrement avec les enfants, pour ne pas les dissocier et leur faire vivre une situation spirituelle en dehors de nous. Le MEJ aussi en équipe ou en camps de vacances. Il y a sept ans, nous avons envoyé pour la première fois nos trois enfants à un camp MEJ près de Toulouse : l’aîné des fils avait 10 ans, Sarah 9 ans, et Xavier 7 ans. Lorsqu’ils sont revenus du camp, ils se retrouvaient tous les soirs pour prier et chanter. C’était émouvant de les voir prier ainsi. Bref, ils étaient joyeux, heureux de vivre. Ensuite, ils ont continué de faire des camps. Je pense que les camps MEJ leur ont beaucoup apporté, surtout l’année dernière lorsque Quentin est parti à Assise puis à Taizé.
Parfois, avec difficultés pour les mobiliser, les convaincre de nous accompagner. Et avec parfois des tensions… ! Mais sachant que cela leur fera du bien, nous tenions bon. Sans jamais regretter une fois, tous revenus à la maison. Il est vrai que l'ambiance générale que vivent les enfants est loin de notre foi des copains athées, des copains musulmans qui ont un travail de sape de moquerie, etc. Mais, heureusement, tous ne sont pas comme cela, et les enfants ont été très peu loquaces sur leurs expériences en ce sens. Même les adultes enseignants. Nous vivons dans un monde qui veut se démarquer du christianisme, la pub, les films peuvent mettre à mal tout ce que nous avons essayé de transmettre et de donner, parfois avec une grosse voix.

Sept enfants… sept chemins de croissance
Violaine ne fait plus rien ; elle va à la messe une ou trois fois l’an. Chloé est scoute d’Europe et s’occupe de Louvettes à Villemomble. Quentin, selon ses humeurs a débuté le scoutisme à Noisy-le-Sec. Il a arrêté la préparation pour la confirmation, mais continue d’aller à la messe. Sarah faisait du MEJ, mais en ce moment se pose des questions sur son avenir, elle vient à la messe. Xavier lui vient de débuter cette préparation. Et va aller au Frat, il est dans une équipe MEJ. Elodie continue le caté et participe à une équipe MEJ. Thomas, 6 ans, est au MEJ aussi et va à l’éveil à la foi. Ma petite épouse fait le caté et prend une équipe MEJ, participe à l’animation de la messe. Nous faisons de la préparation au mariage. Je participe à l’EAP pour aider notre curé. Nous faisons partie du mouvement des Équipes Notre-Dame depuis 1999, dont nous fûmes le couple responsable du diocèse pendant trois ans. Nous tentons d’expliquer aux uns et aux autres selon leurs questions et leur écoute et leur compréhension. Ce que nous faisons, on peut se demander si tout est bien perçu.

Proposer avec insistance, douceur, fermeté… et liberté
Quelquefois, lorsque nous avons du mal avec nos ados, nous demandons de l’aide à nos amis prêtres. Une aide précieuse. Ils nous écoutent et nous donnent des conseils. Les parents doivent proposer avec insistance, douceur, fermeté, mais avec la liberté, peut être sommes-nous plus directifs. Que notre Seigneur qui nous donne la liberté. On peut laisser des DVD, des livres ou autre chose pour les intéresser. Les convaincre de notre volonté de leur donner le meilleur, comme ils sont encore obéissants, cela marche encore. Nous pensons aussi qu’au moment de la préparation pour la confirmation, nous devons les laisser choisir. C’est dur mais ils doivent choisir et faire leur chemin. Oui, l’adolescence est un passage ou il faut les laisser choisir tout en essayant de les guider et surtout de prendre du temps pour discuter avec eux, lorsque nous avons du mal nous leur écrivons. Cet été, nous allons avec cinq de nos enfants à Paray-le-Monial. Les équipes Notre-Dame nous ont beaucoup aidés à prier ensemble pour nos enfants, car nous sommes des pauvres parents qui avançons tout en faisant confiance au Christ.

La transmission de la foi nécessite un approfondissement
Je trouve que dans chaque diocèse, on devrait pouvoir trouver de vraies propositions de se retrouver dans un approfondissement. De notre religion chrétienne, nous vivons avec le monde mais sans devenir un "ghetto" catho, pouvoir nous retrouver. Une dynamique autre à définir, pour que nos enfants et même nous les adultes puissions puiser ensemble dans l’eau vive… Une fois par mois, nous invitons un de nos enfants pendant toute une soirée pour discuter avec lui ; nous parlons de tout et de rien mais c’est sa soirée avec ses parents rien que pour lui. Nous tenons aussi à bénir la table, car lorsqu’ils étaient petits, nous faisions la prière en famille. Maintenant, c’est un peu difficile, alors c’est notre façon de prier ensemble.

François et Thérèse, Tremblay-en France

François et Thérèse sont mariés depuis 34 ans. Ils ont six enfants : l’aîné a 33 ans, le plus jeune 19.

Une transmission à la grâce de Dieu
Nous essayons d’imiter le Christ de semer avec les graines reçues, et le reste, c’est le secret entre chacun de mes enfants et Dieu. Peut-être le plus difficile, c’est d’accepter qu’ils ont peut-être une expression de foi différente de nous, c’est d’accepter qu’ils ne nous appartiennent pas, mais c’est à Dieu ! C’est aussi difficile dans un milieu scolaire où ils ont grandi avec presque tous les copains et copines de classe non chrétiens ou plus dur, qui se disent chrétiens mais qui ne pratiquent pas. C’est dur pour eux qui se sentaient des fois seuls à pratiquer, à se lever au milieu des copains qui dorment encore pour aller à la messe après une soirée tardive…
Concrètement, nous commençons par leur baptême et le choix des parrains, marraines qui sont, des témoins et des aides privilégiées spirituellement. Ils nous épaulent en priorité dans la prière. Puis, l’éducation religieuse : dans le quotidien, en catéchèse à la paroisse ; messe participée en famille - engagée de temps en temps à animer la messe avec eux - aller ensemble nous confesser - pèlerinage… ; prière familiale, communautaire, temps forts liturgiques et familiales en associant aux différentes épreuves vécues dans la famille ; lecture de la Parole ; mouvement scout d’Europe… Quant à nous, nous sommes dans l’Equipe Notre-Dame, et si sans ce soutien, ce sera encore plus dur pour nous.

Nous confions nos enfants à la providence
De l’enfance à l’adolescence, le passage est difficile. Cela se vit parfois dans la sueur et dans les larmes ! La marge de manœuvre, nous sommes incapables de la connaître nous-mêmes et nous essayons de chercher des conseils dans l’entourage, dans les témoignages des saints de la famille Martin, dans la communion des saints, nous pleurons avec Marie, nous les confions à la providence. Quand les enfants sont petits, nous les grondons ou nous donnons une "petite fessée " et tout rentre dans l’ordre. Quand ils sont ados, nous les grondons, ou nous nous mettons à genoux pour prier car nous ne comprenons plus rien… et ce n’est pas facile de l’accepter, même par la prière. Ils nous épuisent physiquement, avec de longues nuits attendant le retour d’une soirée d’anniversaire…

Benoît et Anne, Pierrefitte-sur-Seine

Benoît et Anne résident à Pierrefitte-sur-Seine. Ils sont mariés et ont 4 garçons, de 14 à 24 ans.

Vivre sa foi avant de la transmettre
Nous avons d'une part essayé de vivre notre foi par des engagements sociaux (associatifs, municipaux, etc.) en expliquant notre démarche à nos enfants. D'autre part, nous les avons incités (obligés quand ils étaient petits) à participer avec nous assez régulièrement à la messe et à des prières familiales, hebdomadaires dans les meilleurs moments. Enfin, nous les avons encouragés à participer à des rassemblements et temps forts comme le FRAT, le Jamborée, les JMJ… et à s'engager dans des mouvements (scoutisme, aumônerie) et associations de solidarité (soutien scolaire, centres sociaux) ainsi qu'à faire leur communion et leur confirmation.

Imposer et fixer un cadre structurant et rassurant
Petits, comme pour beaucoup d'autres activités (intellectuelles, sportives ou sociales), il peut être nécessaire d'imposer et de fixer un cadre qui est à la fois structurant et rassurant. Au fur et à mesure, une plus grande autonomie peut être laissée avec des choix à faire. A un de nos enfants qui exprimait un refus qu'on lui impose une inscription au scout et à l'aumônerie, nous avons indiqué que, de la même façon qu'il pratiquait une activité sportive (basket) et une activité culturelle (piano), nous souhaitions qu'il pratique une activité "confessionnelle". Finalement, il s'est inscrit et a été assidu aux deux… Le fait de vivre ensemble des temps de pratique de la foi est important. Il s'agit moins alors d'imposer que de partager.

Nos enfants font tous du scoutisme : l'ainé est chef et au conseil d’administration, le second chef, le troisième compagnon, et le dernier scout. L'ainé participe aussi régulièrement à l'encadrement du Frat. Le second est bénévole et trésorier dans une association de quartier qui fait du soutien scolaire et de l'animation pour des jeunes. Les deux derniers pratiquent des activités sportives (boxe pour le troisième, basket et tir pour le dernier). Ces diverses activités leur permettent de prendre des responsabilités, de découvrir d'autres personnes que celles qu'ils côtoient dans les environnements familiaux ou scolaire, de confronter leurs convictions à la réalité.

Les parents, une base pour les enfants
Les parents doivent toujours accompagner leurs enfants. Au début, en tenant par la main et en guidant, ensuite en marchant à côté, puis en donnant des orientations sur le chemin à suivre, enfin en les regardant des yeux s'éloigner et en leur demandant de leurs nouvelles de temps en temps… et en réagissant à celles-ci. Le cheminement ne s'arrête pas et il est important que les parents constituent une sorte de base vers laquelle les enfants peuvent revenir quand ils en ont besoin. L'accompagnement implique cependant un déplacement conjoint et les parents cheminent aussi parfois guidés par leurs enfants qui les font évoluer.

Augustin et Anne-Marie, Gagny

Augustin et Anne-Marie habite Gagny. Tous deux professeurs des écoles, ils ont 4 enfants : Laurianne 18 ans, Edgar 15 ans, Titouan 14 ans, Joséphine 8 ans. Ils sont par ailleurs responsables du groupe Scouts et Guides de France de Villemomble.

