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Le dialogue, pas une option (N°12 / Août-Sept. 2013)

Qui dit dialogue dit rencontre. Se rencontrer, dialoguer, pour être ensemble au service de l'humanité... pas simple !

Dialoguer

Mgr Pascal Delannoy, évêque de Saint-Denis-en-France

Dialoguer ? Un exercice plus difficile qu'il n'y parait ! En effet, le dialogue entre deux ou plusieurs personnes nécessite que chacune soit habitée par un double désir : le désir de s'exprimer et le désir d'écouter. Que le désir de s'écouter vienne à manquer et le dialogue, selon la sagesse populaire, devient un dialogue de sourds ! Que le désir de s'exprimer ne soit pas honoré et le dialogue devient monologue ! Quand cohabitent le désir de s'exprimer et le désir d'écouter le dialogue permet un rapprochement entre les personnes, parfois même jusqu'à devenir source d'enrichissement, voire de conversion pour chacune d'entre elles.

En parcourant la Bible, nous découvrons comment Dieu entre en dialogue avec son peuple et dans l'Evangile l'annonce du salut prend souvent la forme d'un dialogue. Rien d'étonnant alors à ce que les disciples du Christ aient le souci du dialogue en couple, en famille, au travail, en politique, dans leur quartier mais aussi avec leurs frères d'autres confessions chrétiennes et d'autres religions… Le dialogue avec Dieu, notamment par la prière et la méditation de l'Ecriture, n'est-il pas aussi cet espace où nous expérimentons ce que le pape François écrit dans sa première encyclique : « La foi consiste dans la disponibilité à se laisser transformer toujours de nouveau par l'appel de Dieu » (Lumen Fidei, 13)

Le dialogue, pas une option !

Danielle Guerrier, déléguée pour les relations avec le Judaïsme,
P. Jean Courtaudière, délégué pour les relations avec l’Islam

Le dialogue n’est pas une option facultative, encore moins une stratégie. Il est au cœur de la mission de l’Eglise aujourd’hui, appelée à « entrer en conversation avec toute l’humanité » (Paul VI), pour être signe du dialogue d’Alliance de Dieu avec tous les hommes. L’Eglise est ainsi conduite à dialoguer avec les religions non chrétiennes et avec les différentes cultures, si nombreuses dans notre diocèse.

Les relations de l’Eglise avec  les religions non chrétiennes
Le concile Vatican II, dans la Déclaration Nostra Aetate (NA) [relations de l’Eglise avec les religions non chrétiennes], en a défini les fondements et ouvert les chemins. Un vrai dialogue nécessite respect, accueil et écoute de l’autre tradition dans laquelle l’Eglise reconnaît « un rayon de la vérité qui illumine tous les hommes » (§2), mais il demeure aussi un lieu où est annoncée la foi en Jésus-Christ, unique sauveur du monde. « Dialogue et annonce » sont indissociables ; un dialogue est fécond lorsque chacun des partenaires est fortifié dans sa foi au contact de l’autre et grandit dans l’estime mutuelle.

Les relations avec le judaïsme
Avec 50 synagogues et une vingtaine d’écoles, la communauté juive est très présente dans notre département ; c’est donc la rencontre dans la vie quotidienne qui va ouvrir au dialogue. Le lien entre judaïsme et christianisme est cependant bien  particulier. Les juifs sont pour les chrétiens : « nos pères dans la foi » (Benoît XVI) ou encore « nos frères ainés » (Jean-Paul II), liés par un héritage commun. Une histoire "douloureuse" nous unit mais le concile Vatican II a permis de faire lever l’éclair des retrouvailles, bien vivantes aujourd’hui.

Les relations avec l’islam
Presqu’un habitant sur trois dans le 93 est d’origine et/ou de culture musulmane, la majorité étant de nationalité française. C’est en tissant peu à peu des liens d’amitié avec les musulmans que les chrétiens avancent vers le dialogue, y compris en essayant d’avoir des relations de communauté à communauté. Les différences ne manquent pas entre nos traditions religieuses, mais, sans naïveté, nous avons à chercher d’abord ce qui nous unit et nous permet d’œuvrer ensemble pour une société plus fraternelle et plus respectueuse de tous.

Le dialogue : un défi pour notre temps
En servant humblement le mieux "vivre-ensemble" dans notre société, acteurs et témoins du dialogue ne sont-ils pas aussi des « artisans de paix » pour notre temps ? 

« Un rayon de la vérité qui illumine tous les hommes »
Nostra Aetate, §2

Tomber dans le « relativisme » ?

Michel Sauquet, écrivain et enseignant

Le dialogue entre les religions encourt le risque, nous dit-on, de tomber dans le « relativisme », ce laxisme spirituel qui tiendrait pour interchangeables toutes les religions et toutes les vérités. Le relativisme n’est-il pas cependant une attitude évangélique s’il nous incite à relativiser nos évidences et nos certitudes conquérantes, à chercher à comprendre les logiques et les mots de l’autre ? Non point approuver ni adopter, mais prendre du recul sur ce que nous savons (et ne savons pas), sur ce que nous croyons (est-ce si clair ?), et sur la manière dont nous mettons notre credo en pratique. Deux pré-requis s’imposent alors dans le dialogue : l’humilité, manière de rejoindre, par le respect et l’écoute, le rêve divin de l’amour mutuel entre les hommes ? Et l’agir. Lorsque le Secours catholique et le Secours islamique mènent ensemble des actions en faveur des plus démunis, ne crédibilisent-ils pas le dialogue entre théologiens ?

De la peur de la différence à la peur de l’autre

Claude Scheuble, diacre, Villemomble

La thématique proposée par le Service de la communication en mai était de réfléchir sur les obstacles au dialogue interreligieux. Parmi toutes les difficultés recensées au cours de cette réunion du comité de rédaction de « Quatre pages » est ressortie une problématique fort ancienne : « la peur de l’autre ».

Deux mots qui invitent à aller plus loin. La « peur » et son cortège : la méfiance, la crainte, la suspicion, etc. Quant à savoir qui est « l’autre », la difficulté n’est pas moindre : c’est -déjà - celui qui n’est pas moi, qui est différent de moi, qui n’a pas la même histoire, la même langue, la même mémoire, qui ne raisonne pas forcément dans les mêmes catégories, ne s’appuie pas sur  les mêmes références politiques, éthiques ou culturelles que les miennes. A plus forte raison, lorsqu’il s’agit d’une culture indissociable d’une référence spirituelle ou religieuse fort ancienne gravée au cœur de la personne comme son héritage le plus précieux, et qui se confond avec lui et fonde son identité.

Dans la mesure où l’altérité est très marquée, elle est ressentie par les deux parties comme une remise en cause radicale de son « être-soi » : une menace réciproque, une méfiance très partagée. C’est aussi un profond soupçon, qui s’installe : l’autre veut-il me transformer au point de me voir épouser son système de références, « ses valeurs », une peur de se faire assimiler par l’autre.

Dans le contexte de notre société, dans un univers mondialisé, cette altérité est démultipliée par les grands phénomènes de migration : l’autre est non seulement « autre », mais en plus il est vu comme « étranger ». Ce mot véhicule, qu’on le veuille ou non, de façon sournoise, et depuis les temps les plus anciens de l’humanité, une connotation un peu péjorative dans la mesure ou l’étranger, en tant qu’étranger, n’appartient pas à la même nation ; c’est alors que l’altérité est maximale, incompatible, et fait naître le sentiment mal défini de se sentir menacé, de crainte, de méfiance… Bref, la peur de l’autre s’installe profondément dans les cœurs.

Dans ce contexte difficile, comment réussir à « vivre ensemble » ; comment poser des jalons, trouver des pré-requis minimaux… avant même d’imaginer un début de dialogue interreligieux ! Pour les sociologues  - (a) (c) (d) - plusieurs facteurs vont rendre difficile ce « vivre ensemble », quelques exemples…

Premier souci : la question culturelle : la méconnaissance voire l’ignorance de la culture de l’autre va nourrir, à partir de faits ponctuels, des idées toutes faites voire fantasmées sur son mode de vie (le bruit les soirs de rupture du jeûne lors du Ramadan, l’abattage rituel, les amalgames stigmatisants comme Islam, islamisme, terrorisme, etc.) De la peur, à l’hostilité ou même à la haine, il n’y a qu’un pas que ne manqueront pas alors d’exploiter des politiques racistes (a). Aussi, la connaissance de ceux au milieu desquels nous vivons - notre monde familier et tout simple - est-elle le premier pas… Comment apprendre à « lire » l’autre ? Ce fut l’objectif l’année dernière d’établir dans le diocèse, avec les personnes concernées, une grille, qui a été publiée depuis, sur la « nécessaire intelligence mutuelle » (b).
Le deuxième souci est la modification fondamentale des modalités de l’immigration survenue au cours des années 70-80. Dans cette période, l’immigration familiale a progressivement remplacé une immigration du travail. La loi - bienvenue et juste - sur le regroupement familial, a permis à beaucoup d’entre elles de s’établir quasi définitivement. Le mouvement naturel de ses familles fut alors de se rapprocher les unes des autres pour  atténuer quelque peu leur  déracinement, l’éloignement des ancêtres ; ce faisant, dans les lieux d’habitation où vivait jusque-là une population autochtone française, s’est inversé le rapport majorité / minorité avec le sentiment des habitants traditionnels de devenir eux mêmes étrangers à leur propre environnement. Dans nos banlieues, la conséquence en fut l’éloignement progressif de ces familles autochtones, conduisant à générer (par abandon) de véritables ghettos de familles étrangères devenus progressivement administrativement françaises, mais considérées comme des français de deuxième zone (c).
Ceci est le point de départ d’une fracture anthropologique et sociétale conduisant aux pires maux de notre société : désorientation du rapport éducatif parents / enfants / société, perte abyssale des repères favorisant les idéologies extrêmes, modèle inadapté et laisser aller de l’éducation, accroissement différentiel du taux de chômage, faiblesse des revenus, et - par voie de conséquence - de la délinquance. Le cercle infernal de la peur de l’autre est alors établi ; il sera certainement long à briser malgré tous les efforts de la puissance publique, du tissu associatif si présent, si actif, et… désintéressé.  Alors que faire, et en particulier pour les chrétiens ? Il n’y a pas de recette miracle, il n’y a pas des « y-a qu’à » et des « faut que ». Probablement, les chrétiens devraient-ils entendre les grandes intentions que le futur Pape dessinait déjà en mars 2013 : « L’Eglise est appelée à sortir d’elle-même et à aller dans les périphéries, les périphéries géographiques mais également existentielles ».  Il y a cependant une étape préalable incontournable qui prendra beaucoup de temps : c’est celle de l’apprivoisement réciproque. Pour faire tomber la peur, il faut s’apprivoiser l’un l’autre. On pourrait relire la rencontre du Renard et du Petit Prince dans le texte de Saint-Exupéry, il écrit « On ne connaît que les choses que l’on apprivoise, dit le Renard. Les hommes n’ont plus le temps de rien connaître, ils achètent des choses toutes faites chez les marchands. Mais comme il n’existe point de marchands d’amis, les hommes n’ont plus d’amis ».

