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Association diocésaine de Saint-Denis-en-France
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La mission aujourd'hui !

Lors de la Journée diocésaine des Equipes pastorales, Franz Lichtlé, prêtre spiritain sur l'Unité pastorale du Blanc-Mesnil et alentours, est intervenu sur son engagement missionnaire et le sens de la mission.

La mission aujourd'hui !

A l'occasion du décès du P. Gérard Sireau il y a trois semaines, un membre de l'Equipe pastorale de notre Unité pastorale qui a bien connu Gérard disait ce qu'elle avait compris du missionnaire Gérard : « Le missionnaire n'a personne à civiliser, ni au Cameroun, ni au Bénin, ni dans les bidonvilles de roms au Blanc-Mesnil, mais il a une personne, des personnes à rencontrer, peu importe qu'il soit entendu, car ça encore, ce n’est pas de son ressort… »

On retrouve dans ce témoignage sur Gérard, un peu de la mission parfois ingrate de l'Equipe pastorale sur une Unité pastorale.

« L'Equipe pastorale ? On ne sait pas qui c'est… On ne sait pas ce qu'elle fait… Elle ne sert à rien… Elle ne parait pas… » et pourtant, à la fin de l'année pastorale, quand on fait le bilan, on se rend bien compte qu'une multitude de petites choses ont été vécues grâce à cette Equipe pastorale : des rencontres, des occasions de partager, d'échanges, de célébrations communes, des moments de questionnement sur la vie dans la ville, sur le vivre ensemble... au-delà des croyances, des convictions.

C'est là que je retrouve le souffle missionnaire de l'Equipe pastorale.

La chance de l'Equipe pastorale c'est justement d'avoir de la hauteur et du recul par rapport à ce qui se passe. Elle n'a pas, comme les EAP (Equipe d'animation paroissiale) et les CPAE (Conseil paroissial pour les affaires économiques) à s'occuper de linges d'autel, ni de la chaudière de l'église, ni du parking pendant la messe du dimanche, ni du chapelet à réparer ou de la statue à récupérer dans le garage de la maison à déménager, ni du servant d'autel qui a mangé en cachette quelques hosties à la sacristie, ni de la couleur des fleurs pendant le temps du carême… Il faut reconnaître que nos rencontres d'EAP se réduisent souvent à la résolution de ces petits conflits au quotidien, comme garants de la bonne marche de la paroisse.

Ce que je veux dire, c'est que l'Equipe pastorale n'a pas la tête dans le guidon où dès qu'une chose est passée, il faut déjà penser à la prochaine… avec comme seul objectif, c'est d'y arriver sans trop de dégâts. Ça ne veut pas dire que l'Equipe pastorale ne s'occupe pas du quotidien des chrétiens, mais justement elle les aborde avec de la hauteur : « chercher un sens de la foi des chrétiens à travers ces aléas quotidiens ».

Il y a un mot qui revient souvent quand on parle de mission, et qui pourra nous servir aujourd'hui, pour préciser la mission de l'Equipe pastorale, c'est le mot « inculturation ». Il y a là quelque chose d'essentiel dans l'attention que l'Equipe pastorale devra avoir, et qu'elle pourra partager avec les EAP pour un accompagnement approfondi de nos communautés chrétiennes.

L'inculturation de la foi suppose de la part de tous une double attention, ou une double fidélité : fidélité à l'Evangile comme puissance d'humanisation et finalement de divinisation, et fidélité à la culture, ou plutôt des cultures de la société habitée par les chrétiens. Ce n'est pas évident et il nous arrive bien souvent de négliger ce deuxième aspect, prêtres compris… au risque de faire bien des dégâts. « Malheur si quelqu'un scandalise un de ces petits qui croient en moi, il vaudrait mieux pour lui qu'on suspendît à son cou une meule de moulin, et qu'on le jetât au fond de la mer. » Matthieu 18, 6…

Vous voyez, on nous a appris dans notre formation comme religieux spiritains, quand un missionnaire arrive quelque part, la première chose qu'il fera, ce sera de regarder autour de lui, d'observer, d'essayer de comprendre… C'est essentiel pour éviter les faux pas. Le message de Jésus Christ ne peut pas se plaquer comme ça, sur n'importe quel matériau, sur n'importe quelle culture. Il faut préparer le terrain, et ça peut prendre beaucoup de temps, mais peu importe le temps, il y a ceux qui sèment, ceux qui entretiennent et ceux qui récoltent… J'aime toujours donner en exemple les Petits frères de Sainte Thérèse, une congrégation locale en Haïti, qui a comme règle dans ses constitutions, à l'arrivée sur un nouveau territoire de mission de ne rien faire pendant dix ans, sinon de vivre avec la population locale, travailler avec eux, apprendre à les connaître, se familiariser pour au bout de 10 ans commencer à élaborer des projets avec eux. Evidemment, c'est un luxe que seul l'Eglise peut se permettre… Mais il vaut le coup… C'est incroyable les dégâts qu'on peut faire en se précipitant. Et c'est vraiment dommage quand c'est l'Eglise qui en est la fautive.