La transmission de la foi se fait par l'exemple que l'on donne
Petits, avec mes parents, nous n'avons jamais prié en famille et là, je ne sais trop comment, l'habitude s'est prise de le faire tous les soirs avec les jeunes. Il se trouve que cette année, Laurianne ayant quitté la famille, je ne sais pourquoi, mais on ne le fait plus tous ensemble, ma femme s'en est lassé. Je le fait donc seul avec Joséphine, dans sa chambre, une petite parole et le Notre Père ou le Je vous salut Marie, de temps en temps, j'entends chanter les frères de leur chambre. Je pense que la transmission de la foi, se fait par l'exemple que l'on donne, d'une vie si possible dans la vérité et ou les jeunes sentent des choses qui leurs parlent à eux. S'il n'y a qu'un modèle, un père, une Mère, mais que cela ne les touche en rien, je pense que cela ne sert à rien. C'est pour cela, qu'avec les Scouts et Guides de France, j'ai décidé d'organiser deux concerts de rock chrétien, avec des groupes que mes enfants connaissaient et appréciaient, Glorious et Push. Ils ont vécu de l’intérieur tout le projet, ils ont vu que cela fut compliqué à monter, que j'y ai investi beaucoup de temps, mais ils ont vécu le résultat, plus qu'ils ne l'ont vu… Vivre, c'est l'essentiel… J'aimerais qu'ils vivent aussi, comme je l'ai vécu plus jeune, des camps d’aumônerie. La foi y est plus vivante que dans nos camps Scouts, à mon grand désespoir ! Car je pense qu'ils ont besoin de modèles qui les mènent vers la foi. Papa, Maman, c'est bien, mais après, il faut des relais… Ou les trouver, ce n'est pas simple du tout… Laurianne en a trouvé à travers d'amis et de temps forts. Aller à des rencontres, mais cela coute souvent cher (JMJ !) faire des voyages en famille…

Dieu leur parle à chacun différemment
Je pense que de toutes les manières, les parents ne font que proposer, puis les enfants disposent, ils ne ressentent pas du tout Dieu de la même manière, ce sont des personnalités très différentes. Je vois bien qu'avec Titouan, mon troisième, l'idée de Dieu passe mal, mais je n'essaie pas de le brusquer, je lui parle de ce que je ressens, de ce que Dieu est pour moi en lui disant qu'après, ce sera à lui de se construire un lien avec Dieu !... On force parfois un peu le dimanche.
Toute la famille est chez les Scouts et Guides de France. Il y a aussi l’aumônerie, la musique pour Edgar, beaucoup de dessin pour Titouan et de la danse pour Joséphine. Laurianne faisait beaucoup de danse mais elle a arrêté cette année ; elle chante actuellement dans un groupe de louange sur Gagny.

Bien dans leur tête et leur corps, pas forcément bien avec Dieu
En fait, plus j'y réfléchis, plus je me dis que les Scouts et Guides de France, tout au moins ceux dont je m'occupe, vont aider mes enfants à grandir en tant qu'homme et femme. Je n'y trouve pas la foi que je chercherais, même en m'y impliquant à 200% et pourtant, c'est le mouvement que je ressens comme étant le plus en adéquation avec mes enfants… Mon engagement à leur coté est aussi là pour leur montrer que l'on doit être des chrétiens engagés, que l'on ne doit pas avoir peur de dire sa foi, de la vivre. Etre chrétien, ce n'est pas "chiant", cela peut être fantastique si tu te bouges et c'est ce que l'on essaie de leur montrer et de leur faire vivre.
Trop pousser ? Trop orienter ? Ne rien faire ? Vivre et vivre avec, une foi de tous les jours, montrer que pour nous, c'est essentiel et après faire confiance. Après tout cela, j'espère qu'ils garderont tous Dieu au fond de leur cœur.

Les ados et la foi

Michel, délégué diocésain des vocations, prêtre à Gagny

L’adolescent a vitalement besoin de rencontrer des adultes qui soient adultes. L’adulte a le rôle du phare qui indique aux bateaux la proximité de la côte et signale les écueils. Accompagner un ado réclame que l’adulte sache que le jeune est en traversée. On ne lui tient pus la main comme sur un chemin puisqu’il est sur la mer où il faut inventer son chemin. Baliser, appeler et témoigner : baliser pour signaler les dangers, voire interdire fermement les orientations dangereuses qui séduisent l’ado ; appeler pour que l’ado se sente attendu de l’autre coté de la mer et qu’il fouille dans ses entrailles les ressources pour continuer sa traversée et choisir son cap ; témoigner pour que le jeune ne craigne pas devenir une personne et non pas un idéal de personne, un être humain qui gèrera ses contradictions et non pas un modèle sans faille déshumanisé. Mon père m’a dit en substance : « Je n’ai pas à t’imposer des choix. Fais ce que tu crois bien de faire. Mais si j’apprends que tu te drogues, je te flanquerai un magistral coup de pied eu c… et je t’emmène immédiatement à l’hôpital pour te faire désintoxiquer ! »

Tout d’abord la confiance
En Dieu et dans son enfant. Et puis l’ouverture et l’attente : comment l’enfant va-t-il se muer en adulte ? Quel homme, quelle femme va apparaître qui aura réorganisé ses composants et décidé de ses priorités ? Enfin, il faut dire cela à l’enfant, sans le lui seriner, mais en étant témoin de son espérance pour lui.
L’ado se sent fréquemment prisonnier. Il en accuse souvent les adultes proches, parents ou professeurs. Le rôle des parrains et marraines, s’ils ont su être assez proches et distants à la fois peut-être libérateur et offrir un rayon de soleil à travers les barreaux. Quand c’est possible et que l’ado s’y prête, la communauté des ados chrétiens, guidés par des adultes astucieux est sans doute l’outil le meilleur pour expérimenter cette rencontre libératrice avec le Seigneur. Les mouvements de jeunes sont irremplaçables de ce point de vue.

img_9263.jpgD’une foi "personnelle" à une foi "partagée"
Il est nécessaire de passer d’une foi familiale ou héritée à une foi personnelle. C’est lorsque le jeune pourra dire : « Ce n'est plus à cause de ce que tu nous as dit que nous croyons maintenant ; nous l'avons entendu par nous-mêmes, et nous savons que c'est vraiment lui le Sauveur du monde. » (Jean 4, 42), qu’il sera en mesure de proposer sa foi à une communauté. Son mouvement de jeunes d’abord, puis sa paroisse ou tout autre lieu d’Eglise.

Pas tout seul à suivre Jésus
Il est ambigu ! Négativement, il ressemble à un match de foot ou les tribunes se fondent dans une masse exaltée dépersonnalisée. Ca fait du bien de s’oublier et c’est facile, pourvu qu’on ait payé sa place. C’est dangereux de ce pont de vie car, avec un peu de technique de manipulation, on peut faire dire ce qu’on veut à une foule. Positivement, la foi est promesse d’assemblée des enfants du Père dans pour les Noces de l’Agneau : chants, prière, célébration, fête, repas, partage, rencontres, tout cela est annonciateur de ce à quoi nous aspirons. D’autre part, pour des chrétiens d’Occident isolés dans un monde soit antireligieux, soit hyper religieux, l’expérience de n’être pas tout seul à suivre Jésus est réconfortante et encourageante.
On juge l’arbre à ses fruits : pour de nombreux jeunes, les grands rassemblements come le Frat, les JMJ, les Jamborées et autres fêtes JOC ou ACE ont été le déclencheur de leur prise en main personnelle de leur foi.

Marinette, responsable de la retraite des jeunes confirmands à Taizé

Ce pèlerinage a été proposé sur le diocèse aux 15-18 ans pour créer un temps fort de prière et de réflexion, les années où il n’y a pas le Frat à Lourdes. Taizé est un lieu très fort de témoignage. Les jeunes découvrent des frères qui prient, qui vivent dans la plus grande simplicité par leur travail, qui sont ouverts au monde, dans la solidarité (opération Espérance) et qui ont fait de l’accueil des jeunes sur leur colline un de leur axe privilégié.

Découvrir le sens de l’autre, de sa vie, à travers une démarche de prière
Les jeunes arrivent avec leur MP3, leur iPhone, leurs marques mais aussi leur manque de confiance en eux, leurs doutes sur la société, la justice sociale… Beaucoup viennent de cité et ont le sentiment d’être pauvres, problèmes de chômage, de discriminations…
A Taizé, ils découvrent :
• la prière, le premier jour, ils chuchotent, nous expliquons que cela peut gêner… le deuxième jour, à mon grand étonnement, ils sont silencieux, tête baissée. Dubitative, je les observe. Ils s’envoient des SMS ! Nous discutons de l’addiction aux nouveaux moyens de communication, de la nécessité de prendre un temps pour soi, réfléchir à sa vie, la confier à Dieu… « M’dame, je savais que je pouvais être silencieuse aussi longtemps, mais des fois, ça fait repenser aux soucis à la maison ou avec les potes, ça fait mal ! » Importance d’accompagner ceux que l’on sent un peu perdus…,
• une simplicité de vie souhaitée par les frères : « ça décoiffe, m’dame ! » Un esprit de service : préparer le repas, la vaisselle le nettoyage des salles. Ils ont l’habitude que leur mère leur serve tout, et à leur goût. A Taizé la nourriture est abondante mais pas excellente. Ils découvrent la richesse du cocon familial, souvent à leur petit soin.
« Le ménage, c’est pour les filles ! » on discute sur le respect de chacun, le rapport homme-femme, et les animateurs témoignent au quotidien du respect envers les jeunes mais aussi de l’esprit de service,
• une rencontre, un partage, on n’est pas là pour frimer, ni pour rester avec les écouteurs sur les oreilles. Petit à petit on apprend à se défaire des béquilles du faire-valoir pour entrer dans une relation plus vraie,
• le sens de la communauté : le respect des horaires, le silence aux heures de prières. Les frères par leur accueil, leur partage amènent ces notions naturellement, sans autoritarisme,
• la parole de Dieu, des temps de partage d’Evangile où les frères qui nous accompagnent rendent leur réflexion présente dans notre vie,
• la solidarité : des carrefours où l’on découvre leurs actions dans le monde. Au Kenya, en Chine, au sud Soudan, en Corée du Nord, en Bolivie, Cambodge, Bangladesh, etc.

Une expérience spirituelle
Je reprendrais les objectifs de Frère Roger, celui qui a forgé la communauté : « Nous avons à encourager les jeunes à être porteurs de confiance et de réconciliation là où ils vivent, unissant dans leur existence vie intérieure et solidarité humaine ». Ce pèlerinage de confiance est maintenant proposé à tous les jeunes qui préparent leur confirmation et notre évêque, Pascal Delannoy nous accompagne et est très présent dans leur réflexion.

Taizé pour les jeunes représentent dans les premiers temps un choc assez violent. Il est important de les y préparer et d’être sûr de leur adhésion. Les animateurs aussi, doivent connaître la démarche pour soutenir les jeunes.

Elodie, 15 ans, a été confirmée en 2013

Après ma retraite de confirmation à Taizé (Saône-et-Loire), je suis repartie avec des souvenirs merveilleux, malgré un début difficile dû aux conditions de simplicité du lieu. Nous étions tous ensemble, entourés de personnes qui nous comprenaient et nous aidaient. Me préparer à la confirmation a été un choix personnel. Il était important pour moi de pouvoir choisir de continuer, ou non, mon cheminement de foi. Mes parents savent bien qu’un jeune de mon âge veut être responsable de ses choix ; ils nous laissent donc, mes frères et moi, faire nos propres choix… même si parfois, ils sont là pour redresser la barre. Avec des parents croyants, j’ai été éduquée dans la foi. Jusqu’à ce que j’aille au Frat (Pèlerinage des collégiens et des lycéens d’Ile-de-France) et que je rencontre d’autres jeunes chrétiens, je croyais en Dieu mais je me sentais seule. Depuis ce Frat, ma foi est devenue quelque chose d’important dans ma vie.