Tout cela prendra beaucoup de temps, pour réussir à se faire très simplement l’ami des autres « dans les périphéries géographiques et existentielles ». Dissoudre la peur de l’autre commence probablement par un apprivoisement patient. Exerçons-nous - dans la mesure de nos moyens - à nous parler, à nous recevoir, à partager, à nous apporter soutien mutuel les uns les autres : le Seigneur Jésus lui-même n’hésitait pas à aller manger chez les pécheurs - scandale pour les juifs pieux - (Luc 15, 2). Il demandait même à être reçu dans la maison de non-juifs : « Zachée, descends vite : aujourd’hui, il faut que j’aille demeurer dans ta maison » (Luc 19, 5).

Le début du chemin, nous le trouvons à la fin de la parabole du bon samaritain : « Va, et toi aussi fais de même ».

La vie en elle-même est « dialogue »

Francis Aryanayagam, Aulnay-sous-Bois

Francis Aryanayagam a grandi à Aulnay-sous-Bois dans le quartier de la rose des vents - appelé aussi "les 3000" - parmi différentes cultures et religions. Il anime le groupe Jeunes adultes d’Aulnay et est membre de l’équipe diocésaine pour les relations avec l’Islam.

L’être humain est en relation avec d’autres toute sa vie, partout où il est. Déjà au sein de la famille qui est une petite "société". Et puis, nous sommes amenés à dialoguer dans notre quotidien…

Je parlerai de ce qui m’a amené à m’engager dans le dialogue islamo chrétien. Dans mon enfance, plus j’apprenais de ma propre foi et plus j’essayais de comprendre la foi de l’autre. Ce qu’il y avait de fort se produisait à travers les amitiés sincères vécues avec des musulmans. Très tôt, j’ai eu le goût de la différence, de connaître et comprendre ceux qui ne sont pas comme moi. Je me suis souvent retrouvé le seul chrétien parmi des musulmans, au travail comme dans ma mission d’animation effectuée durant cinq ans. Ce sont toutes ces rencontres qui m’ont données envie d’aller plus loin et de m’engager dans un service d’Eglise.
Faire partie d’une équipe, c’est dialoguer et savoir travailler ensemble pour progresser dans la mission. « La recherche et le dialogue interreligieux et interculturel ne sont pas une option mais une nécessité de notre temps. » (Benoît XVI)

La condition première est de savoir « écouter », quelque soit le niveau de dialogue. Savoir écouter s’apprend dans le dialogue. Il faut faire preuve d’humilité et accueillir l’autre tel qu’il est. A partir de là seulement, nous pouvons entrer en dialogue pour atteindre un objectif commun. Il faut aussi avoir le cœur ouvert, un cœur qui recherche la paix et le bien commun. Si nous entrons dans le dialogue avec des préjugés, le dialogue est faussé. C’est pourquoi, il est nécessaire d’apprendre et découvrir la culture et la foi de nos interlocuteurs pour dépasser les préjugés et les stéréotypes. Dans mon cas, cela s’est traduit également par la recherche et la connaissance de l’Islam à travers les rencontres et les lectures personnelles.

Cet engagement concret passe tout d’abord par être au service de ceux qui nous entourent. Ce qui explique que je me suis engagé auprès des jeunes à Aulnay et dans un service diocésain. Avec pour seul but : de mettre en place des actions pour apporter un meilleur vivre ensemble, plus de paix et de justice. Reste à le faire savoir autour de soi !

A Aulnay, nous organisons avec la communauté musulmane une rencontre par an autour d’un thème que nous choisissons ensemble dans nos deux traditions. Nous avons déjà abordé les thèmes suivants : la solidarité, les rites funéraires, le pèlerinage. De plus, nous sommes invités à la mosquée dans les grandes fêtes musulmane comme l’Aïd. Ces échanges nous permettent de mieux nous connaître, de construire des liens d’amitiés et de promouvoir ce type de rencontres et de dialogue dans notre ville. Ce qui permet aussi d’être unis sur les grandes questions de société. Nous avons également des rencontres avec la communauté juive.

Une sourate du Coran rappelle que si Dieu avait voulu créer une seule communauté, il l’aurait fait. Je pense effectivement que la diversité culturelle, la diversité du monde est voulue par Dieu. La diversité que l’on trouve dans chaque être humain est le visage de Dieu. La Bible nous dit bien que nous sommes créés à l’image de Dieu. La beauté de la création réside dans cette différence… C’est un chemin de vie, une mission que Dieu nous confie : apprendre à vivre ensemble, comprendre et apprendre des autres, s’enrichir mutuellement des qualités et des dons des uns et des autres.

Dépasser la peur pour s’ouvrir à l’autre

Guillaume Fauchère, Bondy

Guillaume Fauchère, ingénieur de métier, est bénévole dans l'association « Le Rocher Oasis des cités ». Il est également engagé dans la communauté de l'Emmanuel. Le Rocher mène des actions éducatives et sociales dans les cités. Ici, le dialogue n’est pas un vain mot, il est in-dis-pen-sable !

Dans les cités, de nombreuses personnes se sentent exclues, stigmatisées et mal jugées par le reste de la société. Le dialogue est donc nécessaire avec ces personnes pour les rejoindre et établir une relation de confiance. On peut ainsi tenter de créer un pont avec l'extérieur. Mais avant et pendant le dialogue, le plus important est l'amour que l'on porte à ces personnes et le regard bienveillant qu'on pose sur elles.

Le dialogue permet de comprendre et d'aimer. Il désarme les peurs et les tensions qui naissent souvent lorsque l'autre reste un inconnu. Il oriente peu à peu nos décisions et nos actes en faveur du respect et du bien de l'autre. Il est en soi une action, car pour être entretenu, il nécessite une patience, une écoute et une vérité qui mobilisent tout l'être et qui demandent des efforts.

J'ai récemment eu une discussion sur le thème de l'évangélisation avec quelques jeunes musulmans dans la rue. C'est une des questions que je me suis rapidement posées en arrivant ici. Chacun croit fermement que la perception qu'il a de Dieu et du monde est la vérité. Plusieurs réactions face à cette problématique peuvent venir :
- on peut être tenté d'essayer de convaincre l'autre que notre version est la bonne, ce qui peut vite être perçu comme un manque de respect et arrêter net la relation.
- on peut aussi se dire que ce sujet est trop délicat et l'éviter, ce qui donne une relation dans laquelle l'essentiel n'est pas abordé, une relation de façade, peu propice à l'établissement d'une confiance profonde. On a le sentiment qu'on ne sait pas trop ce que pense l'autre de nous sur le sujet le plus important de notre existence.

J'ai le sentiment qu'il faut regarder en face le fait que chacun souhaite que l'autre se convertisse. Ce n'est pas un problème, au contraire. Si je prends l'exemple d'un musulman, il veut me partager sa foi car il pense que c'est ce qu'il y a de meilleur pour lui et pour tous les hommes. Souhaiter que je me convertisse est donc pour lui me souhaiter le meilleur. Il en va exactement de même pour moi : ma foi chrétienne est ce que j'ai de plus précieux ; elle embellit, oriente et transforme ma vie ; je souhaite donc également à tous de découvrir ce trésor. Ce constat ne doit donc pas faire peur : chacun souhaite que l'autre se convertisse. Cela n'empêche ni le respect de la liberté de l'autre, ni le dialogue pour comprendre comment l'autre perçoit la vérité.
Cependant, il est important de préciser que pour qu'il y ait respect de la liberté de l'autre, il ne faut pas souhaiter le convertir, mais souhaiter qu'il se convertisse. Même Dieu ne convertit personne de force, il frappe à la porte et attend notre libre réponse… Combien plus nous-mêmes devons nous respecter la liberté de l'autre et comprendre que ce n'est pas nous qui convertissons qui que ce soit, ce sont les personnes qui font librement le choix de se convertir. Nous annonçons un message par nos paroles et par nos témoignages de vies, puis nous laissons les personnes décider de ce qu'elles en font.
Dans les cas où le respect de la liberté n'est pas acquis dès le départ, la patience et l'amour finiront toujours par avoir le dernier mot. C'est le message et l'espérance que Jésus veut nous donner sur la croix.

