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Interview de Pascal Balmand : de l'enseignement catholique en Seine-Saint-Denis au secrétariat général

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    Dimanche 15 septembre 2013, Pascal Balmand est l'invité du Jour du Seigneur sur France 2 (après la messe). 

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Dans son premier entretien en tant que secrétaire général de l’enseignement catholique, Pascal Balmand fixe le cap de son mandat de trois ans renouvelable. Nommé en avril dernier, avec un mandat effectif au 1er septembre, il remplace à ce poste Eric de Labarre, après avoir été 6 ans directeur de l'enseignement catholique en Seine-Saint-Denis.

Nouveau statut de l’enseignement catholique, ouverture à tous, réforme des rythmes scolaires, théorie du genre… les dossiers de la rentrée ne manquent pas. L’enseignement catholique devra aussi continuer à batailler pour son financement, dans un contexte budgétaire très tendu pour les collectivités territoriales.

« Les priorités du nouveau patron de l’enseignement catholique »

Jusqu’ici directeur diocésain en Seine-Saint-Denis, le nouveau secrétaire général de l’enseignement catholique dévoile ses priorités : l’application du nouveau statut de l’enseignement catholique, une plus grande ouverture sociale et des contenus d’enseignement plus cohérents avec le projet chrétien d’éducation. « En profond désaccord » avec la théorie des genres, ce normalien de formation estime cependant qu’il n’est pas judicieux de faire en classe « comme si elle n’existait pas ».

Cette rentrée voit la mise en application de la loi de refondation de l’école. Quel regard portez-vous sur cette réforme ?
Pascal Balmand :
Je ne suis pas un donneur de leçons. Mais en dépit de ses intentions initiales, qui paraissaient prometteuses, cette loi me semble être en inadéquation avec le terme même de refondation.
Elle comporte certes des aspects intéressants, s’agissant notamment de la formation des maîtres. J’ai cependant le sentiment qu’il manque une vraie réflexion sur l’articulation entre la visée éducative et les actes pédagogiques. On n’a pas touché non plus au statut des enseignants, ni cherché à accroître l’autonomie des établissements, qui contribue beaucoup à la vitalité de l’enseignement catholique et qui aurait pu bénéficier à l’école publique. On peut donc parler d’une première étape. J’espère qu’au bout du compte, il ne s’agira pas d’un rendez-vous manqué.

La refonte des rythmes scolaires concernera dès la semaine prochaine 22% des élèves du primaire, avant de s’étendre à l’ensemble des écoles publiques en 2014. Quels effets aura-t-elle sur les établissements catholiques ?
P. B. :
La réforme des rythmes ne s’impose pas aux établissements catholiques. Mais la plupart d’entre eux s’y préparent. En Seine-Saint-Denis, par exemple, trois de nos écoles passeront à la semaine des quatre jours et demi dès cette année. Et quasiment toutes les autres devraient en faire autant en 2014. Par respect pour les familles, qui parfois ont un enfant inscrit dans le privé, un autre dans le public. Et parce que, dans une grande mesure, les activités ecclésiales consacrées aux enfants, ainsi que la vie culturelle, sportive et associative de la commune s’organisent en fonction du rythme des écoles publiques. L’organisation du temps que propose cette réforme présente, j’en suis convaincu, un intérêt majeur pour les élèves, à condition toutefois que sa mise en œuvre soit l’occasion de réaffirmer notre projet propre.
Ce qui, en revanche, me semble plus discutable, c’est la tendance qui consiste, depuis plusieurs années, à développer l’accompagnement, le périscolaire. Cette évolution résulte à mes yeux d’une fausse bonne idée, selon laquelle il faudrait recentrer le scolaire sur l’enseignement stricto sensu. Une telle acception relativement réductrice pourrait déresponsabiliser les professeurs, ne pas les inciter à s’engager dans l’éducation – au sens large du terme – des enfants.