Nous ne sommes pas seuls
Je sais qu’on peut douter de sa foi, à cause de choses dures ou parce qu’on ne croie plus que Dieu est important dans sa vie. J’en connais qui, après avoir douté et s’être posé des questions, ont gardé la foi car ils se sont rendu compte que Dieu était important dans leur vie, justement dans les moments difficiles. Je voudrais dire aux jeunes de mon âge qu’ils ne sont pas seuls, que de nombreuses personnes sont derrière eux ; c’est juste qu’ils ne les ont pas encore remarqués ! Je les encourage donc à aller au Frat pour vivre un moment exceptionnel. L’an prochain, je poursuivrai les séances d’aumônerie et retournerai au Frat avec tout mon groupe. J’espère aussi participer au projet de chorale de ma paroisse et ramener quelques amis.

L’accompagnement des couples au mariage

André et Sylvaine, couple accompagnateur à Courtry (Secteur du Plateau)

Il faut accueillir le futur couple, "tel qu'il est" et que ce couple sache d'emblée ce que nous sommes et qu'il nous accepte comme tel. La première rencontre est donc fondamentale. Il faut être vrai. Nous leur disons que Dieu est au centre de notre vie, de notre sacrement de mariage et que la prière, spontanée ou formelle, nous permet d'entretenir ce lien d'amour. C'est ce que nous allons découvrir au cours de cette formation. Chacune de nos rencontres commence et se termine par une prière faite ensemble. Le "nouveau et futur couple" doit savoir immédiatement que le couple "formateur" croit sérieusement à ce qu'il dit.

Faire connaître Jésus et l'Eglise fondée par Lui
Les diverses cultures et traditions se refondent dans la démarche commune du choix : se marier à l'Eglise. Pourquoi cette démarche et quelles sont les circonstances qui y mènent ? C’est ce qu'il faut découvrir par le dialogue… puis faire connaître Jésus et l'Eglise fondée par Lui. C’est en vivant notre foi devant eux que nous arrivons à partager les valeurs chrétiennes du couple, en apportant des témoignages personnels des bontés de Dieu dans notre vie, dans nos épreuves (la perte de notre fils aîné par exemple où malgré nos larmes et notre chagrin, nous avons ressenti, Sylvaine et moi, toute la tendresse de Dieu qui nous consolait… jusqu'à consoler les autres). Dieu nous aime et veut sauver l'homme de lui même et de son péché. En cinq ans, beaucoup de couples ont eux même fait l'expérience de cet amour de Dieu et tous sont venus ou revenus, au moins une ou deux fois à la messe qu'ils connaissaient peu ou pas.

Notre maison reste ouverte à leur vie de foi
Après leur mariage, nous "suivons" les couples de près mais le plus souvent "de loin" (multiples rencontres chez les commerçants ou après les banalités d'usage, on parle toujours de la foi qui, chez beaucoup reste le sujet fort). Ils savent que notre maison reste ouverte à leurs questions, à leur vie de foi. Certains couples se sont mis en équipe "tandem" (Notre-Dame), d'autres s'estiment pratiquants, même s'ils ne viennent que de façon épisodique… mais leur vie a changé en découvrant le Christ qui les aime. Les causes de la non fréquentation de l'église sont multiples. C'est d'abord l'ignorance de la foi, la méconnaissance de Jésus, de Dieu. L'Evangile n'est pas connu. Le catéchisme n'a pas marqué. Il faut de vraies écoles catholiques et de témoins enseignants qui vivent de leur foi.

Dominique et Fabienne, couple accompagnateur à Montfermeil

Quand nous prenons contact au téléphone avec le couple que nous allons accompagner, nous sommes dans l’écoute de ce qu’ils sont et de ce qu’ils vivent. Par exemple, alors que nous aimons bien commencer pour faire connaissance par un diner à la maison, s’ils ont des enfants et pas de possibilité de garde, nous allons simplement chez eux sans imposer ce premier diner.


Ni "conversion", ni jugement
Nous les accueillons là où ils en sont en les assurant que pour nous, il n’est pas question de "conversion" à tout prix lorsqu’un des deux n’est pas croyant, ni de jugement sur ce qu’ils ont vécu ou ce qu’ils vivent (La plupart des couples sont constitués d’un croyant et d’un non croyant et ont déjà deux enfants en moyenne).
Nous prenons comme une richesse que ces couples quels qu’ils soient demandent le mariage à l’Eglise : un petit pas vers Dieu ou dans l’accueil de ce que vit le conjoint. Nous essayons de leur faire expliciter le pourquoi de leur démarche vers l’Eglise.

Leur permettre de percevoir toute l’humanité de Dieu
Nous restons ouvert à leur diversité et cela les rassure : ils s’ouvrent mieux à un dialogue et finalement si un des deux n’est pas croyant, nous avons pu constater que c’est celui-ci qui sera le plus investi, le plus souvent, posant beaucoup de questions par rapport à notre foi et à la façon de la vivre. Ils trouvent un lien dans les textes bibliques proposés dans « le carnet de route des fiancés » avec leur vie quotidienne, et les questions de réflexion posées sur leur vie quotidienne et la foi les interpellent bien. En général, il trouve notre Eglise ouverte et accueillante et nous créons des liens avec eux, qui même s’ils ne perdurent pas au-delà de quelques mois, question de disponibilité pour eux ou pour nous, leur permettent de percevoir toute la part de l’humanité de Dieu. Nous les recevons entre 5 et 7 fois seuls à seuls avec nous et ce, avec plaisir : ils nous le disent bien.

Du temps et de l’écoute pour ne pas blesser
Tout commence par l’accueil de couple à couple, afin d’avoir une écoute attentive et individuelle pour donner aussi plus de poids à leur réflexion et une réponse adaptée à chacun. Ils sont heureux d’avoir deux temps avec plusieurs couples mais apprécient vraiment l’accompagnement individuel : même les plus récalcitrants finissent par en redemander. Aucun couple ne nous a dit qu’il trouvait que c’était trop long ! Il faut du temps et de l’écoute pour ne pas blesser. Plus facile d’accueillir la diversité seuls à seuls que dans un grand groupe où des généralités peuvent blesser, que ce soit de différences sociales, ethniques, culturelles,…

Nos différences nous font grandir dans notre couple
Nous les interrogeons sur leur vécu, dans leurs familles, puis dans leurs vies actuelles. Et pas à pas, nous abordons les différentes attitudes du couple : écoute, communication ouverte, pardon, fidélité, … à travers leur quotidien et notre expérience : l’importance pour nous du dialogue, du pardon, de la prière, de la participation à la messe dominicale, aux temps forts de la foi chrétienne et nous leur proposons de les expérimenter. Par exemple, nous leur avons partagé ce que nous avons vécu lors de la veillée pascale ou de la nuit de Noël, … Nous leur partageons aussi que nos différences dans ces domaines nous ont fait grandir dans notre couple. Par exemple, le fait que Dominique demande plus facilement pardon que moi, m’a amenée petit à petit à passer par-dessus mon orgueil et nous avons à chaque fois vécu une plus grande proximité.

Un accompagnement après le mariage
Il est difficile par manque de temps. Si nous accompagnons environ quatre couples par an vers le mariage : difficile de dégager du temps régulièrement pour accompagner les couples mariés, car nous avons d’autres engagements. Lorsque nous avions proposé une rencontre des couples préparés au mariage dans les 2 années précédentes : trois couples sont venus ! Souvent, ce sont eux qui sollicitent une rencontre soit pour nous présenter leur bébé, soit les photos de la fête, soit parce qu’ils sont tristes que ce long temps de préparation se termine ainsi. A ce moment là, nous sommes très heureux de les revoir. Sur le secteur du plateau, nous faisons la proposition des équipes « Tandem » : deux équipes actuellement : une de cinq jeunes couples juste après le mariage, et une de quatre couples un peu plus loin de leur mariage. Mais pour les accompagner, il faut un prêtre et un couple ! Donc de la disponibilité.

Du mariage vers la communauté paroissiale
Pour qu’un jeune couple avec de jeunes enfants intègrent une communauté paroissiale, alors que ce n’est pas dans ses habitudes, il faut faire des propositions vers ces couples comme : une garderie pour les bébés, un éveil à la foi pendant la messe pour les enfants de 3 à 7/8 ans, un temps convivial ensuite, bref, qu’ils créent des liens sur leur paroisse et aient envie de se retrouver à la messe (à l’essai depuis quelques mois sur le secteur du Plateau). Il faut faire des propositions de réflexion sur leur vie (type ACO, ACI, END, …) adaptée à leurs différences, mais attention au budget baby-sitter ! A chaque fois, cela suppose un aumônier. Ne pas oublier de les inviter aux temps conviviaux et aux temps forts de la liturgie ecclésiale de leur paroisse.
Nous avons déménagé 10 fois un peu dans toute la France et à chaque fois, c’est par les écoles des enfants et l’Eglise de notre nouveau lieu de vie que nous avons pu nous intégrer et vivre des rencontres riches : cela partait de notre volonté de vivre quelque chose là où nous habitions. Donc, essayer pendant la préparation au mariage de leur donner le goût ou l’envie : pas facile !

Elisabeth et Daniel-Marie, couple accompagnateur à Courtry (Secteur du Plateau)

Les situations de vie sont extrêmement variables d'un couple à l'autre. A ce jour, tous les couples que nous avons rencontrés vivaient déjà en couple mais avec des durées d'expérience très variables de 2 à 10 ans, voire plus. Si la plupart n'ont pas encore d'enfants, d'autres en ont déjà 1 ou 2. Un couple avait même, tant Madame que Monsieur, une expérience de vie maritale précédente avec des enfants de chaque côté. Leur vécu chrétien est également très variable d'un couple à l'autre pouvant aller d'un "juste baptisé" avec une non baptisée, d'une "un peu pratiquante" avec un confirmé. Mais quelle que soit leur situation sur ce vécu, leurs souvenirs d'éducation religieuse sont quand-même toujours très lointains voire inexistants ou inexacts. A titre d'exemple, le carême n'évoque rien pour eux, Pâques parfois pas plus et faut-il parler de cette jeune confondant réincarnation et résurrection.

La plupart des couples rencontrés étaient franco-français ou d'origine portugaise. Alors que le taux est très élevé dans notre diocèse, nous n’avons eu aucun couple en situation de chômage. Je crois que dans ce cas, les fiancés préfèrent reporter leur mariage. La surenchère de dépenses liées à la fête est souvent une cause de décalage dans le temps de la décision.

Face à ces situations très variées, nous nous efforçons d'avoir une attitude la plus ouverte possible exempte de tout jugement. Ils vivent ensemble, soit ! IIs ont déjà des enfants, soit ! Mais s'ils ont choisi de se marier et en particulier à l'Eglise, c'est qu'ils veulent aller plus loin… qu'ils sont conscients qu'ils ont en couple encore du chemin à faire ; nous sommes là pour les accompagner quel que soit le lieu d'où ils partent.