Lorsque la peur est dépassée, on peut s'ouvrir à l'autre et partager bien des moments ; par exemple, le jeûne étant une offrande pour Dieu aussi bien pour un chrétien que pour un musulman, il m'est arrivé de jeûner une journée en union avec les musulmans pendant le ramadan et de rompre le jeûne ensemble le soir.

Dans le « dialogue » il y a « parole », parole échangée

Denise Montbailly, Aubervilliers

Denise Montbailly s’est engagée très tôt. A 18 ans, elle fut nommée responsable de l’équipe locale de la JOC (Jeunesse ouvrière chrétienne) puis déléguée à Rome lors d’un rassemblement mondial. Ensuite au Secours catholique à l’accueil des apatrides, puis plus tard - et toujours - au Groupe interreligieux pour la paix 93 (GIP 93) comme administrateur à la Conférence mondiale des religions pour la paix France.

Le dialogue est un élément nécessaire qui fait ou doit faire partie de notre vie quotidienne, que ce soit au sein de la famille ou avec des amis. Sans dialogue, en cas de conflit, ce sont les sentiments profonds qui se trouvent blessés. Cela peut même engendrer des cassures irréversibles. En effet, les conceptions, les avis tant sur des problèmes familiaux, éducatifs que sur ceux de la vie au travail ou en société peuvent diverger. Nous pouvons à tout moment commettre des erreurs. Comment clarifier la situation et garder notre estime de l’autre, si nous ne dialoguons pas ?

Si nous n’arrivons pas à dialoguer déjà avec ceux qui nous sont proches, que nous aimons et estimons, comment pourrons-nous essayer de le faire avec les voisins, dans le travail et dans d’autres structures sociétales qui permettent le vivre ensemble ? De la même façon, comment avoir un vrai dialogue avec les personnes de différentes confessions que nous sommes parfois appelés à côtoyer ? Et là, c’est un véritable défi pour nous chrétiens.

L’expérience apprend que le dialogue ne va pas toujours de soi. En effet, en période de désaccord, conflit, il peut y avoir une violence sous-jacente au fond de l’être. Pour avoir le dialogue, il faudra donc faire tout son possible pour la contenir, la dépasser. Si nous avons compris que sans un dialogue respectueux de l’autre, la vie risque de devenir difficile, et qu’il faut s’évertuer à aplanir au mieux une polémique, un pas sera déjà franchi.

Dans le « dialogue » il y a « parole », parole échangée. Le dialogue veut dire que l’on parle avec quelqu’un, dans le cadre d’une conversation qui demande écoute et respect de l’autre mais qui appelle aussi notre engagement (Mgr Santier). Pour qu’il y ait dialogue, il faut que chacun ait le courage de dire ce qu’il croit être vrai et ce dans le respect. L’altérité est là  et il faut la respecter.

Le devenir de toute personne dépend de sa capacité à exprimer son attente, son avis, expérience et à les partager avec ses semblables selon les circonstances. Ceci suppose d’abord le moment favorable de la rencontre avec l’autre et que cet autre puisse être disponible pour écouter. Dialoguer dans des moments de tensions équivaudrait à une fin de non recevoir. Ceci est valable dans la famille, comme au travail, avec des amis, dans les communautés, etc. Dans un dialogue qui semble infructueux, il y a aussi la médiation qui peut intervenir pour pacifier la situation.

En ayant accepté que l’autre soit disponible à l’écoute, et l’ayant reconnu dans sa différence dans ce qu’il est et ce qu’il pense, le dialogue installé permettra de pouvoir agir ensemble dans des actions communes. Exemple : c’est ce que j’ai pu vivre avec des femmes musulmanes (devenues mêmes amies justement grâce à la rencontre, au dialogue instauré, à l’écoute mutuelle et à la reconnaissance de l’autre) lors d’actions réciproques d’aide à l’étranger ou personnes en difficulté.

Notre département « Arc-en-ciel, comme aimait l’appeler Mgr Olivier de Berranger, est à lui seul le reflet de notre Planète-Village : multiethnique, multiculturel et multiconfessionnel. Si cela peut être une richesse, cela engendre aussi parfois un manque de compréhension, souvent par ignorance de l’autre dans son altérité, dans son histoire et dans sa spécificité tant culturelle que cultuelle.

A présent, nous ne pouvons plus rester dans notre seul univers culturel et confessionnel et rester repliés sur nous-mêmes. Il faut élargir l’espace de notre cœur. Cela nous amène à nous ouvrir à l’autre afin que chacun ne vive pas l’un à côté de l’autre sans se connaître ce qui permet aussi d’éviter certaines tensions. C’est donc une de nos priorités de nous attacher à nous rencontrer afin d’œuvrer ensemble pour le bien de tous.

Respect de l’autre dans sa différence, écoute, dialogue, compréhension sont les maîtres-mots pour nous permettre le vivre-ensemble dans un présent et un avenir commun. Ainsi, de ce vivre ensemble peuvent alors émerger des projets de collaboration pour la construction d’un meilleur avenir en travaillant plus particulièrement sur des actions pour l’amélioration de la vie de ceux qui sont le plus dans la difficulté.

Le but du Groupe interreligieux pour la paix 93 (GIP 93) a été, dès son origine en 1998, et est toujours de promouvoir la paix par le dialogue interreligieux inscrit dans la laïcité, mais aussi de promouvoir des actions communes et de concevoir des outils pédagogiques d’éducation à la paix et à la tolérance.
Cette activité interreligieuse a été et est un travail lent, demandant de la patience, de la courtoisie, du respect. Il faut que chacun ait le courage de témoigner de sa foi mais en respectant celle des autres. L’esprit du GIP 93 est de vivre l’interreligieux sans prosélytisme, comme une école d’humilité, pour les personnes comme pour les traditions. La visée du groupe est l’unité, mais pas l’uniformité. Bien sûr, ce parcours de 15 années a été parfois parsemé de quelques difficultés mais justement avec de la patience et de la reconnaissance de l’autre dans sa façon de penser elles arrivent à être surmontées.

Les partages et actions qui ont été les plus marquants ont été : deux grands débats sur le vivre ensemble à la suite d’événements brûlants d’actualité (par exemple, le 11 septembre 2001) avec les représentants religieux des traditions abrahamiques et des intervenants des pays concernés afin de pacifier ces moments difficiles - les témoignages de foi de chacun dans sa croyance - le dialogue et le partage de certaines communautés qui ne se côtoyaient pas entre elles liées au conflit israélo-palestinien (judaïsme et islam) - intervention dans les collèges à leur demande - notre soutien et présence lors d’agression et de blessures de certaines communautés - repas partagés festifs avec toutes les communautés de différentes traditions avec leur intervention sur la solidarité - et tant d’autres réflexions et partages sur des sujets tant religieux que d’actualité.

Malgré ce travail dans l’interreligieux et pour le vivre ensemble déjà entamé, il reste encore beaucoup à faire. Remettre sur le métier, comme disait Lafontaine.

Rappelons-nous la rencontre d’Assise en 1986 avec le pape Jean-Paul II, rencontre renouvelée par le pape Benoît XVI. N’était-ce pas déjà le reflet de Dieu, son visage qui brillait comme un diamant dont chacune des facettes étincelantes représentait un pays, un continent, une religion ou une pensée philosophique ?
En tant que chrétien, nous croyons que Dieu se rend présent à tout homme. Il n’y a donc pas que les représentants de toutes religions qui doivent se rencontrer pour représenter le visage de Dieu. Ceci est valable pour chacun de nous. Chacun est appelé à la rencontre de l’autre.

Que disait  en 2011 le pape Benoît XVI ? « Qu’il fallait progresser dans le dialogue et l’estime réciproque ». Et une autre fois, il précisait que : « pour faire face aux nombreux défis de notre temps, la rencontre, le dialogue sont une nécessité vitale dont dépend en grande partie notre avenir ». Et encore : « Soyez des ponts de dialogue et de coopération constructive pour l’édification d’une culture de paix qui doit remplacer les impasses des peurs et agressions ».

Notre Monde est marqué par de profondes évolutions, conséquence notamment de la mondialisation. Par le fait d’une forte immigration, nous sommes amenés à côtoyer des personnes de toutes nations et de toutes religions et donc à vivre des situations interculturelles et interreligieuses.

Le Christ dans les Béatitudes nous invite à prendre les chemins de la Paix « Heureux les artisans de Paix, ils seront appelés Fils de Dieu ». Et pour accéder à ces chemins de Paix, il nous faut oser la rencontre, l’écoute attentive, le dialogue fraternel et qui d’ailleurs nous enrichit dans notre propre foi et c’est à ce « vivre-ensemble » que nous sommes tous appelés.

Contact : GIP 93 : 01 43 52 38 08 (le soir)

Se rendre disponible à la différence

P. Jean-Christophe Helbecque, Noisy-le-Sec / Romainville

Jean-Christophe Helbecque est depuis 2010 prêtre responsable du secteur de Rosny-sous-Bois (Noisy-le-Sec / Romainville / Rosny-sous-Bois) ; en septembre 2013, il prend la responsabilité de plusieurs paroisses à Montreuil-sous-Bois.

