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Association diocésaine de Saint-Denis-en-France
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La peur des migrants ou la peur de nous-même

Un papier signé Jean Pelloux-Prayer, diacre à Montreuil (avec l'aimable autorisation de publication de l'auteur et du journal La Croix - article du 2 juillet 2018, p26).

La décision de l'Italie de refu­ser l'accostage d'un bateau de secours aux migrants a souligné l'égoïsme de notre pays, qu'il nous reste à comprendre pour mieux le surmonter. Que crai­gnons-nous au fond ? Que les mi­grants favorisent le chômage et la baisse des salaires en acceptant des emplois pour de misérables rémunérations, ou en restant eux­mêmes chômeurs. Que les mi­grants nous appauvrissent en pro­fitant des prestations sociales pour lesquelles ils n'auront pas cotisé. Que leur absence d'intégration sème la violence parmi nous, dé­linquance ou guerre civile. Qu'ils changent notre culture en impor­tant la leur, avant qu'ils ne nous imposent, le nombre aidant, des lois dont nous ne voulons pas, ou une autre religion, l'islam. Qu'ils nous arrachent par leur seule présence l'identité de notre pays. Examinons tranquillement toutes ces raisons.

Le chômage ? Les besoins hu­mains et donc l'activité augmen­tent avec la population. Mais le chômage ne recule pas si le surplus d'activité et de richesse ainsi créé n'échoit qu'à ceux qui travaillent ou encaissent déjà les revenus corres­pondants. N'imputons pas à l'im­migré un chômage dû à l'accroisse­ment des inégalités.

L'augmentation du coût des pres­tations sociales ? Avec un partage plus équitable du surplus de tra­vail et de la richesse créée, ce coût par personne n'a aucune raison d'augmenter, ni son poids relatif par rapport à la richesse créée.

La violence due au manque d'intégra­tion ? Celui-ci est dû, par définition, au manque de partage de la maison commune. Le partage du travail et des richesses y remédierait. Pour or­ganiser l'intégration, on transmet le meilleur de notre culture, de notre langue, de notre histoire, de nos lois et de nos coutumes. Ce meilleur se renforce en s'étendant à de nou­velles populations.

La violence des pays d'origine ? On n'a pas peur que des citoyens des États-Unis em­ménageant en France n'y amènent leurs armes à feu. Pourquoi redou­ter l'importation de la violence d'autres pays par des migrants qui l'ont justement fuie ?

Un changement de culture et de religion ? Les migrants sont souvent chrétiens ou musulmans. L'islam fera moins peur lorsque le précepte coranique « Pas de contrainte en religion » sera suivi dans les pays à majorité musulmane dont les lois interdisent aux musulmans de se convertir à d'autres religions. Cette interdiction sociale et politique compromet la liberté de tous : sans conversion possible, pas de trans­mission d'autres croyances dont l'expression est alors muselée. Le problème n'est donc pas la liberté des musulmans en France, mais l'absence de liberté religieuse dans nombre de pays musulmans. Les pressions politiques ou médiatiques doivent s'exercer sur ces pays, non sur les migrants en France.

Le bouleversement religieux de notre pays est d'ailleurs déjà réa­lisé... au profit de l'athéisme libé­ral. Mettre le cap sur la liberté in­dividuelle ou sur un Dieu-Amour n'amène pas au même port. Notre route a croisé celle de nos amis libéraux. Mais nos bateaux respectifs s'éloignent de nouveau à la pour­suite d'étoiles dont les orientations sociale, économique ou morale divergent : exploitation du pauvre dénoncée par le prophète Michée (Mi 2,2), explosion des couples dont l'unité a été scellée par Jésus (Mc 10,9), dignité du début et de la fin de vie soumise au libre juge­ment des adultes, malgré l'inter­dit du meurtre dans le Décalogue (Ex 20, 13), culte de l'argent incom­patible avec le culte du vrai Dieu (Mt 6,24). 

Ces dérives par rapport à la Pa­role de Dieu, logiques pour une boussole bloquée sur la liberté indi­viduelle, ne sont pas le fait de mi­grants mais de notre culture s'écar­tant de la foi chrétienne. La culture d'autres pays est-elle maintenant beaucoup plus éloignée de notre foi que le moteur idéologique actuelle­ment au pouvoir en France ? 

Alors, craindre un changement d'identité de ce pays ? Rappelons-nous cette forte parole d'un apologète chrétien des premiers siècles : « Les chrétiens habitent dans le monde mais ne sont pas du monde » (À Diognète). Et parce que nous ne sommes pas de ce monde, nous n'en sommes pas propriétaires. Nous sommes donc libres de considérer le migrant comme un prochain plutôt que comme un étranger.

Jean Pelloux-Prayer, 
Diacre permanent à Montreuil (Seine-Saint-Denis)