Partager notre expérience de couple chrétien
Tous arrivent assez inquiets de la façon dont cela va se passer et surtout craignent notre réaction face à leur méconnaissance de la religion et une critique vis à vis de leur absence de pratique. D'emblée, notre souhait est de les rassurer : nous allons partager avec eux notre expérience de couple chrétien (Expérience de vie familiale et sociale et expérience de chrétien). Nous ne sommes pas ensemble pour faire du caté. Systématiquement, nous parlons aussi de leur état d’avancement dans l’organisation de la fête. C’est une excellente entrée en matière sur un sujet sur lequel ils se sentent particulièrement à l’aise pour aborder d’autres thèmes ensuite. Nous ne manquons pas aussi de parler avec eux de la cérémonie religieuse elle-même. Ce sujet les inquiète et à notre avis, tant que leurs inquiétudes ne sont pas traitées, il est difficile de passer à la suite.
Nous avons trois orientations dans nos rencontres :
- si nécessaire (mais cela l'a toujours été), un rappel de quelques fondamentaux chrétiens avec un langage d'adulte. Nous ne faisons pas de "cours" mais prenons l'opportunité d'un point dans un texte ou de la période que nous vivons (entrée dans le Carême, Avent…) ou d'une de leur question.
- rappel des orientations de l'Eglise en les expliquant car souvent elles sont incomprises ou font l’objet d’idées communes généralement fausses.
- rattacher "vie de chrétien" et "vie quotidienne".

Nous n’hésitons pas à nous découvrir pour eux
Pour nous, il ne s’agit pas à tout prix de vouloir « convertir » les fiancés ou les obliger à aller à la messe tous les dimanches. La plupart partent de très loin. Nous leur expliquons bien évidemment ce que notre foi chrétienne nous apporte et en quoi la messe répond pour nous plus à un besoin qu’à une obligation.
Mais surtout, nous nous attachons à donner aux fiancés la possibilité d’entendre un certain nombre de messages :
- différence entre mariage civil et mariage religieux,
- le mariage religieux est un mariage d’engagement qui se base sur la volonté du couple de respecter le sacrement qu’ils se sont donnés. Le sacrement n’est pas une garantie, c’est à eux de porter la volonté de la continuité. Et pour cela, nous insistons sur l’importance de la communication, de conserver des moments pour le couple (il n’est pas très difficile de les en convaincre, tous ont apprécié le principe de « une heure pour nous » dans le cadre de la préparation au mariage).
- le mariage religieux n’est pas une garantie de route sans souci. Des difficultés, ils en rencontreront.
Sur ces 2 derniers points, nous partageons avec eux notre expérience. Nous n’hésitons pas à nous découvrir pour eux. Nous insistons surtout sur l’importance face aux difficultés de surtout se demander comment ensemble nous allons faire face à cette difficulté et surtout ne pas se demander si on va réussir à y faire face, cette dernière formulation laissant la possibilité d’une réponse négative qui risque de mettre fin au couple.
- nous expliquons souvent par des métaphores en quoi les valeurs chrétiennes auxquelles nous adhérons sont importantes et ce qu’elles nous apportent. Comment elles nous ont permis de surmonter nombre de difficultés. Comment elles nous ont guidés dans notre vie de parents. Comment elles nous ont conduits à nous ouvrir aux autres et à prendre un certain nombre d’engagement.
Le livre et les questions sont un point de départ, mais il nous arrive parfois de le poser au cours de réunion pour échanger en toute liberté autour des questions qu’ils apportent.

Les échanges post-mariage sont rarissimes
Plusieurs fois, des jeunes mariés sont venus nous revoir après le mariage pour nous raconter, nous montrer les photos. Mais après cette rencontre post-mariage, les échanges sont rarissimes. Nous les relançons systématiquement à l’occasion des vœux pour la nouvelle année qui suit leur mariage. Le taux de retour est assez décevant. Nous avons reçu un sms d’annonce de naissance…
Pourtant, deux couples nous ont étonnés :
- l’un, qui lors d’un rassemblement de tous les couples, nous a expliqué que la messe à laquelle ils avaient participé leur avait apporté beaucoup et du coup souhaitait y revenir régulièrement. Nous n’y croyions pas beaucoup, et pourtant, nous les avons retrouvés à la messe à l’occasion de leur premier anniversaire de mariage. Une fois par an, c’est régulier…,
- l’autre, qui après deux ans de silence, nous a appris la naissance de leur premier enfant après une grossesse extrêmement difficile qui a conduit à un accouchement très prématuré. Ce couple avait déjà dû faire face à des difficultés pendant la préparation et s’en était beaucoup ouvert à nous. Aujourd’hui, ils souhaitent nous rencontrer à nouveau pour nous présenter Bébé et échanger, revenir sur ce que nous avions évoqué quant aux difficultés qui ne manqueraient pas de jalonner leur route et parler baptême. A noter que la fiancée était non baptisée mais qu’elle avait posé énormément de questions lors de la préparation.

Plutôt une histoire à quatre, eux et nous
Nous n’avons eu à préparer aucun couple pratiquant. Parfois très occasionnellement, ils vont à la messe lors de grandes fêtes lorsqu’ils sont chez les parents qui eux pratiquent. Globalement, s’ils n’ont pas ou peu d’expérience religieuse, ils ont en plus un a priori vis-à-vis de la messe. Dans leur souvenir, quand ils en ont, ils s’y ennuyaient et n’y comprenaient pas grand-chose. Dans leur esprit, messe = obligation et non pas besoin. Les deux messes auxquelles ils participent avec l’ensemble des autres couples se préparant au mariage ne suffisent pas à leur donner cette envie. Il faudrait sans doute encore mieux leur expliquer la messe et pouvoir échanger avec eux dans la foulée sur ce qu’elle leur a apporté. Trop de fiancés « subissent » ces deux messes. Cela ne leur donne pas la réelle impression qu’ils appartiennent à la communauté paroissiale. Et puis le mariage passé, ils se laissent très vite reprendre par leur quotidien dont la communauté paroissiale ne fait pas partie. Pratiquement tous se déclarent ravis de leur préparation, mais pour eux, c’était plutôt une histoire à quatre, eux et nous. Nous avons quand-même l’impression d’apporter quelque chose à ces couples. Un minimum de connaissance que la foi et surtout l’opportunité de réfléchir à leur couple. Mais quoi qu’il en soit, à nous ils apportent beaucoup.

Myriam, Montfermeil

Une messe pour les jeunes couples
L'initiative est née d'un constat avec le père Laurent. Nous avions pu remarquer la présence de jeunes familles de temps à autre à la messe mais de manière "éparse", c'est-à-dire pas de manière hebdomadaire et jamais aux mêmes messes ensemble. Cela donnait donc une jeune famille présente par messe. L'idée était donc de les réunir tous ensemble à une même messe et bien sûr de les "fidéliser".
Cela est venu par notre réseau "petite enfance" (mes enfants sont en maternels et crèche), nous avons pu rencontrer, puis connaître ces jeunes familles et nous lier d'amitié. Nous leur avons proposé une rencontre mensuelle qui se devait d'être avant tout conviviale, goûter ou apéro, avec la participation à la célébration de la messe de Jésus-Adolescent les samedi soir à 18h30. Cette rencontre devait se dérouler tous les mois. La première a eu lieu en septembre 2012.

L'éveil à la foi des enfants a réconcilié tout le monde
Durant ces messes - où les jeunes familles y sont intégrées, nous avons mis en place de l'éveil à la foi : deux personnes sont chargées de prendre les enfants entre 3 et 7 ans entre la lecture de la Parole et l'offertoire afin de leur enseigner l'Evangile du jour de manière plus adapté à leur âge. Les couples ont entre 30 et 40 ans avec des enfants entre 10 mois et 8 ans. L'éveil à la foi a permis à certains de ne pas se décourager à assister à la messe en famille : les enfants sont souvent bruyants et non pas notre capacité d'écoute et d'attention. L'éveil à la foi a pu finalement réconcilier tout le monde : les enfants (car ils sont actifs durant cette messe) et les parents (qui peuvent davantage prier et méditer la Parole).

De la messe "apéro" au "goûter" messe
Les familles restent fidèles à cette initiative : pour les beaux jours, nous avons remplacé notre rencontre "messe apéro" par "goûter messe": les enfants sont ravis et s'amusent ensemble sur le grand terrain de gazon de Franceville avant la messe. C'est un bon moment que nous passons tous ensemble en famille. Cela a attiré d'autres familles, moins croyantes et moins pratiquantes qui sont peut-être moins régulières mais qui sont tirés à chaque fois par leurs enfants, pour assister à la messe après le goûter ! Nous pensons que cela réjouit en même temps la communauté qui voit de nouveaux frères et sœurs chrétiens plus jeunes pour renouveler et continuer à faire vivre cette chapelle. Nous avons l'espoir que ces jeunes familles soient la relève des personnes plus âgées… Par exemple, nous proposons à Alain, Ludovic et Guy de participer au CPAE (Conseil paroissial pour les affaires économiques) de Jésus-Adolescent. Les papas de ces jeunes familles ont accepté de faire quelques travaux dans la salle paroissiale. Audrey, une maman, va nous refaire les rideaux. Clémence a pris la responsabilité de l'éveil à la foi, qui se déroule maintenant de manière hebdomadaire…

Le couple face à l’épreuve

Xuan et Jacques, Drancy

Xuan et Jacques se sont mariés en 1990. Ils ont un fils de 20 ans. Ils ont souhaité témoigner devant une quinzaine de couples qui se préparent au mariage.

Quand nous nous sommes mariés, il y a presque 23 ans, nous n'imaginons pas et n'avons aucune vue sur cet avenir douloureux… Nous étions heureux, amoureux, fusionnels. Notre foyer était rempli de bonheur, de paix et de joie. Et puis tout d'un coup, notre vie a basculé quand on a découvert la maladie de Jacques, malheureusement déjà à un stade très avancé.

La présence et l'amour de Dieu nous permet de tenir le coup
Il y a environ 2 ans, nous étions confrontés à des récidives répétitives. La maladie fait maintenant partie de notre quotidien. En tant qu'épouse de Jacques, je l’assiste avec impuissance. Il se bat courageusement contre la maladie, sans jamais se plaindre, je ne peux que lui offrir tout mon amour, ma présence, et à deux, tenir le coup en nous appuyant sur notre foi en Dieu. Quand vint le moment le plus grave de la maladie : métastase cérébrale provoquant l'AVC et l'hémiplégie droite… cela quatre fois de suite. Nous nous accrochons encore plus à notre foi pour nous relever et le fait de ressentir la présence et l'amour de Dieu m'a vraiment permis de tenir le coup jusqu'à ce jour. Notre chemin de croix continue. Mais dans notre vie de tous les jours, il y a une joie intérieure bien intense de chaque seconde où nous sommes encore ensemble. Notre amour grandit encore plus et nous avons goûté à une vie qui a un sens très profond, une vie que sans cette maladie nous ne pourrons jamais découvrir. C'est ainsi que nous parvenons à porter notre croix avec force et confiance. Nous continuons à affronter l'épreuve mais à deux, et portés par l'amour, la foi. A vous qui préparez le sacrement du mariage, nous vous souhaitons tout le bonheur du monde. Un bonheur solide, celui qui est fondé sur une valeur éternelle qui vous permet un jour gravir les montagnes d'épreuve de la vie.