Le dialogue, c'est d'abord pour moi une rencontre. Or, nous sommes des êtres de relation, nous ne pouvons pas vivre seuls. Comme nous le rappellent les deux récits de création dans le livre de la Genèse (chapitre 1 puis 2), notre vocation, hommes et femmes, est de vivre ensemble, les uns avec et pour les autres. Le dialogue et la rencontre sont donc toujours une nécessité (un appel intérieur), et plus encore aujourd'hui, dans des temps de crise et peur diffuse : nous ne pourrons avancer et repartir que les uns que tous ensemble.

Pour dialoguer, il faut se rendre disponible à la différence, accepter que l'autre (celui ou ceux qui sont en face de moi, que Jésus appelle mon prochain) n'est pas les mêmes habitudes, le même mode de vie, ni la même manière de penser. Et mieux encore : je dois attendre, espérer et chercher ce qui lui est propre, pour pouvoir l'accueillir et le respecter positivement. Autrement dit, pour vraiment dialoguer et rencontrer l'autre, je dois l'accueillir comme une chance et une richesse, chercher sans cesse comment nos différences peuvent devenir complémentaires, et aider celui que je rencontre ou avec qui je vis à exprimer (au sens d'un parfum : révéler) ce qu'il a de meilleur à partager.

Pour avancer et vivre le dialogue, ce ne sont pas les théories qui marchent : le seul chemin est de vivre ensemble, très concrètement, au quotidien. Ce sont les détails d'attention de regard bienveillant et de service fraternel qui changent et transfigurent l'existence quotidienne. Comme dans la vie d'un couple, point besoin d'attendre que l'autre fasse le premier pas. Nous chrétiens savons par notre baptême tout ce que nous avons déjà reçu, et nous sommes envoyés pour donner, sans condition, pour ouvrir des chemins de rencontre (le mot hébreu désignant la fête de Pâques signifie : ouvrir un "passage"). L'enjeu porte donc sur le regard bienveillant, sur la patience (ou plutôt même la persévérance), et le don gratuit (je n'attends pas de retour).

Un exemple sur la rencontre, puis le dialogue avec le père Mircea et la communauté orthodoxe de Saint-Solange. Il s'est présenté à quelques paroissiens de la chapelle Sainte-Solange de Romainville et aux prêtres, exprimant la recherche de sa communauté pour un lieu de prière et de rassemblement régulier. Pour que l'engagement réciproque puisse être durable et fondé sur de bonnes bases, après avoir pris conseil, nous avons rédigé une convention d'accord, précisant les fonctionnements matériels et la question financière. Mais surtout, le père Mircea et plusieurs membres de la communauté orthodoxe sont souvent venus saluer la communauté catholique à la fin de la messe célébrée le samedi soir, et de même un certain nombre de catholiques de Romainville sont venus découvrir et participer à la divine liturgie le dimanche matin. Nous avons pu deux années de suite célébrer Pâques à la même date, et nous avons choisi de célébrer le Vendredi saint ensemble : dans la foulée de la célébration catholique du chemin de croix (ou de l'office de la Passion la 2e année), nous avons vécu l'office orthodoxe de la mise au tombeau. D'autres occasions, festives ou amicales se sont ensuite présentées.
Pour permettre une meilleure connaissance mutuelle, 4 ou 5 chrétiens et un prêtre de chaque communauté ont commencé il y a plus de deux  à se retrouver tous les deux mois : présentation, échange sur nos vies familiales et professionnelles, gestion commune du calendrier de présence à la chapelle Sainte-Solange, réflexion sur l'aménagement des lieux, projets de rencontres des deux communautés autour de la catéchèse des enfants, …
Je ne peux pas oublier de mentionner la relation personnelle et très fraternelle, amicale, qui s'est nouée entre moi et le père Mircea, mon benjamin d'un an. Régulièrement, nous partageons une soirée ensemble, souvent chez lui puisqu'il est marié et vient de donner naissance à son quatrième enfant. En fait, ce n'est pas d'abord le travail apostolique qui nous réunit, mais c'est parce que nous nous sommes reconnus frères et essayons de vivre comme tels, que nous participons, de concert et dans nos communautés respectives, à l'annonce de l'Evangile et essayons d'avancer vers l'unité désirée par Jésus-Christ.

La peur de ceux qu'on ne connaît pas et qui sont différents, et la crainte de se trouver en quelque manière dépossédé de chez soi sont parfois tentantes… Alors il faut, je crois, que les relations dépassent de loin le simple stade technique ou organisationnel. D'où les efforts de vie fraternelle et de rencontre, entre les membres d'équipes paroissiales de part et d'autres, et entre les paroissiens eux-mêmes.
Ce n'est qu'après qu'on peut envisager de vivre et partager la mission ensemble : si on connaît son frères, ses richesses et ses limites (et les siennes propres !).
Ainsi, suite à la visite pastorale de notre évêque Mgr Pascal Delannoy en avril 2013 à Romainville et Noisy-le-Sec, deux rencontres œcuméniques bien fraternelles ont déjà eu lieu entre les représentants de différentes communautés chrétiennes des deux villes : la paroisse luthérienne évangélique de Noisy, l'Eglise protestante de Romainville, la paroisse orthodoxe roumaine des Trois saints Hiérarques, et les paroisses catholiques de Romainville et Noisy-le-Sec. Des rencontres régulières sont envisagées, ainsi que peut-être un projet de rencontre autour du chant et de chorales des différentes communautés. Pour reprendre à ma manière un adage bien connu : plus on est de fous… plus on prie !

« Dieu créa l'homme à son image et à sa ressemblance [...], homme et femme il les créa », nous rappelle le premier chapitre du livre de la Genèse.
Oui, heureux est l'homme qui va à la rencontre de son frère, de ses frères : ensemble, nous serons alors à l'image et à la ressemblance de Dieu !

« Individualisme » et « individualité »

Patricia Haine, Tremblay-en-France

Patricia Haine habite le quartier du Vert-Galant depuis 30 ans. Ingénieur en biologie de la nutrition, elle est aujourd’hui engagée dans le soin palliatif et visite de façon bénévole des personnes en phase terminale, ou atteinte de maladies dégénérescentes. Elle s’est engagée dans le dialogue prenant conscience des problèmes à l’école de ses enfants…

Le dialogue est la base de tous les rapports humains. Le point de départ étant l’écoute… L’échange d’idées, d’opinions, de points de vue. Si l’« individualisme » appauvrit l’homme, « individualité » enrichit le groupe. J’ai toujours parlé de tout, avec tout le monde. Aucun de mes anciens collègues de travail n’ignoraient mon engagement religieux, et je dois même avouer qu’il était plus facile pour moi de parler de foi avec mes collègues musulmanes qu’avec les autres. La foi a cela de positif, elle est universelle. Même démarche avec mes voisins, mes amis, ma famille - mon époux est athée… et ouvert.

Cela suppose quelques conditions : partir sans idées préconçues, écouter et voir de quelle manière on peut avancer, savoir reculer, attendre, prendre son temps…
De la rencontre au dialogue, l’un entraine l’autre, mais tout doit mûrir. Ne jamais se décourager. Oser parfois aborder un sujet plus critique, mais savoir toujours écouter de façon ouverte, positive et sereine…

Mes enfants me parlaient d’incitoyenneté qu’ils pouvaient ressentir à l’école. Donc, depuis 15 ans, j’essaie de réfléchir à une manière de faire « du mieux vivre ensemble ». Cela a commencé à la sortie de l’école, en discutant avec toutes les mamans. Mes enfants ont terminé leur scolarité bien plus sereins et ont toujours des contacts avec les jeunes du quartier, et moi avec les mamans. Puis à l’aumônerie, les jeunes du collège avaient du mal à avouer qu’ils étaient chrétiens face aux jeunes musulmans. Se sentaient "faibles". Je suis donc allée à la mosquée, et j’ai demandé un rendez-vous avec l’imam pour voir si nous pouvions trouver un moyen de faire que les jeunes fassent connaissance dans leurs différences, et qu’ils s’acceptent davantage. Cela ne s’est pas fait en une seule fois… Nous avons été reçus une première fois à la mosquée. L’imam a pris du temps pour parler avec les jeunes, puis visite, goûter… Dernièrement, nous avons reçu les jeunes musulmans à l’église. Présentations de chacun. L’imam a ouvert une discussion avec les jeunes chrétiens et le prêtre avec les jeunes musulmans. Puis goûter…

Dans la continuité de ce projet, j’avais dans l’idée de faire partager à tous ces jeunes un projet commun, notamment au niveau de la ville. Idée initiale « les journées vertes », où tous les jeunes auraient côte à côte nettoyé un petit bout de leur lieu commun de vie. Je suis allée la semaine dernière à la mosquée pour leur parler de mon idée. Malheureusement l’Imam en place est muté fin juin… J’attends la nomination du prochain, en espérant être capable de l’entrainer à nouveau dans cette démarche.

Le dialogue entre nos deux communautés peut dépasser la simple rencontre amicale par l’acceptation de la foi de l’autre. La tolérance. L’envie d’apprendre de l’autre. La sincérité. La confiance. Exactement les mêmes choses qui font passer de l’état de « copain » à l’état « d’amis ». Pour cela, il faut savoir être patient et opiniâtre.

Dieu est universel, un père est toujours très contrarié de voir ses enfants se chamailler. Le rêve de tous pères, est de voir ses enfants s’aimer, pouvoir compter l’un sur l’autre… C’est aussi mon rêve !