Parmi vos missions, vous allez devoir mettre en application le nouveau statut de l’enseignement catholique et surmonter les réticences qu’il a suscitées…
P. B. : Le nouveau statut est un outil. Ce texte, irrigué par la pensée sociale de l’Église, apporte une plus grande cohérence entre le projet et le fonctionnement de l’école catholique, en faisant place à tous ses acteurs. Contrairement à ce qui a pu être dit, il ne traduit pas, de la part des évêques, un désir de reprise en main mais bien une volonté de présence, d’accompagnement, de soutien. Sa mauvaise interprétation tient notamment à son caractère ecclésial, à son vocabulaire canonique.
L’un des articles stipule par exemple que le comité diocésain de l’enseignement catholique, le Codiec, est présidé par l’évêque. Si l’on s’en tient au français courant, on comprend que ce dernier prend le pouvoir. Mais interprétés dans une perspective canonique, ces mêmes mots suggèrent plutôt que cette instance est placée sous le haut patronage de l’évêque. Pour le reste, l’enseignement catholique fait partie intégrante de l’Église. Il est donc normal et légitime que l’épiscopat y ait sa place.

Quelles sont vos autres priorités ?
P. B. :
Il me semble nécessaire d’ouvrir le chantier des contenus d’enseignement. On tend à considérer que c’est le fonctionnement des établissements qui est catholique, et non ce qui y est enseigné. Mais il nous faut aujourd’hui travailler sereinement à une définition de ce que pourraient être des enseignements ajustés à notre proposition éducative. Affirmer qu’il y aurait une histoire-géographie ou des mathématiques catholiques n’aurait bien sûr strictement aucun sens, et il ne s’agit évidemment pas pour moi de prôner quelque forme d’endoctrinement que ce soit. Mais il importe moins d’accumuler des notions utilitaristes que de partager une culture qui aide à vivre.
Dans cette optique, je crois possible de réfléchir à des contenus cohérents avec notre projet chrétien d’éducation. Un professeur de maths peut, par exemple, prendre le temps d’expliquer – c’est prévu dans les programmes – que sa discipline est, comme tout savoir humain, une construction de l’esprit et qu’elle évolue, avec ses avancées, ses controverses. Il s’agit donc d’apprendre aux élèves le sens critique pour les affranchir d’une culture matérialiste et les aider à construire leur liberté.

Des voix s’élèvent pour dénoncer la « propagation » de la théorie du genre à l’école. Parleriez-vous d’un danger ?
P. B. : Je suis en désaccord profond avec la théorie du genre. Mais je ne peux pas faire comme si elle n’existait pas. Nous vivons dans une société sécularisée et dont les références sont de plus en plus diverses. Dès lors, deux options s’offrent à nous : soit nous transformons l’école catholique en un bunker qui rejette tout ou partie de la société de son temps ; soit nous faisons le pari de l’éducation, en refusant toute instrumentalisation idéologique. Dans ce cas, nous devons, tout en respectant leur liberté, équiper conceptuellement nos professeurs – pas seulement ceux de sciences de la vie et de la Terre – pour qu’ils puissent apporter aux élèves une vision équilibrée du rapport entre nature et culture. L’enseignant n’est jamais neutre. Mais s’il a conscience de sa responsabilité éducative, il indique à ses élèves sur quoi il fonde sa propre parole. Ensuite, il s’agit de faire confiance au discernement des jeunes. Et de relativiser, en gardant à l’esprit que l’école n’est jamais l’unique lieu de leur formation et en insistant à cet égard sur le rôle premier de la famille.

Selon un sondage Opinion way paru en juin dans La Croix, 72 % des Français estiment que l’enseignement catholique n’est pas accessible aux populations défavorisées. Comment promouvoir une plus grande ouverture sociale ?
P. B. : Mon expérience en Seine-Saint-Denis me permet de dire – et c’est vrai partout ailleurs – que les établissements catholiques accueillent déjà des élèves issus de tous les milieux sociaux et culturels. Afin d’y parvenir, certaines écoles ont notamment choisi d’appliquer des quotients familiaux. Mais l’enseignement catholique pourrait faire mieux, notamment si les collectivités publiques augmentaient leurs forfaits pour se mettre en conformité avec la loi. Pour une plus grande ouverture sociale, nous devons aussi nous appuyer sur notre savoir-faire en matière d’innovation : la créativité pédagogique est le meilleur moyen de faire place à chacun.

Recueilli par Denis Peiron,
La Croix
, 26/08/13 (avec l'aimable autorisation du journal)