L’épreuve de la séparation conjugale

Valérie, responsable du groupe « Divorcés en Eglise 93 »

En 2000, à la suite du synode des évêques, Mgr Olivier de Berranger a désiré créer des groupes sur le diocèse pour les chrétiens dans le premier temps de leur divorce. Mgr Pascal Delannoy a souhaité que ces groupes se poursuivent « car les questions lourdes génèrent une souffrance et mettent à l’écart de la vie des autres et de l’Eglise », désirant qu’ils deviennent « des chemins vers d’autres lieux d’Eglise, qu’ils restent ouverts, des passerelles, des chemins » pour avancer.

Assis sur le bord du chemin de sa vie
Ces groupes, rattachés à la pastorale familiale aujourd’hui sous le nom de « Divorcés en Eglise 93 » se réunissent sur 3 sites : Bobigny, Montreuil-sous-Bois, Saint-Denis pour des journées ou des soirées. Ces différents temps de rencontre sont proposés à toute personne en situation de séparation qu’elle soit séparée, divorcée, divorcée remariée ou bien conjoint de divorcé. Les participants viennent des quatre coins du diocèse. La personne qui est confrontée à l’épreuve d’une séparation conjugale, reste souvent assise sur le bord du chemin de sa vie, sidérée, rongée par l’incompréhension et le rejet d’une réalité qui lui paraît insurmontable.

« Je ne digère pas le divorce »
Ce moment où tout bascule est encore plus insupportable pour ceux et celles qui ont choisi de nouer leur alliance sous le regard de Dieu avec le sacrement de mariage investissant ainsi leur couple dans un désir d’éternité : « Je m’étais marié(e) pour la vie ! » et refusant cette dure réalité du couple qui se sépare. « Je ne digère pas le divorce… le pardon a été donné… mais, malgré le pardon, le temps écoulé, l’émotion est toujours vive : on est marié pour la vie ! », « Le Christ nous a donné un modèle d’amour, auquel j’ai adhéré et que je ne peux plus vivre (…dans le sacrement du mariage) » Ce qui semble banal et si fréquent à notre époque devient pour « lui » ou « elle » si singulier : il en va du sens même de sa vie… alors que tous ses repères s’effondrent. Qui va s’approcher de lui sans jugement ni condamnation ? Qui va l’écouter et l’accompagner ?

La famille proche peut tout aussi bien être soutien et réconfort pour la personne blessée mais elle peut aussi être destructrice : elle amène la "honte" dans la famille et l’échec fait peur ; alors la blessure se creuse un peu plus et amène la personne à s’isoler, à se renfermer sur elle même. Et les enfants dans ce chaos, comment vivent-ils cette épreuve ? Comment le parent peut-il arriver à rester neutre face à son enfant alors qu’il n’est que plaie vive ? Où peut-il trouver un espace où sa souffrance est écoutée puisqu’il ne peut la confier à son enfant ? Où peut-il trouver la force pour continuer à être parent ?

Un lieu d’écoute et de fraternité
« Divorcés en Eglise 93 » ne remplace pas la famille mais essaie de vivre à l’exemple des premières communautés chrétiennes, essaie de faire Eglise en proposant un lieu d’écoute et de fraternité où chacun peut dire sa souffrance, ce qu’il ressent sans avoir peur de scandaliser. C’est un lieu de partage où chacun se sent accueilli et en confiance. Là, il peut s’exprimer en vérité et en toute authenticité. Pouvoir se dire et être compris dans ce qu’on exprime est la toute première étape dans la reconstruction de soi. En effet, face à cette déroute, qu’entraîne la rupture de la vie conjugale, il s’ensuit pour les uns et les autres une traversée du désert sur le plan affectif mais souvent aussi sur le plan spirituel. Chaque année un nouveau thème est choisi : il permet à chacun d’échanger sous des angles différents mais aussi de se mettre sous le regard du Christ pour que sa vie puisse se reconstruire à Sa lumière. Chacun des thèmes comme « Choisir la vie », « Le pardon, chemin de vie » et celui de cette année « Paroles de solitude » apporte à chacun un nouvel éclairage et l’enrichit spirituellement : la parole de Dieu lue pendant les rencontres résonne différemment en chacun, elle devient partage et prière. Elle est chemin de vie.

Une sérénité intérieure
Chacun à son rythme, au cours des différents moments de partage et de convivialité proposés au cours de l’année, dépose peu à peu son fardeau, se pacifie et chemine doucement vers une sérénité intérieure nécessaire à toute reconstruction personnelle. « Dieu m’a rattrapée en m’invitant à venir dans les groupes », « Avec le temps, la blessure est toujours là… mais elle est transformée », « Dieu est dans ma vie, je me sens heureuse, il me donne du courage pour me battre, pour avancer dans la vie… Dieu est dans mon cri… Dieu est un océan sans limite ; ma foi a évoluée, j’ai pu prendre confiance mon cœur s’est trouvé éclairé, il est devenu neutre et les enfants aussi sont apaisés ». La souffrance de la séparation peut-être telle qu’elle peut porter la personne vers la désespérance d’autant plus en cas d’isolement. Un geste, un regard, une parole peuvent suffire à rompre cet isolement et encourager la personne à mettre des mots sur ce qui la détruit et démarrer sa reconstruction : l’écoute, l’accompagnement et le dialogue sont des petites étincelles de vie apportées sur le chemin de celui qui souffre. Il y puise les forces pour se relever et devenir témoin de sa vie renouvelée auprès des siens et du groupe.

La "transmission" au sein d’un Mouvement

Miranda, responsable de l’Action catholique des enfants 93 (ACE)

L’ACE permet le développement de l’enfant en commencement pas l’accueillir tel qu’il est ; la formation de petits clubs de 10 enfants maximum pour un ou deux animateurs permet une meilleure relation adulte / enfant. L’enfant avance à son rythme et l’adulte le suit dans son rythme et non l’inverse. Au fil des clubs et des années, une relation de confiance s’instaure et cela ne peut que favoriser son développement, sa confiance en l’adulte et au monde. Le club, le jeu, favorise le partage et le vivre ensemble. Le partage, la bonté, le bon sens n’est pas inné. Chaque moment en société, de convivialité, permet à l’enfant de tendre vers cet idéal. Le club permet aux enfants de « jouer, rêver et s’exprimer » (thème 2007-2009). Il permet de manière ludique le vivre ensemble autour du jeu et l’organisation du club par les enfants eux-mêmes.

Chacun prend une responsabilité
Délégué, trésorier, secrétaire, chacune de ces responsabilités auront un rôle éducatif : ils auront une première approche avec l’argent, l’économie, les dépenses.
Et puis il y a des élections avec le vote de représentants. Ils seront force de proposition avec l’aide de l’animateur pour monter des projets à leur mesure, interpeller leur paroisse, leur collectivité locale, leur parents, leur animateur sur des questions de foi, de société, de vie… Ils apprendront au fil du temps, à travers les recollections et les relectures, les bons moments passés ensemble et les projets aboutis, que leur action ou leurs questions ne sont pas vains.

Forger sa personnalité, oser des engagements de vie
De cette manière, ils subiront moins les événements de la vie, et se poseront plus de questions afin de mieux prendre position. Et cela peut s’appliquer pour des choses simples : orientation, études, métier, foi ou actualité (sujets que l’on aborde souvent en club). Sur le plan de la foi, nous voulons démontrer aux enfants qu’ils sont capables à leur mesure de mener des actions dans le sens des valeurs chrétiennes, qu’ils sont aimés de Dieu et que chaque chose qu’ils font, même insignifiantes à leur yeux, ont de l’importance aux yeux de Dieu. Le mouvement ACE accueille les enfants de toutes les confessions religieuses. Ils peuvent développer leur curiosité, favoriser les échanges et apprendre la tolérance.

« Autonomie » de l’enfant et « désir » des parents
Rappelons ce que veut dire « autonomie » : l’autonomie est la capacité d’une personne de réfléchir et prendre des décisions seules. On peut être complètement handicapé, paralysé mais totalement autonome. Il n’y a pas de marge entre l’autonomie et le respect. Je pense que cela est totalement complémentaire. Je pense que l’autonomie est propre à chaque enfant mais le respect propre aux parents. L’un s’arrête lorsque l’autre commence. Le respect est la base de toute relation, elle permet l’autonomie de l’enfant. Permettre l’autonomie de l’enfant, demander son avis, lui montrer que celui-ci est pris en compte, qu’il se sente écouté favorise le respect de celui-ci envers tout adulte. Mais l’enfant n’est pas roi ; les parents comme tout adulte se doivent de poser des limites selon leurs « critères respect » pour favoriser le vivre ensemble et la bienfaisance. C’est un devoir mais aussi un besoin pour tout enfant. N’oublions pas de toujours favoriser le dialogue et d’expliquer telle ou telle limite. Les critères de respect ne doivent jamais être modifiés même en période difficile : les deux ans de l’enfant est un moment difficile ; il fait des crises, se roule par terre, teste la moindre bêtise, pleure sans cesse, fait des caprices. La pré-adolescence et l’adolescence sont aussi des périodes difficiles. Il faut persister, tenir tête sans être trop rigide, et toujours favoriser le dialogue. Insistez pour favoriser le dialogue même si on ne se sent pas écouté ni respecté. Passez ces moments délicats avec succès, l’autonomie et le respect seront sans limites.

Les parents dans le cheminement de leur enfant
Les parents doivent s’impliquer dans le cheminement à tout âge de son parcours, mais pas de la même intensité : l’adolescence est un moment délicat et il est toujours en totale opposition avec l’adulte. Au début de sa vie, l’enfant est souvent très accompagné comme une paire de béquilles pour l’aider à marcher ; ses parents sont une référence du bien comme du mal, il copie tout. Les valeurs chrétiennes font parties aussi de l’éducation et sont copiées par l’enfant. Il va à la messe, connaît toutes les prières, est fière de faire sa première ou deuxième communion. A l’adolescence, il acquière plus d’autonomie : il est confronté à la science de l’école, l’échange avec les amis… son identité, sa personnalité est perturbée par toutes ces informations. Il ne faut pas forcer la main, mais en cas de doute exprimé et verbalisé, l’écoute sera pour lui une bénédiction. Je pense que ce n’est pas une question d’envie ; même si on pense le contraire, il veut toujours mieux qu’on l’accompagne à tout âge de sa vie, même quand celui-ci sera parent, il sera heureux de voir ses parents être à ses côtés. Il n’y a pas de limite dans l’accompagnement, c’est un besoin pour nous tous.