Un préalable, l’éducation

Alfred Sagna, Coubron

Alfred Sagna habite Coubron. Arrivé à Metz en 2007 pour des études, il s’installe l’année suivante à Gagny et fréquente la communauté catholique qui l’a accueilli et rapidement adopté. En 2009, on lui confie la création d’un groupe de jeunes adultes dont il est le responsable aujourd’hui. Alfred est par ailleurs animateur d’aumônerie pour les lycéens.

La société actuelle est de façon générale très individualiste. Les gens ne prennent plus le temps de vivre, de s’enquérir des nouvelles de leur voisinage immédiat, chacun se méfie de l’autre ou se fait des préjugés avec pleins d’idées reçues. Il est certain que seul - individu, famille, communauté, ou pays -, il est difficile de réussir à changer le visage d’un monde dégradé par les guerres, les maladies, la solitude, le racisme, la xénophobie, etc. Donc, la seule solution à tout cela reste le dialogue.

Le monde est si métissé aujourd’hui que les origines sont partagées. Chacun a plus de liberté de choix de vie, de croyance. Mes parents sont de cultures et de religions différentes. Même si j’ai suivi le christianisme, puis-je être contre les musulmans ? Non bien sûr ! Puis-je me réclamer d’une telle origine plus que l’autre ? Non. Beaucoup sont dans le même cas que moi. Le dialogue n’est donc pas seulement une nécessité, mais c’est un impératif. Cependant, selon les sociétés, les conceptions peuvent être différentes.

Un préalable, l’éducation. Elle permet d’orienter la personne depuis son enfance sur des valeurs et des repères qui lui permettront de mieux s’insérer dans la société. Cela se gère au plan familial. La famille est le premier niveau de dialogue qui aura une grande influence sur le devenir de la société.

Deuxième préalable, c’est la connaissance de soi. Qui suis-je ? Que suis-je ? Deux questions qui amènent à s’identifier soi-même et au sein de la société.

Dernier préalable, l’ouverture à l’autre. L’ouverture d’esprit grandit l’âme et ouvre à la curiosité, c'est-à-dire la découverte et la connaissance de l’autre. Ce que je ne connais pas reste pour moi un mystère, générant des freins ou des clichés. Il faut arriver à former les consciences et les mentalités pour trouver l’équilibre entre les peuples.

Dans ce monde, personne ne peut vivre seul. La vie est un rendez-vous du « donner » et du « recevoir ». Si je suis seul, je donne à qui ? Je reçois de qui ? Il faut donc aller vers l’autre pour le rencontrer, faire le choix de le connaitre pour susciter l’échange. A partir de là, on peut installer le dialogue. La difficulté sera de passer du dialogue à l’action…

La Seine-Saint-Denis est le département le plus riche en « brassage culturel ». Pour une bonne cohabitation, le dialogue social doit couler de source. Dans les religions, la tolérance doit être de mise. On constate toutefois une radicalisation des pratiques religieuses qui n’est pas un renforcement de la foi, mais un sentiment de rejet, rendant compliqué le dialogue interreligieux. D’aucuns, pour des convictions personnelles détournent le message religieux pour se donner un certain pouvoir.
Nous avons également les coutumes et les traditions, autre blocage. Sur quel levier faut-il agir pour que les actions menées - notamment par l’Eglise catholique et les pouvoir publics - aient du sens ?

Comment le dialogue entre les communautés catholique et musulmane peut dépasser la rencontre amicale ? Nous sommes nés Hommes et sommes devenus chrétiens ou musulmans. En tant que Hommes, nous ne pouvons pas ne pas vivre ensemble. Rendons notre cohabitation agréable et donnons-lui du sens. Les rapports humains ne se limitent pas aux convictions religieuses. D’ailleurs on constate que le nombre de mariages entre chrétiens et musulmans augmente de jour en jour. Les mentalités évoluent et la société avec.

A Gagny, nous avons des jeunes de 18 ans à 30 ans. Souhaitant qu’il y ait davantage de dialogue entre eux, nous avons créé en 2009 le « Groupe jeunes adultes de Gagny ». Ce groupe est un cadre d’échange, de partage et de fraternité et d’approfondissement de la foi. Nous nous retrouvons au moins une fois par mois pour échanger sur différents sujets de la vie religieuse, sociale ou économique. Entre autres : causeries, retraites spirituelles, journées d’amitiés, sorties, animation de messes, etc. L’objectif étant de fraterniser pour qu’en dehors du travail et de la famille, nous formions la famille des jeunes cathos de Gagny. De cinq jeunes, nous sommes une trentaine aujourd’hui. Le groupe est au cœur de la vie paroissiale pour donner de sa vivacité et de sa jeunesse : une joie de vie.

Le projet de Dieu est d’arriver à faire que nous soyons à son image, que nous soyons différents et arrivions malgré tout à vivre ensemble dans la complémentarité. Notre condition d’Homme et de pécheur nous amène à oublier ce projet divin. Quelle que soit notre croyance religieuse, nous avons le devoir de vivre ensemble pour rendre le monde meilleur !

Traversé d’une seule envie : aller de l’avant

Alix Clairambault, Enseignement catholique

Alix Clairambault est adjointe au directeur diocésain de l’Enseignement catholique (EC) en Seine-Saint-Denis. L’EC cherche à habiter plus fortement la diversité culturelle et religieuse de la « société éducative » qu’elle constitue (voir Statut art. 30).

Les écoles catholiques du diocèse de Saint-Denis vivent cet accueil de tous, y compris fortement du point de vue de la diversité culturelle et religieuse.  « En effet, chaque jour, dans chaque établissement, selon les situations qui se présentent à nous, nous la vivons, nous la subissons, nous la souhaitons, nous la trouvons dérangeante, nous la recevons comme une richesse… Le tout traversé d’une seule envie : aller de l’avant. » (Témoignage de chefs d’établissement)
Devant le constat de la complexité des situations auxquelles, parfois - souvent, les responsables se trouvent - de ce fait -  confrontés, la Direction diocésaine de l’Enseignement catholique  a mandaté en 2010 un groupe de travail avec pour objectifs premiers : fournir des points de repères aux équipes et proposer des axes de formation.

Ce groupe de travail (composé de chefs d’établissements, documentaliste, parents d’élèves, référents en pastorale et membre de la Direction diocésaine), s’est déterminé à refuser la tentation de ne considérer que les obstacles ; par le biais d’interview, ce sont donc des récits d’expériences positives vécues sur le terrain qu’il s’est attaché à collecter auprès des chefs d’établissements. Voici quelques éléments d’analyse de ces quelques récits :
- Les bénéfices recherchés tournent autour des axes suivants : la célébration heureuse et constructive d’un événement, la découverte et la connaissance plus proche de l’autre dans son "étrangeté", la valorisation et l’implication des familles dans la diversité de leurs cultures, et ainsi l’attachement à mieux vivre ensemble dans un climat de respect mutuel.

La communauté éducative des établissements est en elle-même riche d’une diversité de responsabilités, rôles, compétences et talents mis au service de ces actions  (pédagogie, sens de l’organisation, communication, cuisine, musique, culture, art, etc.) ; elle n’hésite pas à s’adjoindre des intervenants pour la contribution de leur expertise propre (religion, sociologie, théologie…)

L’organisation en interne des actions évoquées traduit la détermination engagée à surmonter les contraintes diverses pouvant apparaître comme des freins insurmontables : horaires, administration, coût, craintes de toutes sortes, parfois importantes…
Le témoignage d’une expérience réussie se traduit par ces mots qui reviennent avec force : joie, reconnaissance, respect, unité, partage, plaisir, découverte, pacification…

A l’analyse de leurs propres récits, des chefs d’établissements envisagent : de multiplier et développer les occasions de partage et de rassemblement, de favoriser la formation des adultes, de rechercher les indicateurs permettant d’évaluer le changement dans la durée.

Les membres de ce groupe de travail ont souhaité ouvrir des pistes de chantiers à mener tels que : procéder à la relecture des documents administratifs pour une mise en adéquation avec le Statut de l’Enseignement catholique en France, sur ce point précis de la diversité culturelle et religieuse, s’attacher à la formation des personnels enseignants et non enseignants pour l’acquisition de compétences et faire évoluer nos représentations.
Par ailleurs, le groupe de travail a tenu à mettre à disposition des établissements un dossier fourni de ressources ecclésiales, institutionnelles, législatives (textes de références,  intervenants, associations, bibliographie, formations, outils, etc.).

Du Statut de l’Enseignement catholique en France (juin 2013), dans la 1ere partie : l’Ecole catholique dans la mission éducative de l’Eglise :

Art. 10 : « au service de l’homme et de son éducation, l’Eglise manifeste qu’elle porte sur toute personne un regard d’espérance. Conformément à la mission qui lui a été confiée par le Christ, elle s’adresse à tous les hommes et à tout homme ; aussi, par choix pastoral, l’école catholique est-elle ouverte à tous, sans aucune forme de discrimination »

Art 11 « l’insertion de l’école catholique dans la société appelle la claire affirmation de son identité et de son appartenance ecclésiale, condition d’un dialogue authentique. Ce dialogue de l’école catholique avec la société concourt à la recherche d’une synthèse entre raison, culture et foi, à la connaissance et au partage des traditions et des héritages, à la proposition d’une vision chrétienne de l’homme et d’une éthique de la culture.