Donc, l'inculturation à laquelle j'inviterai les missionnaires des Equipes pastorales, c'est d’avoir le souci d'apprendre à connaître celles et ceux qui habitent nos villes, celles et ceux qui habitent nos quartiers et nos cités, celles et ceux qui fréquentent nos églises et celles et ceux qui demandent quelque chose à nos paroisses, celles et ceux qui arrivent. Cela demande beaucoup d'attention et de délicatesse. L'Equipe pastorale peut être cette instance de réflexion pour l'équipe de prêtres et pour les Equipes d'animation Paroissiale pour les rendre attentifs au terrain de mission sur lequel ils s'aventurent. Pour cela, il faut avoir du temps et s'informer, car on ne va pas s'adresser de la même façon à un jeune, qu'à un adulte, qu'à une personne âgée. On ne va pas aborder de la même façon un Ivoirien, un Tanzanien ou un Angolais…

Si on reprend les Orientations diocésaines pour les années à venir, on peut leur appliquer cette question de l'inculturation à laquelle l'Equipe pastorale pourra rendre vigilent les EAP et les équipes de prêtres sur les paroisses de leur Unité pastorale.

La proximité : combien d'Equipes d'animation paroissiale continuent à s'intéresser à ces petites communautés de quartiers fondées sur les quartiers ou dans les cités de leur ville ? Et pourtant, c'est bien là qu'elles pourront découvrir les richesses des cultures de leurs habitants. Dans les échanges de ces petites communautés se discutent les difficultés du vivre ensemble, des incompréhensions entre cultures différentes, des efforts pour mieux se connaître et du partage d'éléments culturels qui fondent des familles, dans lesquels sont élevés des enfants hors desquels une foi authentique aura du mal à germer. L'Equipe pastorale pourra être ce lieu pour renvoyer les unes vers les autres pour faire communauté, pour faire Eglise.

L'attention aux jeunes : on a tendance à mettre tous les jeunes dans un même panier alors que leurs cultures sont souvent très différentes et méritent d'être connues, appréciées et pris en compte dans la rencontre, dans les échanges, dans la contribution qu'on va proposer aux jeunes d'apporter à la paroisse, lors de l'une ou l'autre de ses activités ou célébrations. La culture de l'apprenti, celle de l'universitaire, celle du jeune couple, celle du jeune professionnel… C'est dans ces cultures diverses que l'Evangile pourra s'enraciner…

Les Orientations missionnaires nous invitent à travailler à l'unité… mais pour cela il faut être à même de toucher du doigt les diversités de cultures, les comprendre, se les approprier pour petit à petit arriver à un métissage. Ce n'est pas en parsemant par-ci, par-là des éléments disparates de chaque culture présente sur une paroisse ou sur une Unité pastorale qu'on arrivera à faire l'unité… Cette façon de faire fera toujours beaucoup d'insatisfaits qui au mieux se révolteront, ou au pire se retireront sur la pointe des pieds de nos assemblées, de nos communautés de nos églises.

Il s'agit là d'un sacré défi auquel l'Eglise catholique, dite universelle est confrontée. C'est un brassage de longue haleine qui est proposé, auquel l'Equipe pastorale de par sa diversité, de par sa disponibilité et de par son angle d'attaque pourra proposer des pistes aux divers acteurs de l'Eglise.

Concrètement, il s'agit dans un premier temps de détecter les cultures présentes.

Voilà un groupe de Roumains qui prennent les derniers rangs au fond de l'église. Qui sont-ils ? Peut être des Roumains orthodoxes qui cherchent un lieu pour vivre leur divine liturgie. Peut-être sont-ils des gréco-catholiques roumains, orthodoxes rattachés à Rome. Peut-être sont-ils des catholiques roumains.

Voilà des jeunes confirmés qui sont là chaque dimanche au fond de l'église. Ils ne demandent rien à personne, ils s'éclipsent discrètement à la fin sans bruit sans compte… Qu'est ce qui les anime ? Quel est leur besoin…

Voilà un nouveau visage, quelqu'un qui vient d'emménager… Nous savons combien la mobilité est importante dans notre département. Saurons-nous adapter notre pastorale à cette culture de la mobilité ?

Vous avez tous fait l'expérience de personnes que vous avez vu à l'église deux ou trois fois et qui ne sont plus revenues… C'est peut-être qu'ils ne se sont pas sentis à l'aise, mais aussi parce qu'ils n'ont pas été reconnus et accueillis ou simplement parce qu'ils étaient de passage et qu'ils sont allés habiter ailleurs. Comment savoir ?

Le prêtre n'a pas le temps ni la disponibilité pour être attentif à ce qui se passe là : un chapelet à bénir, des mains à serrer, un rendez-vous à prendre, une information à donner et tout lui échappe…

Les membres des EAP, des CPAE, les catéchistes, les liturges sont pris dans le rangement, l'organisation… Ils courent dans tous les sens pour tout remettre en place et déjà préparer la prochaine liturgie ou célébration…

Qui va être là, disponible, serein, paisible pour échanger un mot, informer… ?

Dans la mission, il y a quelque chose qui apparait comme du temps perdu à ne rien faire, mais qui justement reste disponible à l'imprévu où Dieu se rend présent.


Père Franz Lichtlé,
Prêtre modérateur sur l'Unité pastorale du Blanc-Mesnil, Dugny, Saint-Louis de Drancy, Le Bourget