Une dynamique de vie centrée sur l’expérience
Cette dynamique est très présente en ACE. Chaque enfant est force de proposition et de dynamisme. Nous sommes parfois un peu derrière, d’où la nécessité de se former souvent. La difficulté majeure est de permettre aux enfants de faire le lien entre leur vie ou leur petite expérience, de savoir tout simplement leur ressenti, leur dire, la "retranscription" se perd : par exemple un club interpelle la mairie pour mieux connaître la ville. Un adjoint leur fait donc visiter la ville en minibus, les enfants posent des questions pertinentes… Mais qu’est ce qu’ils en disent concrètement ? Comment l’ont-ils vécu ? Comment voient-ils leur ville maintenant ? Quelles actions comptent-ils mettre en œuvre suite à cette visite ? Quel a été le cheminement, les questions posées avant cette interpellation de la mairie ? L’expérience est présente mais nous n’arrivons pas totalement à saisir tout le cheminement avant le projet et surtout après ainsi que les bénéfices que les enfants en ont tiré. Si le responsable de club ne fait pas l’effort et ne prend pas le temps d’analyser chaque action avec les enfants, il ne pourra récolter les fruits de ce qui se passe en club. D’autres clubs vivent l’expérience du vivre ensemble et de l’échange avec d’autres confessions religieuses, mais nous n’avons pas les fruits récoltés par ces belles expériences…

La clef de la transmission est la famille
L’éducation d’un enfant, d’un ado, a lieu dans tous les lieux de vie qu’il fréquente : la famille, l’école, le centre de loisir, le club, l’aumônerie, l’éveil à la foi… La transmission de la foi se fait en premier lieu en famille, cela la renforce d’ailleurs. Cette transmission se fait aussi essentiellement à l’Eglise. L’enfant, l’ado, fait des rencontres, échange avec d’autres et avec de la chance se fera de vrais amis, des compagnons de foi avec qui il pourra s’engager dans différentes responsabilités au sein de son église. La clé de cette transmission est la famille, mais aussi les amis, les compagnons de route qui nous permettent de garder un pied au sein de l’Eglise.
Les grands voyages, les rencontres avec d’autres attisent notre curiosité et notre envie de continuer. Lorsque qu’un enfant ou un jeune trouve sa place de foi mais aussi « social » au sein de l’église, il s’y sent accueilli et y reste. L’accompagnement est une aide nous permettant de lier nos expériences à cette foi qui nous anime.

Un groupe de l’Action catholique ouvrière 93 (ACO)

En ACO, nous nous retrouvons en équipe de révision de vie pour relire notre vie avec nos proches à la lumière de la parole de Dieu et nous aider à agir pour que nos vies et celles des personnes avec lesquelles nous sommes en lien s'améliorent. Au cours de ces temps de partage, des thèmes concernant la famille l'éducation et la parentalité ont été abordés.

Ecouter, réfléchir… puis agir
Dans une équipe a été abordée la question des familles recomposées. Une copine de l'équipe a parlé de deux de ses enfants qui vivent cette expérience. Même si elle a du mal à accepter, quelles sont les richesses et les difficultés rencontrées ? Comment les enfants s'y retrouvent ? Comment les aider à accueillir ces demi-frères et demi-sœurs ? Pour les enfants qui sont en alternance chez les deux parents, comment permettre la communication entre les deux lieux de vie ? Comment permettre à l'enfant de supporter le manque de l'un ou l'autre parent ? Est évoquée la place des grands-parents qui gardent les petits enfants occasionnellement ou quand il n'y a pas de place à la crèche. Certaines copines sont mamies de substitution pour des enfants du quartier qui ne voient pas leurs grands parents qui sont à l'étranger. Les grands parents conseillent, soutiennent, consolent… Parfois, ils prennent trop de place et empêche les parents de prendre la leur. Engagement aux parents d'élèves. Richesse du partage. Difficultés à mettre d'autres parents dans le coup. Importance d'être acteurs dans l'éducation de nos enfants.

Accueillir comme la brebis perdue
Des copains sont engagés dans des associations qui font du soutien scolaire ou de l'alphabétisation. Partage autour de l'accueil d'enfants qui ont quitté la maison et sont obligés de revenir à cause du chômage ou après une fugue, parfois avec leurs enfants. Comment gérer les conflits ? Vie bousculée mais les accueillir comme la brebis perdue. Dans nos équipes, beaucoup de femmes seules avec les enfants à charge, est abordée la question de l'autorité. Comment concilier le travail et l'éducation des enfants qui sont souvent seuls ? Comment tenir le coup quand les enfants vont mal : dépression, tentative de suicide, délinquance… ? Soutien d'une copine dont les enfants risquent d'être placés. Aide pour les démarches. Souffrance des enfants qui voient leur mère se battre seule pour les éduquer. Comment les aider quand le père est absent ?

A l'écoute des souffrances
Action : prendre contact avec un groupe de parole, une assistante sociale…
En se battant contre le travail le dimanche, contre la flexibilité ou les délocalisations, on préserve aussi l'équilibre des familles. En ACO, on veut une Eglise qui ne condamne pas les divorcés, ceux qui avortent… mais qui est à l'écoute de leur souffrance. Le divorce, l'IVG, sont des actes qui font souffrir, qu'on ne fait pas par plaisir… Condamner, c'est vraiment aller contre l'Evangile.

Denis, coresponsable de l’Action catholique des milieux indépendants 93 (ACI)

L’ACI est un mouvement qui contribue à la mission de l’Eglise par la conversion de chacun, à la lumière des Ecritures. Construire une société plus fraternelle par la transformation collective des mentalités des membres de la communauté où chacun vit. Deux exemples où ce thème de la transmission a été abordé dans nos équipes : autour de réflexion annuelle : « Passeurs de vie », sur un sujet de société lié à la famille et la parentalité lors de l’ouverture du mariage aux personnes de même sexe.

Passeurs de vie
Dans nos différents milieux de vie : transmettre quoi ? Pourquoi ? Comment ? Et nous, qu’avons-nous reçu ?
Quelques éléments de réponses issus de nos échanges. La transmission est souvent échange, réciprocité, aller et retour entre les personnes, les générations : « Quand je parle avec mon fils, j’ai l’impression qu’il me transmet une part de sa vie, et après il m’est plus facile de dialoguer avec les jeunes avec qui je travaille ». Nous devons être attentifs à l’attente, la recherche de l’autre. Nous sommes parfois passeurs de vie à notre insu : nous transmettons simplement ce que nous vivons.
Que voulons-nous transmettre ? D’abord, des valeurs simplement humaines : respect de soi et des autres, solidarité, honnêteté, tolérance, … ; et pour beaucoup d’entre nous, aussi, la foi… mais « la foi ne se transmet pas, juste l’envie de croire ».
Des enseignants rappellent que la base de leur métier, c’est de « transmettre le savoir » mais ils savent qu’ils transmettent bien plus ! Dans l’entreprise, on transmet un savoir-faire, des méthodes : « le temps passé avec un stagiaire traduit la volonté de transmettre ma passion professionnelle ».
En résumé, nous sommes tous concernés, et partout : chacun de nous, là où il vit, donne, reçoit, est en relation ; en entreprise, en famille, en milieu scolaire, dans nos communautés de croyants, dans nos engagements associatifs, syndicaux ou politiques.

Le mariage entre personnes de même sexe
Un sujet de société lié à la famille et la parentalité. L’ACI propose des éléments de réflexions : un dossier « L’homosexualité, si on en parlait ? », et les références des nombreux textes (notamment ceux publiés par les responsables des principales religions).
L’ACI donne aussi des pistes pour une discussion, pour partager nos positionnements, au-delà des slogans, au-delà du pour et du contre, et propose une démarche en trois étapes :
• un temps d’accueil de ce que chacun exprime : chacun à son tour explique ce qui, pour lui, est acceptable et ce qui ne l’est pas, les éléments du projet de loi qui sont déterminants, et pourquoi. Chacun dit « je », sans faire de théorie, et argumente avec des mots simples, sans utiliser de phrases « toutes faites » : il ne s’agit pas de convaincre,
• un temps de réflexion et de recul, c’est le temps du discernement : ai-je bien entendu ce que chacun me dit ? Quelles sont mes motivations profondes ? Qu’est-ce qui, dans mon histoire (mon éducation, ma famille, mes rencontres, mes lectures, mes engagements, ma foi), est à la source de ce que j’exprime aujourd’hui ? Avec qui j’en parle? Comment ai-je évolué ?,
• un temps de transformation : comment j’accepte de me laisser transformer et comment je contribue à la transformation de chacun ?
Notre équipe devient lieu d’expression des raisons de nos choix. Nous sommes écoutés, sans jugement mais sans complaisance ; nous sommes questionnés, interpellés, mais loin du débat-combat ; nous sommes « accompagnés » dans notre réflexion, et nous nous accompagnons mutuellement.

Les positions de l’ACI
L’objectif du mouvement est l’évangélisation des milieux sociaux indépendants, en permettant, comme d’autres mouvements d’action catholique, à chaque chrétien de vivre sa mission là où il vit, dans la diversité des situations (professionnelle, familiale, …). C’est l’apostolat des laïcs, dont l’importance a été mise en avant par le Concile Vatican II. Ses membres, bien qu’ayant des affinités sociales qui les rapprochent, ont des points de vue très divers sur de nombreux sujets de sociétés : l’ACI n’a donc pas de « position » : c’est un mouvement et pas un parti, qui diffuserait des consignes de vote ou des appels à manifester.

La communication au sein de l’Eglise
Si l’ACI ne peut pas communiquer sur des positions, elle peut apporter son expérience, et contribuer à la réflexion des croyants en Eglise. Elle doit faire entendre dans l’Eglise la voix de ses membres, leur témoignage, leurs actions, et proposer des lieux de partage et de réflexion. L’ACI communique dans les médias du diocèse (site Internet, Quatre pages) pour annoncer les rencontres entre équipes, pour parler de ce que nous y vivons. L’ACI témoigne aussi de ce que nous vivons dans nos équipes en participant aux actions du diocèse (rassemblement Pentecôte 2012 à l’Ile Saint Denis, Diaconia 2013 à Lourdes). Notre aumônier diocésain réunit régulièrement les accompagnateurs des équipes, prêtres et laïcs, et partage cette vie du mouvement avec les responsables du diocèse.

Le devoir d’aller au devant des autres
Mais, comme nous l’a rappelé notre évêque lors de notre réunion d’octobre 2012, si nous voulons vraiment avoir une dimension apostolique, nous avons « le devoir d’aller au devant des autres, de les aider à entrer dans une véritable réflexion, au-delà des impressions ou des sentiments ». Au-delà de « communiquer », l’ACI doit donc « accompagner la réflexion » et aider chacun à trouver les clés pour comprendre et être acteur de transformation du monde là où il vit. Elle le fait déjà, par exemple, à travers l’animation des réunions régulières du relais des élus du département, ou des réunions ponctuelles par profession (enseignants, personnels de santé). Elle doit en faire plus : ses membres sont souvent très actifs individuellement en paroisse, l’ACI doit y intervenir plus souvent en tant que Mouvement, par exemple, en prenant en charge l’animation de célébrations, ou en organisant des rencontres sur des thèmes liés à la vie de notre société, dans notre diocèse. Elle n’est sans doute pas assez visible. Pourquoi ? Sans doute parce que l’ACI invite d’abord chacun à prendre du recul sur sa vie puis à se mettre en marche, à être « disciple » de Jésus, à travailler à la construction du Royaume, ici et maintenant : il faut du temps et des efforts, et les résultats ne sont pas visibles immédiatement.