Les fruits goûtés et encore promis à tous

Sr Anne-Marie Petitjean, déléguée diocésaine pour les relations œcuméniques

Le dialogue œcuménique, au sens propre, est un dialogue entre chrétiens. Il n’est pas un dialogue inter-religieux car il se pratique au sein de la même « religion chrétienne ». Certains le vivent au sein de leur famille, de leur quartier, de leur ville : dans le partage le plus ordinaire, dans celui de l’engagement commun au nom de l’Évangile (Acat , vestiaire commun local, etc.), dans l’échange spirituel des expériences chrétiennes. Certains discutent aussi des questions doctrinales qui ont provoqué ou qu’ont entraînées les divisions. Ce dialogue se vit notamment entre théologiens. Des « Commissions mixtes » de dialogue, sur le plan français (les évêques mandatent les participants catholiques) ou sur le plan international (c’est le Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens qui mandate les catholiques) ont été instituées. Il y a aussi des groupes de théologiens « non mandatés » comme le Groupe des Dombes (catholiques et protestants francophones) ou le Groupe Saint Irénée (catholiques et orthodoxes européens).

Dans chaque dialogue (y compris celui de la vie), il s’agit de « communiquer quelque chose de soi ». Jean-Paul II parlait d’échange des dons car « certains aspects du mystère révélé aient été parfois mieux saisis et exposés par l'un que par l'autre » dit le concile Vatican II dans son Décret sur l’œcuménisme (n° 17). Ce même décret dit encore : « l’Église est appelée par le Christ à une réforme permanente. Si donc, par suite des circonstances, en matière morale, dans la discipline ecclésiastique, ou même dans la formulation de la doctrine, qu'il faut distinguer avec soin du dépôt de la foi, il est arrivé que, sur certains points, on se soit montré trop peu attentif, il faut y remédier » (n° 6). Enrichissement, émulation, conversion sur le chemin de la foi vécue et exprimée sont les fruits goûtés et encore promis à tous ceux qui dialoguent. Alors, dialoguons ! C’est la figure de l’unité dont le monde a besoin et pour laquelle Jésus a prié « afin que le monde croie » !

Action des chrétiens pour l’abolition de la torture
 

L’esprit d’Assise

Béatrice Bachmann, Chef d’Etablissement Charles-Péguy de Bobigny

L’école, collège, lycée Charles-Péguy de Bobigny, fondé par Madeleine Daniélou en 1936, et animé par cette même communauté apostolique Saint-François-Xavier, reflète en grande partie la diversité religieuse de Seine-Saint-Denis.

Nos élèves chrétiennes (catholiques, protestantes, orthodoxes), musulmanes, juives, bouddhistes, hindouistes, sont le reflet d’une immigration aux provenances toujours plus lointaines (des pays méditerranéens aux confins de l’Asie). Cette diversité culturelle et religieuse marque depuis toujours le projet éducatif de l’établissement pour qui le « vivre ensemble », dans un climat de respect mutuel, est une priorité. Une attention particulière est portée à cette dimension pluriconfessionnelle, à travers, notamment, une heure d’échanges, offerte aux élèves ne participant pas à l’enseignement religieux.

Cette année, pour lancer le thème de « la rencontre », nous avons pris l’initiative d’un véritable parcours aux sources des trois religions monothéistes.

Nous avons d’abord été accueillis à la mosquée de Bobigny en plusieurs groupes successifs, pour une visite instructive, suivie de questions à l’imam sur le sens des rites musulmans.

Puis nous avons découvert la synagogue de Drancy et son rabbin, qui a répondu aux nombreuses questions avec pédagogie et humour sur les symboles et représentations de la foi juive.

Enfin, le 6 octobre 2012, nous nous sommes rassemblés à la basilique Saint-Denis. 750 élèves de l’établissement, professeurs, personnel éducatif, accompagnés de nombreux parents ont été accueillis par notre évêque, Monseigneur Delannoy qui a également répondu aux questions des élèves, après avoir présenté l’histoire de ce lieu. La basilique résonnait des voix de centaines de jeunes filles, joyeuses de se retrouver pour partager les messages de foi de leurs différentes religions et découvrir d’autres messages spirituels : hindouisme, bouddhisme, sagesse que nous ont transmise des hommes de bien et des hommes de paix. C’est dans un silence très respectueux que tous ont accueilli le défilé de lumière, portée par nos élèves bouddhistes et hindouistes, accompagné de panneaux montrant des citations de personnalités du monde entier sur la paix. Toujours avec autant de respect, tous ont écouté les textes lus et choisis par les aînées du lycée. Le rassemblement s’est conclu par un chant de Grégoire entonné dans l’enthousiasme par toute l’assemblée, invitant à la fraternité et au partage : « On n’a pas tous la même couleur de peau, on n’a pas tous la même langue, mais on a tous la même couleur de sang et le même soleil… » Un message d’espoir pour bâtir un avenir commun avec nos différences, parce que nous avons "le pouvoir d’en faire une chance".

Cette belle démarche, en élargissant l’horizon de chacun, a favorisé l’unité de tous. A la suite de cette rencontre, les témoignages sont nombreux Une maman écrit : « Cette journée restera inoubliable, un moment de paix, de plénitude, d'amitié où nous étions tous réunis sans aucune barrière de culture, de religion, de race, une grande réunion de famille ». Une autre, de religion musulmane s'exprime ainsi : « donner la possibilité à des élèves de découvrir ensemble les différentes religions pour leur permettre d'échanger et de partager la foi est pour moi une chance… Faire lire des textes des différents livres religieux a suscité échange, intérêt et questionnement. Je dirais que cette sortie permet à toutes les filles de comprendre et de réaliser que même si nous sommes différents de par notre culture ou notre religion, nous sommes tous des enfants de Dieu… Merci de m'avoir permis d'assister et de partager ce moment avec vous ».

A la suite de cette journée, bien des conversations entre les jeunes ont tourné autour de leurs appartenances religieuses, elles se questionnent mutuellement sur leurs croyances. Elles n'hésitent pas à se dire musulmane, chrétienne, athée ou bouddhiste. On sent une ouverture et un réel intérêt pour ces questions, tout cela dans la liberté et le respect.

Site Internet Etablissement Charles-Péguy

Être le « levain » dans la pâte

Haïfa Abboud, Drancy

De rite maronite, j'ai vécu dans une ville musulmane au Liban. Après 16 ans de guerre, j'ai goûté le "miel amer" de l’émigration, avec le déracinement et la séparation. En France, j'ai découvert un pluralisme religieux et culturel… Comment m'adapter sans perdre mon identité, tout en remplissant mon rôle dans la société et dans l'Eglise ?

Au sein de l'équipe pastorale de Drancy, j'ai été appelée à veiller sur les relations interreligieuses et œcuméniques. Ce travail de longue haleine a besoin de temps, de persévérance, de fidélité, de foi en l’Esprit Saint. Il ne s’agit pas de faire des actions spectaculaires, mais d'être présent au nom de la communauté catholique : lors des fêtes dire un mot en arabe à nos frères musulmans et coptes, apporter des cartes de vœux ou un message à la synagogue ou à la mosquée. Savoir aussi témoigner de notre compassion lorsque ces différentes communautés traversent des épreuves, par une visite, un coup de fil, un email, un SMS…

Être présent, c’est accueillir. C'est ainsi qu'à la paroisse, imam, rabbin, pasteur, prêtre et paroissiens se sont réunis autour du thème « Qui est mon frère ? » Chacun a témoigné sur l'aide apportée aux frères blessés par la vie, avant de prier, chacun dans sa langue.

Dialoguer ne veut pas dire tomber d’accord, mais être dans la bienveillance sans exiger la réciprocité. Nous sommes dans le domaine de la grâce, de la gratuité du don de Dieu qui nous permet de nous dépasser. Un dialogue nécessaire pour lutter contre les préjugés et réapprendre les notions de base comme le respect et la fraternité. Mais aussi expérimenter cette fraternité universelle pour être le "levain" dans la pâte.

Dialogue de vie avec les autres religions

Père Gérard Brisseau, en mission ouvrière

Dans les Mouvements en Mission ouvrière, on accueille les personnes dans leur situation de vie - et dans leurs actions et leurs engagements. La démarche est le « Voir - Juger - Agir »… adapté selon les situations et les âges.

L'intuition est née en Eglise catholique… les mouvements accueillent largement chaque personne, quelle que soit sa foi, sa communauté, sa différence, dans la mesure où chacun accepte d'entrer dans la démarche. En réalité, sur Aulnay-sous-Bois, peu ou pas de personnes non catholiques ont rejoint les Mouvements.

Cependant l'ACE (Action catholique des enfants) a accueilli un temps un jeune responsable d'origine juive, et deux ou trois enfants de familles incroyantes ! Il y a plus d'un an, l'ACE est allée visiter une église orthodoxe sur Paris, et rencontrer quelques membres de la communauté orthodoxe. Tous ont apprécié l'accueil, la découverte d'un bâtiment différent de nos églises, l'histoire d'une communauté venue de Russie pour s'insérer en Région parisienne, depuis plus d'un siècle ! Puis ce même groupe ACE est allé participer à une célébration - Fête au Temple protestant de la ville d'Aulnay, avec accueil sympathique de la pasteure Esther.

Un groupe d'aumônerie de lycée, ayant choisi l'an dernier : « la rencontre des différences » est allé pareillement à la rencontre de cette communauté protestante, et avait sollicité un dialogue avec la pasteure. Ce dialogue leur a permis de poser des questions, essentiellement sur les différences entre catholiques et protestants (Pourquoi pas de signe de la Croix…) Ce même groupe d'aumônerie a pu rencontrer un groupe de jeunes musulmanes, qui avait souhaité des contacts avec les chrétiens (Nous sommes tous des croyants en Dieu, pourquoi ne pourrait-on pas se rencontrer ?) Là aussi, les dialogues ont porté surtout sur les différences.

