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Sortie du film L'Apparition

Ce film de Xavier Giannoli, qui sort dans les salles ce mercredi 14 février, avec Vincent Lindon et Galatea Bellugi, questionne la foi à travers l'approche d'un enquêteur.

Critique de Michèle Debidour pour SIGNIS - 14 février 2018
Dans une mise en scène palpitante de thriller, Xavier Giannoli signe un film qui interroge la foi avec le respect d’un quêteur de l’invisible.

Au retour d’un reportage en Syrie qui a coûté la vie à son ami photographe, Jacques est sollicité par le Vatican pour participer à une enquête canonique sur l’apparition de la Vierge Marie à la jeune Anna dans le Sud-Est de la France…

Dans ses films précédents (A l’origine et Marguerite),  Xavier Giannoli s’était déjà intéressé avec succès à des histoires qui sortaient de l’ordinaire. Le titre même du premier avait une connotation biblique si bien qu’on ne s’étonne pas trop du choix de ce scénario dans le registre du religieux surnaturel. Sur un tel sujet les écueils possibles étaient nombreux : caricature de l’administration vaticane, idéalisation hagiographique de la jeune visionnaire moquerie de la foi dans ses manifestations naïves… Giannoli les évite, menant sa barque habilement, aiguillonné par un questionnement dont l’acuité est due à la sincérité de sa quête spirituelle.

Son intérêt pour le sujet est double : d’une part montrer le retentissement d’un tel événement et la manière dont l’Eglise catholique l’accueille. De l’autre, approfondir les enjeux psychologiques et spirituels chez les personnes confrontées à ce type de situation irrationnelle. Le personnage de Jacques, sorte d’alter ego du réalisateur, mène l’enquête en journaliste habité par un profond désir de vérité humaine et Vincent Lindon est tout à fait convaincant dans ce rôle. Autour de lui, les comportements sont variés mais également pertinents, depuis le prêtre dont la foi a besoin de se réchauffer au feu brûlant d’Anna jusqu’au faussaire mercantile que l’analyse scientifique confondra. Quant à la posture prudente de la commission canonique (« l’Eglise préférera toujours prendre le risque de passer à côté d’un véritable phénomène plutôt que de reconnaître une imposture »), on sent bien qu’elle a l’approbation du réalisateur.

En six chapitres, le spectateur découvre petit à petit la personnalité d’Anna à qui la jeune actrice Galatéa Bellugi prête un visage irradiant la pureté et l’innocence. Jacques cherche dans son passé et s’attache à retrouver une autre jeune femme, Méryem, amie d’enfance d’Anna dont la disparition l’intrigue. Au-delà du ressort dramatique, ce vis-à-vis nous donne à voir deux attitude croyantes, également sincères : l’oblation mystique d’Anna et l’engagement au service du pauvre de Méryem.

Le film avait commencé en Syrie, il se clôt dans l’immense camp de réfugiés de Zaatari en Jordanie : retour à la réalité après un long détour qui a éclairé le mystère des consciences, signe que le réalisateur n’a pas choisi un tel sujet pour nous faire échapper aux questionnements du notre monde en souffrance mais tenter d’y proposer un sens.

La mise en scène est celle d’un thriller dont les rebondissements dépassent parfois le vraisemblable, mais qu’importe ! Nous garderons dans les yeux ces plumes blanches volant dans le monastère, symbole de beauté et de pureté, et le geste de Jacques mettant un genou en terre pour déposer sur le seuil d’une chapelle perdue dans le désert arabe une pauvre icône rescapée de la folie guerrière.

Michèle Debidour

Télécharger l'entretien avec le réalisateur