La communication dans les médias
La communication dans la plupart des médias pose un problème de nature différente : il faut un message simple, bref, si possible chargé d’émotion. Il est difficile, dans le monde qui est le notre aujourd’hui, de communiquer autrement que par des slogans, des arguments pour convaincre dans un « débat » qui devient vite un « combat ». On pourrait dire, en paraphrasant le propos du cardinal Marty(*), que l’on fait plus attention au bruit du mur qui s’écroule qu’au silence qui accompagne la graine qui germe ! Or la démarche de l’ACI s’appuie sur un effort de réflexion dans un monde complexe, sur l’écoute de l’autre, et sur des échanges qui demandent du temps; elle tente de faire appel à la raison, ou au moins d’identifier la part de l’émotion dans nos jugements, nos actions, ce que nous appelons le discernement, avant d’agir, là où nous vivons, pour annoncer le message du Christ.
Le mouvement propose des outils (une revue, des dossiers, un site Internet) qui rendent compte de la réflexion de ses membres. Leurs contenus pourraient être plus largement diffusés dans des supports publics adaptés, la presse périodique notamment : nous devons identifier les médias qui permettent de faire passer une information plus complète, qui acceptent de prendre du recul par rapport à l’événement et donnent des clés pour comprendre. Ils existent, dans la presse, à la radio et à la télévision, même si leur audience est plus faible que le JT de 20h !

(*) « Faites plus attention au bruit de l’herbe qui pousse qu’au fracas des pans de murs qui s’écroulent ! » conseillait le cardinal Marty une certaine nuit de Mai 68, alors que les barricades faisaient leur apparition dans les rues dépavées du Quartier latin.

L’insertion sociale des jeunes

Bernard, directeur de l’association « Les Gavroches », Neuilly-sur-Marne

J’ai créé « les Gavroches » en septembre 1982 à Neuilly-sur-Marne avec l’aide de plusieurs copains dont beaucoup avait fait du scoutisme avec moi. Nous avons créé une association « Devenir » qui a pour but de « d’aider des jeunes, garçons et filles de 10 à 21 ans, rencontrant des difficultés familiales et une insertion sociale difficile. Elle leur propose un lieu d’écoute, d’éducation et d’insertion. »

D’abord créer un lieu de vie
J’ai commencé par accueillir sept garçons de la Seine-Saint-Denis âgés à l’époque de 12 à 17 ans dans un grand pavillon à Neuilly-sur-Marne. J’ai créé ce lieu de vie, car à l’époque, je travaillais au service de l’Aide sociale à l’enfance du département et celui-ci manquait (et manque encore !) de structures d’hébergement pour les jeunes en difficultés ou en danger dans leur famille. De plus, je trouvais que les grands foyers manquaient un peu d’humanité et devenaient peu adaptés à la problématique des jeunes. Au fur et à mesure des besoins des jeunes et du département, j’ai diversifié les prises en charges. Les jeunes grandissant, j’ai ouvert un service de suite pour que les jeunes puissent devenir autonomes. Les besoins grandissants eux aussi, j’ai ouvert un deuxième foyer, puis un service d’accueil d’urgence et d’orientation.
J’assume la direction générale de l’association.
Aujourd’hui les structures se répartissent comme suit :
• les Gavroches qui accueillent 18 jeunes de 12 à 18 ans dans 3 pavillons et un appartement,
• les Marmousets qui accueillent 13 jeunes de 10 à 18 ans dans un grand pavillon,
• le service de suite (appartements partagés et studios), qui accueille 37 jeunes de 16 ½ ans à 21 ans,
• le service d’accueil d’urgence qui accueille 12 jeunes de 10 à 18 ans et 2 jeunes de 6 et 12 ans en très grande difficulté en familles d’accueil spécialisées.
Soit 82 jeunes… et parfois plus ! 72 adultes avec des métiers divers sont au service de ces jeunes : éducateurs, bien sûr, mais aussi personnel administratif, de cuisine, d’entretien des locaux, en passant par les lingères et les maîtresses de maison. Un conseil d’administration composé d’amis, de voisins d’anciens personnels et aussi d’un ancien jeune m’entoure et me conseille.

Le foyer est entièrement financé par le Conseil général de Seine-Saint-Denis. Les jeunes nous sont confiés par le service de l’Aide sociale à l’enfance de ce département. Les jeunes que nous accueillons viennent tous du département 93, à l’exception des jeunes qui viennent de pays étrangers, à cause des guerres et/ou de la misère. Ces jeunes sont appelés Mineurs isolés étrangers (MIE).

Du monde ouvrier ou du quart-monde
Les situations qui amènent les jeunes du 93 à être accueillis au foyer sont très diverses : pour certains, décès ou abandon des parents, situations familiales difficiles : alcoolisme, maladies mentales, séparation ou disparition des parents, mésentente entre le beau-parent et le jeune, et de plus en plus, violences intrafamiliales, violences psychiques, physiques et/ou sexuelles. Un certain nombre des nos jeunes à la suite de ces violences sont devenus auteurs, même très jeunes, de ces mêmes violences y compris sexuelles. La plupart de ces familles sont du monde ouvrier ou du quart-monde. Le chômage, les conditions de logement, l’absence de logement, bref, toutes les formes de précarité peuvent conduire à l’éclatement de la cellule familiale et au placement du jeune, soit à la demande des parents, soit dans le cadre d’un jugement en protection de l’enfance en danger. Ce placement est effectué quand toutes les mesures d’accompagnement et d’aide à la famille ont échoués. Le temps n’est plus où les enfants étaient placés pour n’importe quel motif et sans discernement à la « DDASS » ou à « l’Assistance publique » (qui n’existent plus depuis longtemps en ce qui concerne les enfants !)

Les mêmes préoccupations que les autres ados
Nous accueillons aussi des Mineurs isolés étrangers (MIE). Ces jeunes fuient la guerre, la misère de leurs pays. Ils sont nombreux à arriver en Seine-Saint-Denis, soit par voie terrestre, soit par l’aéroport de Roissy. La plupart ont été la proie de passeurs. Ils ont vécu souvent des épreuves très pénibles, dans leur pays, puis dans leurs pérégrinations pour arriver en France qui leur parait comme un Eldorado. Ils viennent de tous les continents, Pays de l’Est de l’Europe, Maghreb, Afrique, Moyen-Orient, Chine, Inde… Certains ont été des enfants-soldats. Je voyage ainsi beaucoup sans me déplacer et apprends à connaître beaucoup de cultures. Ils sont tous très volontaires pour s’intégrer en France et acceptent des apprentissages dans des métiers difficiles que nos jeunes « gaulois » dédaignent. Pour nous, ces MIE sont avant tout des jeunes comme les autres, avec les mêmes joies les mêmes difficultés et les mêmes préoccupations que les autres ados que nous accueillons.

Privilégier l’accueil des fratries
Nous essayons, dans la mesure du possible, d’associer les familles à l’accueil du jeune dans le foyer. Quoi qu’ils aient fait, ils restent leur père ou leur mère et le plus souvent ont conservé l’autorité parentale. Nous les invitons à venir lors de la visite d’admission et à accompagner le jeune quand il arrive au foyer. Nous essayons de privilégier l’accueil des fratries pour que les enfants ne soient pas séparés. Ils reçoivent un livret d’accueil leur indiquant le mode de vie au foyer, leurs droits et leurs devoirs, ainsi que la liste des personnes responsables du foyer. Une sorte de contrat de séjour est signé avec la famille et le jeune où on fixe les objectifs du séjour et où sont précisés les droits de visite ou d’hébergement de la famille. Bientôt, tout cela sera formalisé dans un « Projet pour l’Enfant ». Nous essayons de donner un cadre chaleureux pour ces jeunes, qui les rassurent et leur permettent de faire se développer leurs potentialités. Ce n’est pas évident pour eux de quitter leur famille, et parfois leur pays, même si ils y ont vécus des violences et des traumatismes graves.

Des hommes et des femmes libres et responsables
Nous faisons le maximum pour qu’ils deviennent des hommes et des femmes libres et responsables. Nous essayons de ne pas les juger, quel que soient les actes commis et leurs difficultés. Nous souhaitons mettre en œuvre leurs capacités, leurs potentialités pour qu’ils puissent dépasser leurs difficultés, et grandir pour pouvoir s’insérer du mieux possible dans notre société. Nous essayons, quand c’est possible, de rétablir les liens avec leur famille s’ils ont été rompus. Pour cela, nous les accompagnons dans leur vie quotidienne tout en essayant qu’ils deviennent responsables d’eux-mêmes : lien avec leur famille, scolarité, apprentissage, loisirs, santé, soins psychologiques quand c’est nécessaire. Ils élisent des délégués à un conseil de la vie sociale, participent à l’élaboration des menus, proposent des activités. Cela étant posé, leur vie au foyer n’est pas toujours un long fleuve tranquille, et il y a parfois des moments assez agités ! Dès qu’ils en sont capables, nous leur proposons, parfois des 16 ½ ans de vivre en appartement partagé au service de suite où la présence éducative est plus réduite (un éducateur passe une à deux fois par semaine les rencontrer). Ils iront ensuite en studio individuel et nous travaillerons alors sur l’insertion par le logement. Au plus tard, ils nous quitteront à leurs 21 ans. Le but, c’est qu’ils nous quittent avec une insertion professionnelle, ou une poursuite d’étude, et avec un logement. C’est un vrai challenge à une époque où les jeunes quittent le domicile familial de plus en plus tard. Ils n’ont ni le temps, ni les moyens d’être des « adulescents » !

Une forte mobilisation
Tout ceci nécessite évidemment un grand travail en réseau et une mobilisation de nombreux partenaires : écoles, Centres de Formation des Apprentis, mission locale, Aide Sociale à l’Enfance, juges pour enfants, travail avec la pédopsychiatrie et la psychiatrie adulte, avec les autres foyers, avec des bailleurs… Je participe par exemple à trois types de réseaux : le Gresa qui regroupe l’ensemble des directeurs de structures sur le 93, Idee 93 qui fédère les associations concourants à la protection de l’enfance sur le département, Interlogement 93 qui regroupe les associations s’occupant du relogement de personnes en difficultés et qui gère notamment le 115 et le Siao (Service intégré d’accueil et d’orientation). Nous avons créé avec trois autres associations un groupement de coopération pour prendre en charge les jeunes qui sont en situation de très grandes difficultés et qu’on ne peut accueillir dans un lieu collectif.

Déclin de civilisation ?
Aujourd’hui, je m’inquiète de l’évolution de plusieurs facteurs. Tout d’abord de ce qu’on appelle la crise et de ses conséquences sur le plan social. Peut-on parler de crise alors que celle-ci dure depuis au moins 30 ans. Certains sociologues parlent plutôt de déclin de civilisation, car une crise qui dure plus de 30 ans, ce n’est plus une crise, mais ce devient un état. N’est-ce pas ce que l’on constate : individualisme forcené, course à l’argent et au bien-être à tout prix, délitement des valeurs morales, de la famille, impuissance des politiques… Nous voyons de plus en plus de familles en grandes précarités tant financières que psychiques, avec des jeunes de plus en plus en grandes difficultés sur le plan relationnel, scolaire, psychique… Des familles de plus en plus décomposées puis plus ou moins bien recomposées, avec des jeunes qui du coup, ont du mal à se situer dans ces cadres familiaux qui changent parfois souvent. Il nous arrive de devoir faire une sorte d’arbre généalogique pour reconnaître, dans ce que j’ai du mal à appeler « famille », la place de chacun ! Les difficultés de logement, le nombre important de familles et donc de jeunes en errance dans la rue ou dans les hôtels, nous inquiètent également sur le moyen et le long terme : ces jeunes n’ont plus les liens sociaux qui se tissaient à l’école ou dans les quartiers. Pour les plus petits, on parle « enfants-poussettes » ou « d’enfants- landaux » car ils ne quittent pratiquement jamais leur poussette et certains ont de gros retards sur la marche et dans leur évolution psychomotrice. Quels ados et quels adultes seront-ils demain ?