Ce groupe de jeunes musulmanes, à l'initiative de Amina, qui a regroupé 3 ou 4 filles, tout en souhaitant aussi regrouper des garçons - mais ça ne s'est pas réalisé - a aussi participé à des rencontres que nous faisons, dans un groupe « Vie et foi » dans la suite du catéchuménat, et dans la ligne de la Mission ouvrière. Elles ont parlé de leur foi, les chrétiens ont parlé de la foi chrétienne. Il y a eu beaucoup de sincérité, de force et de conviction de la part de chacun. Puis on a buté, sur des difficultés : c'est quoi la Trinité, pour vous les chrétiens ? (difficultés à répondre clairement) Comment accepter plusieurs épouses dans une famille musulmane ?
Après trois ou quatre rencontres, nous nous sommes dits : impossible de continuer. On ne voit pas sur quoi on pourrait avancer. Il n'y a donc pas eu de suite cette année ! Et pourtant deux ou trois personnes chrétiennes sont allées un dimanche midi rencontrer un groupe de musulmans qui étudie le Coran, et se forme sur la religion.
Dans le cadre de la "Solidarité", l'Equipe pastorale d'Aulnay a proposé des rencontres avec les juifs, les musulmans, et les… 'sans références religieuses'. Une année sur la "Solidarité", une autre année sur "le pèlerinage", du moins pour chrétiens, juifs, musulmans… Le groupe chrétien rencontre successivement musulmans, et juifs… car il semble difficile de faire se rencontrer juifs et musulmans. Je suis trop peu informé de ce qui a été vécu dans ces rencontres pour en parler…

De vrais témoins de l’amour de Dieu

Père Jacques Braem, délégué diocésain de la pastorale des cités

Le père Jacques Braem est à la tête de ce nouveau service diocésain. Il a été créé à la suite du rassemblement « Pentecôte 2012 ». Le but de cette structure est d'encourager, de soutenir, de développer la pastorale des cités.

La proximité des uns et des autres dans les cités et les origines de chacun créent une forme de dialogue permanent entre toutes cultures, religions, traditions. Mais ce dialogue peut être plus ou moins ouvert voire même en total opposition : cela dépend plus des personnes que du reste. Les religions en elles-mêmes ne sont pas contre le dialogue, mais les pratiquants peuvent l’être, dû à un esprit intégriste-fondamentaliste - surtout concernant certaines sectes - ou bien à une histoire personnelle, une histoire de la famille dans le pays d’origine, etc.

Le dialogue arrive à se construire à cause de l’espace réduit ou tout le monde peut être le voisin de n’importe qui. Ainsi dans l’ascenseur, devant les boites aux lettres, à l’école, chez l’épicier, on peut rencontrer toutes sortes de croyants : sikhs, témoins de Jéhovah, membre de l’Eglise évangélique de la montagne de feu et des miracles, etc. Même si bien sûr les musulmans sont largement majoritaires. Les mamans se côtoient devant la crèche, ou bien à la maison pour tous, ou ailleurs et les discussions se font facilement. Sans oublier que tout se sait dans une cité et que les jeunes entre eux se mélangent plus facilement que les adultes. Tout cela est donc propice aux échanges de toutes sortes. Ceci dit, les échanges ayant un but de dialogue religieux est rare mais pour d’autres choses comme les associations (aide aux devoirs, …), c’est beaucoup plus courant.

Ainsi petit à petit on apprend à mieux connaitre la foi de l’autre, ses traditions et à les respecter. Comment ne pas respecter les différences même au niveau religieux lorsque l’endroit où l’on vit est si multiculturel ? D’ailleurs pour certains musulmans, c’est la première fois qu’ils rencontrent des chrétiens puisque dans leur pays il est interdit de s’y convertir.

Le dialogue en cité entre religions peut se faire aussi à l’occasion de difficultés : par exemple, le meurtre d’un jeune, des émeutes, … obligeant les différents responsables religieux à porter une parole commune, à faire une marche contre la violence pour calmer la tension dans la cité.

L’initiative de notre évêque avec la carte de vœux pour le Ramadan est une bonne occasion. Notre présence chaleureuse manifestée à l’occasion de moment douloureux : hospitalisation, deuils qui durent plusieurs jours avec les familles peut l’être aussi. Les fêtes religieuses aussi bien sûr, les circoncisions, etc. Cela demande de vivre dans la cité, d’être connu et reconnu pour qu’une confiance s’installe et donc un respect. Cela demande aussi d’être attentifs à toutes les occasions qui se présentent pour partager un dialogue sur notre foi, nos valeurs, notre manière de voir les choses sans vouloir convertir l’autre pour ne pas créer de tension mais avec douceur, franchise, respect… bref, en étant de vrais témoins de l’amour de Dieu !

Aller vers l'autre est la clé du dialogue

Gladys Bankole, Le Bourget

Gladys Bankole, paroissienne au Bourget, est membre de l’Equipe d’animation paroissiale (EAP) et s’occupe de la liturgie. Elle participe depuis plusieurs années à des rencontres interreligieuses qui rassemblent catholiques, musulmans et bouddhistes.

Le dialogue permet de mieux connaitre l'autre, de briser les barrières qui pourraient créer des méfiances ou des a priori. Il faut noter que de nos jours, chacun vit pour soi, et par conséquent la communication entre les personnes même au sein d'une même communauté est quasi-inexistante. Pour dialoguer, il faut avoir envie, être disponible, aimer le contact. D'où la nécessité d'organiser des sorties, des moments de partage, des rencontres. Aller vers l'autre est la clé. Il faut beaucoup de volonté et d'initiatives pour surmonter d’éventuels obstacles.

Lors de nos rencontres avec les communautés musulmane et bouddhiste, nous avons eu à parler des « prophètes », de la « tolérance », de la « bienveillance » et sa mise en œuvre… le prochain thème sera le « mariage ». A l'issue des rencontres, nous convenons ensemble du thème de notre prochain partage. Chaque communauté préparant avant son intervention. Au cours de ces rencontres, nous confrontons nos différents points de vue sur le sujet, en prenant le temps de nous écouter mutuellement. Nous essayons également de voir comment nous pourrions ensemble faire une œuvre de charité.
Nous nous invitons les uns les autres à des fêtes et manifestations. Par exemple, la communauté musulmane nous invite à la rupture du jeûne, à la remise de prix aux enfants de l'école coranique ; la communauté bouddhiste nous convie à partager leur repas pour la fête de la naissance de Bouddha ; notre communauté à l’occasion de la galette des Rois.

Le vivre-ensemble est le visage de Dieu, le "rêve" de Dieu. Au cours de nos diverses rencontres avec les autres religions, j'ai constaté une certaine similitude dans les enseignements de chaque religion. Que ce soit dans le Coran ou dans la Bible, le fond reste le même… Dieu nous considère tous comme ses enfants, et chacun de nous est une partie de lui.

Quel dialogue de vie pour moi croyante ?

Colette Ta Ninga, Bondy

Dans mon entourage immédiat, je rencontre beaucoup de musulmans. Rien que dans mon escalier de quatre étages, il y a trois familles musulmanes dont une où les femmes sont entièrement voilées.

Des niveaux de dialogue entre les religions, celui qui m’est le plus accessible est le dialogue de vie auquel j’attache beaucoup d’importance ; il est vital pour vivre avec ses voisins. Tout d’abord, parler de dialogue de vie, c’est reconnaître que l’être humain ne peut vivre sans échanger la parole ou un signe à d’autres. Un bonjour donné auquel l’autre répond est un premier pas dans le dialogue surtout lorsqu’on est amené à se croiser régulièrement. Un jour l’on se risque à dire une parole de plus, à s’intéresser à l’autre, à ses enfants, à savoir ce qu’il pense de tel ou tel événement heureux ou malheureux dans la résidence ou le quartier. Avec le temps, on fidélise cet échange.

En tant que croyante, je peux vivre ce niveau de dialogue de vie en rendant grâce, en appelant la bénédiction sur l’autre, en intercédant pour lui et sa famille.

Le musulman a-t-il les mêmes dispositions pour moi ? Comment le savoir ? En me posant cette question, je cherche à comprendre la manière de prier des musulmans qui m’entourent. Lorsque pendant plusieurs semaines l’appel à la prière des musulmans via une chaîne TV a retenti à 3h50 du matin, puis s’est arrêté, j’ai cherché à savoir ce qui s’était passé.
Croisant une jeune femme de la famille concernée, elle me dit qu’elle s’était rendue compte que cela résonnait trop fort, et elle a baissé le son. Elle m’a confirmée que la famille se levait bien à 3h50 pour prier… Quelle coïncidence avec les moines !
A l’occasion de ramadan, je me permettrai de rendre visite à mes voisins en leur apportant la carte de la communauté chrétienne aux musulmans.

Dans un pays où la laïcité joue son rôle de protection de la liberté et de respect de toutes les religions, les personnes peuvent se référer à la loi pour éviter la suprématie d’une religion sur d’autres.
Ce qui n’est pas le cas dans plusieurs pays notamment dans mon pays d’origine : la République Centrafricaine. Ce pays à 80% catholique s’est brutalement trouvé envahi par des hommes qui utilisent la violence armée pour piller, violer, tuer, et détruire de manière systématique les registres et archives administratives. Ce qui surprend, ce sont ces agissements par des hommes qui se réclament de l’Islam !