L’amour est indispensable à tout accompagnement éducatif
Cette « crise » touche également les institutions, à la fois sur le plan financier : diminution des budgets sociaux, contraintes administratives et législatives de plus en plus fortes, mais aussi sur le plan même de ce qui leur est demandé : obligations de moyens (mais sans leur financement), judiciarisation des conflits, obsession du risque zéro, … Avec d’autres collègues, nous avons remarqué que certains jeunes éducateurs avaient peur de s’investir auprès des jeunes, car à l’école, on leur a appris à prendre de la distance (parfois nécessaire) par rapport aux jeunes : peur d’être accusés d’actes pédophiles, peur de donner un peu de soi, de se risquer à l’autre…) Mais prise de distance par rapport aux situations ne veut pas dire indifférence à l’autre ! Et il y a une chose qu’on ne peut apprendre à l’école, c’est l’amour qu’il faut leur porter, à ces jeunes qui en ont tant manqué. Certes, l’amour seul ne suffit pas, mais il reste à mon sens indispensable à tout accompagnement éducatif. Nous avons à accueillir ces jeunes dont je parle plus haut, qu’on appelle officiellement jeunes en situations de grande difficulté pour parler « politiquement correct », mais qu’on surnomme parfois avec cynisme « patates chaudes » ! Certes j’en ai toujours connu dans ma déjà longue carrière, mais ce qui change, c’est leur nombre croissant, et surtout leur rajeunissement. Nous ne pouvons mettre en accueil collectif des jeunes de 10, voir 6 ans, tellement ils peuvent se montrer violents envers les autres jeunes et même envers les adultes.

Des signes d’espérances
Mais heureusement, il y a aussi des signes d’espérances. D’abord, cette capacité qu’on les jeunes eux-mêmes à surmonter leurs difficultés si on les aide et on les accompagne. Cela s’appelle la résilience. Ensuite, la plus grande considération que les travailleurs sociaux commencent à avoir pour les familles et les enfants en difficultés. En ce qui concerne la protection de l’enfance, leurs droits ont été inscrits dans les lois de 2002 et 2007. Le soutien à la parentalité commence à se développer. Enfin, au moins sur notre département, le développement des réseaux et la volonté des associations de protection de l’enfance, mais aussi des associations concernées par le logement des personnes en difficultés de travailler ensemble, à la fois sur le plan technique, mais aussi sur le plan politique pour défendre les droits de ces populations en difficultés. Là aussi, la « charité », l’accompagnement des personnes ne peut se faire sans une lutte pour la justice sociale !

Les jeunes m’ont évangélisé !
Etant moi-même du monde ouvrier, j’ai choisi ce métier d’éducateur par solidarité avec ces jeunes. J’essaie de les considérer comme des petits frères en Jésus-Christ : pour moi, leurs souffrances, c’est le Christ qui souffre. Quand ils grandissent, se libèrent de leurs difficultés, je pense au Christ ressuscité. Je n’ai jamais caché ma foi chrétienne et mon diaconat, tant auprès des jeunes que des adultes, ni à mes collègues d’autres associations et aux personnes du Conseil général avec qui je travaille. Les jeunes et beaucoup de mes collègues étaient présents à mon ordination. J’ai veillé à respecter les différentes fois ou l’athéisme des uns et des autres. Beaucoup des jeunes et des adultes ont une foi différente de la mienne ; ils sont musulmans ou sikhs ou athées. Peu ont une même une vague culture chrétienne et très peu ont une pratique chrétienne. A travers tout cela, j’ai essayé de témoigner de ma foi en Jésus Christ par des paroles, des actes, des attitudes, un choix de vie. Est-ce que j’ai évangélisé beaucoup ? Je ne sais pas, même si j’ai eu la joie de baptiser deux ou trois jeunes. Le bilan comptable n’est pas terrible !
Par contre, je suis sûr d’une chose, c’est que les jeunes, eux, m’ont évangélisé ! Mais peut être qu’évangéliser, c’est d’abord commencer par essayer de faire du bien à l’autre, de l’aimer pour ce qu’il est, et comme le dit Henri-Jérôme Gagey, d’essayer « de poser des signes efficaces du Royaume qui vient », en toute gratuité et désintéressement.

Du côté des cités

Jacques, délégué diocésain à la pastorale des cités, prêtre à Stains

Dans cet environnement de vie, du point de vue social et culturel, on parle bien sûr d'interculturel et donc plusieurs modèles de familles qui ne se ressemblent pas forcément, allant de nombreuses familles monoparentales, le plus souvent la femme seule avec ses enfants qui doit lutter pour s'en sortir, mais aussi de grandes familles avec beaucoup d'enfants de cultures diverses : africaines, haïtiennes et autres. On parle de violence conjugale, de conflits inter-générations (entre la culture des parents et celle de la rue), d'un seul salaire pour nourrir toute la famille, ou des petits boulots et système D pour s'en sortir. On parle des enfants qui restent dehors tard le soir ou au contraire dont les parents ne veulent pas qu'ils aillent dehors et fréquentent les autres jeunes qui trainent…

La 1ère règle est celle du silence
Ne rien voir, ne rien dire même si évidemment tout se sait. C'est la loi de la rue qui domine qui est celle des jeunes qui l'occupent. Règle : ne jamais contacter la police. C'est la violence qui domine, la loi du plus fort. C'est aussi la règle de la débrouille, du système D, du business… Ensuite, c'est la règle de vie de l'islam qui est majoritaire qui se fait d'autant plus ressentir en période de Ramadan. Après cela, dépend des cultures majoritaires dans la cité mais il y a aussi beaucoup de solidarités, des petits services qui sont rendus car tout le monde se connaît.

Restaurer l'autorité parentale
Le besoin numéro un est de restaurer l'autorité parentale, le rôle des adultes, des pères de familles. D'avoir des personnes qui puissent servir d'exemples pour les jeunes. De leur donner une éducation qui leur permet de faire face à la violence. Il manque des valeurs à transmettre, permettre aux jeunes de "sortir" un peu de leur cité et de connaitre autre chose que la loi de la violence, de l'argent et trafic, de savoir s'exprimer en Français correcte, de les aider à croire en leur avenir, de pouvoir être fier d'être chrétien.

Ecoute, transmission, ressourcement, partage
L'Eglise est souvent trop discrète mais elle agit à travers les liens qu'elle tisse entre les gens, l'écoute qu'elle apporte (lieux d'accueil, visite des personnes malades ou seules, rencontre des familles), la possibilité qu'elle offre aux gens de s'exprimer (révision de vie ou diverses prises de paroles, pause café…), de se rencontrer entre générations et cultures avec les célébrations, les fêtes (kermesses…), sorties paroissiales ou pèlerinages, la solidarité qu'elle développe (Secours catholique, conférence Saint-Vincent de Paul, accueil Sdf, panier solidarité…), la transmission des valeurs évangéliques (catéchisme, aumôneries…), des lieux de ressourcement pour souffler : oratoires, veillée de prières, donner des responsabilités aux gens (devenir catéchiste, être responsable du ménage, etc.) Il y a également la mission ouvrière avec l'ACE, et la JOC particulièrement. Mais aussi les groupes de partages avec adultes comme l'ACO, les groupes de partage autour de l'Evangile. Et puis, les temps de prières qui permettent de se ressourcer, veillée, célébrations, accueil… sans oublier la présence du Rocher à Bondy.
On peut toujours faire plus mais le milieu est difficile, les gens n'aiment pas se faire "afficher" car la réputation est très importante, être trop agissant peut être perçu comme une menace pour d'autres (Islam, trafiquants…).

Une pastorale adaptée à la vie en cité
Le Service diocésain pour la pastorale des cités a pour mission d'encourager, de soutenir, de développer la pastorale des cités. Pour cela, mettre en place une équipe connaissant le monde des cités (il y a actuellement cinq membres issus de la forme "filière cités") ; réaliser une "banque de données" essentiellement sous forme de vidéos courtes afin de s'initier à la réalité du terrain (les différentes cultures, l'islam, témoignages, enquêtes…) pour être à la disposition de ceux qui le souhaitent ; visiter les cités sur le terrain en prenant contact avec les responsables catholiques pour échanger avec eux dans le but de mieux se comprendre et d'établir une photographie détaillée de la présence chrétienne en cité avec les particularités géographiques ; mettre en place des formations et outils de soutien pour les chrétiens engagés dans les cités afin de faciliter leur rassemblements et témoignages. A plus long terme, nous voudrions aussi organiser des rassemblements, créer des réseaux avec les autres diocèses pour s'encourager mutuellement et partager nos forces et atouts.

Projet éducatif du Secours catholique

À la frontière du privé et du public, les familles, même si elles ont évolué dans la forme et les réalités, restent le socle où chacun trouve racines et identité, et sont le lieu de la transmission première. Elles sont aussi la cellule de base de la société.
Lire le projet

Repères

Pastorale familiale en Seine-Saint-Denis
• Délégué diocésain : P. Frédéric Benoist
Email
6 avenue Pasteur BP94 93141 Bondy Cedex
Pour toute question sur la famille et une information sur les mouvements et groupes qui accompagnent les situations familiales.
 

A lire…
« Poursuivons le dialogue ! » (Conseil famille et société, mai 2013)
Perspectives après le vote de la loi ouvrant le mariage aux personnes de même sexe.
Familiaris consortio, de Jean-Paul II, 1981 
• Famille et société, cardinal Vingt-Trois – Documents épiscopat N°2 / 2013
Dossier Famille sur le site des évêques de France 
Doctrine sociale de l’Eglise 
• La revue Etudes aborde différents aspects de la famille

Petite bibliographie
• La famille à l’épreuve de la prison, C. Touraut, Ed. PUF, 2012
• De chair et de parole : fonder la famille, X. Lacroix, Ed. Bayard, 2007
 

A voir
La famille est un des enjeux majeurs de notre société. Cinq réalisatrices sont allées à la rencontre de plusieurs familles de styles différents.
Familles à cœur ouvert : Le mariage post-naissance, la monoparentalité et la famille recomposée. 
Esprit de familles : L'importance de la spiritualité au sein de la famille et la transmission de la foi. 
Mes petits-enfants et moi : La transmission des valeurs religieuses, culturelles, morales, idéologiques et patrimoniales par les grands-parents. 
Les deux arbres de Debora - La création d'une famille dans le cas de l'adoption. 
Vivre le pardon en famille

DVD - Le Jour du Seigneur
Durée 5 x 26’ - Public : jeunes et adultes
 

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