Ce qui amène les membres de la Conférence des évêques de Centrafrique à poser la question « Que se cache-t-il derrière cette volonté de destruction et d’annihilation de la mémoire nationale ?  » Dans ce contexte, le dialogue de vie de proximité qui existait entre musulmans et chrétiens est remis en question. Le fait que les intérêts  et les lieux de culte des musulmans soient protégés alors que ceux des chrétiens sont systématiquement pillés, dévoile une intention de suprématie insupportable d’une catégorie de la population sur une autre. Cela ne peut que provoquer des conflits sociaux dont une population déjà pauvre pouvait se passer.
Il appartient aux responsables des différentes religions de se concerter pour trouver les compromis nécessaires à l’apaisement. Sur quels fondements vont-ils se baser pour dialoguer ? Dans un contexte de conflit, le dialogue interreligieux doit être encore plus officiel, allant jusqu’à des décisions qui engagent les responsables religieux.

Le dialogue est toujours fragile, mais il doit exister de manière permanente afin de faire face à d’éventuels assauts de déstabilisation ou d’opposition farouches entres différentes communautés religieuses en cas de conflits.
Une prise de conscience des chrétiens et des musulmans doit s’appuyer sur le fait qu’ils sont appelés à vivre ensemble, à partager le même espace vital, avec les mêmes droits et devoirs. En tant que croyants ils ont à se référer au même Dieu de paix et de miséricorde qui fait pleuvoir sur les bons comme sur les méchants.

Découvrir la pratique d'une foi différente

Jean-Pierre et Maryvonne Fourage, Coubron

Arrivés à Coubron en 1977, Jean-Pierre et Maryvonne Fourage se sont rapidement investis dans la vie paroissiale. Maryvonne pour la liturgie et le catéchisme, Jean-Pierre pour l’accueil, l’organisation des kermesses, ou encore le montage de la crèche… sans oublier les sites Internet des paroisses. La communauté catholique est liée avec la communauté orthodoxe qui a la jouissance partagée de l’église Saint-Christophe. Témoignage avec l’Equipe d’animation paroissiale (EAP)…

La communauté syriaque orthodoxe de Coubron a demandé à l'association diocésaine de pouvoir utiliser l'église Saint-Christophe de Coubron pour y célébrer les offices (Divine liturgie). Cette église est donc prêtée depuis une quinzaine d’années pour les offices qui sont célébrés tous les 15 jours et les jours de fêtes, sous la présidence de leur évêque.

Au fil du temps, les catholiques se sont rendus compte que leur église recevait des chrétiens d’un autre culte que le leur et s’en sont progressivement rapprochés pour le découvrir. Des liens se sont tissés avec les représentants de la communauté orthodoxe lors d’échanges individuels et des rencontres collectives. Des chrétiens des deux communautés assistent de temps en temps à l'une ou l'autre des célébrations pour y découvrir les différences de culte.

Nous avons également organisé des rencontres conviviales dans le but d'échanger sur des points particuliers de nos religions et sur nos façons de faire. La dernière rencontre a permis d'aborder les questions suivantes : « Pourquoi est-il difficile de transmettre la foi aujourd'hui ? »,  « Comment nous aider dans cette transmission ? » Ces échanges permettent de nous enrichir mutuellement et participent ainsi au dialogue œcuménique qui est une vraie nécessité.

Pouvons-nous dire que la participation commune à des actions est le premier pas au service de l'humanité ? Si tel est le cas, nous le vivons avec une forte participation de la communauté orthodoxe. Un exemple, le « repas du secours catholique » organisé une fois par an à Coubron. Cette présence orthodoxe auprès de notre communauté catholique nous a permis de découvrir la pratique d'une foi différente de la nôtre avec les mêmes fondamentaux. Il est écrit dans l'Evangile « Aimez-vous les uns les autres »… c’est ce que nous voulons vivre ensemble. Nous invitons toutes les communautés catholiques de Seine-Saint-Denis à se rapprocher des communautés orthodoxes, elles sont très accueillantes et chaleureuses !

Photos week-end œcuménique Coubron

Parole de nos frères orthodoxes

Père Mircea Filip, Romainville

Le père Mircea Filip, prêtre orthodoxe à Romainville, marié, 4 enfants est au service de la communauté chrétienne orthodoxe roumaine du Nord-est parisien. Il célèbre dans la chapelle Sainte-Solange de Romainville depuis 2008.

Dans notre mission, on s'est toujours basé sur le dialogue ; le dialogue est une nécessité, un dialogue fondé sur le commandement du Christ : « Aime ton prochain ».

Nous vivons un dialogue fraternel avec les chrétiens catholiques qui nous accueillent dans la chapelle Sainte-Solange. La base du dialogue sont les commandements du Christ desquels découlent toutes les valeurs chrétiennes, mais aussi une bonne connaissance de la langue et de la culture française. De ce point de vue, les roumains de notre communauté sont globalement bien intégrés dans la société : dans beaucoup de familles les parents travaillent et les enfants sont scolarisés depuis plusieurs années en France.

Moi-même, je suis en permanence au milieu de la communauté ; non pas seulement le dimanche à l'église mais également au travail et dans les activités organisées pour les familles et les enfants : pèlerinages, camps d'été, concerts philanthropiques, collectes pour les personnes qui se trouvent dans le besoin…

Richard Arnault, Coubron

Richard Arnault est président de l’association syriaque « Saint Severios » de Coubron. La plupart des fidèles de l'église syriaque orthodoxe en France vit en Seine-Saint-Denis ; cette communauté se retrouve pour célébrer à l'église Saint-Christophe de Coubron.

Le dialogue est une nécessité pour l'ensemble de la société, plus particulièrement dans les religions. De nos jours, la religion est utilisée par certains comme un instrument de pouvoir ou comme un moyen de créer des clans. La méconnaissance de son prochain contribue à accroître les pensées haineuses et fait grandir les extrémismes. Pour ma part, les éléments préalables d’un début de dialogue sont l'écoute et l'abandon de préjugés.

Voilà plus d’une dizaine d'année que le diocèse de Saint-Denis met à notre disposition l’église Saint-Christophe pour célébrer nos messes. Nous échangeons avec la communauté catholique mais ces échanges restent limités. Nous sommes partie d'un constat simple : nous sommes chrétiens, nous utilisons la même église mais nous ne dialoguons pas… Est-ce le message du Christ ?

C’est ainsi que nous avons commencé à échanger plus régulièrement et organisé des messes communes et des repas pour aller à la rencontre des uns et des autres. Aujourd’hui, nous essayons de poursuivre dans ce sens. Au-delà des schismes religieux, il est important comme chrétiens de nous soutenir les uns les autres. Nous vivons des heures difficiles avec nos frères persécutés dans le monde. Nous nous devons d'être fraternels les uns envers les autres, c'est la volonté de notre Seigneur. Aller à la rencontre de son prochain est l'essence même du christianisme, Dieu est amour !

Parole de nos frères juifs

Maurice Seroussi, Livry-Gargan / Pavillons-sous-Bois

Maurice Seroussi, président de la communauté juive de Livry-Gargan / Pavillons-sous-Bois, rencontre, témoigne et dialogue avec de jeunes chrétiens du diocèse : visites à la synagogue, voyages juifs-chrétiens à Auschwitz, cérémonie commémorative annuelle de la Shoah...

Le dialogue, dans notre vie quotidienne est essentiel. Il permet entre autres de désamorcer les conflits et la violence. Véritable rempart aux préjugés, au racisme, à l’intégrisme et à la xénophobie. Toutefois, il existe des conditions préalables : parler d’égal à égal, avec un langage vrai, sincère, éthique et fraternel.

Cela nécessite un travail de longue haleine en promouvant des actions concrètes et de terrain afin de favoriser les échanges et le dialogue pour que les valeurs de partage et d’amitié se concrétisent et se pérennisent. Nous recevons à titre d’exemple, les élèves des écoles privées pour monter ce qu’est une synagogue, parler du judaïsme et des religions monothéistes et répondre aux questions des élèves. La séance est conclue par une collation. Les responsables et les élèves semblent apprécier ces séances.

Vivre ensemble est avant toute chose bénéfique à l’Homme et a D. Comme un père qui se réjouit lorsque ses enfants vivent en harmonie. D. est heureux de voir ses enfants vivre ensemble et partager.

Parole de nos frères musulmans

Meskine Dhaou, Clichy-sous-Bois

Meskine Dhaou, d’origine tunisienne, est installé en France depuis une trentaine d’années. Imam de Clichy-sous-Bois durant 27 ans, il est aujourd’hui secrétaire général du Conseil des Imams de France et directeur fondateur à Aubervilliers du premier collège-lycée musulman privé de France.

Le dialogue est l’oxygène de la vie de toute société. Chaque fois qu’il y a de la souffrance dans une société, c’est à cause du dialogue qui n’a pas été entamé, ou qui n’a pas été respecté. Tous les problèmes de notre société, sans exception, ont besoin de dialogue des différentes composantes de la société pour trouver des solutions adéquates (chômage, racisme, etc.)

Dans tout dialogue familial, communautaire ou tout autre, on a besoin pour réussir ce dialogue de sincérité chez les deux ou plusieurs parties du dialogue. De respect mutuel malgré les différences ou les avis contradictoires. Une bonne méthode qui permet à chacun de bien écouter l’autre et de s’exprimer librement ; un problème qu’on n’arrive pas à résoudre en entier, on se satisfait de la partie résolue, et on ajourne le reste pour le dialogue prochain pour ne pas envenimer les relations.

Le département de la Seine-Saint-Denis est un département difficile par ses conditions sociales. Sa diversité n’est pas la cause de ses maux. Les médias n’ont pas su montrer le côté positif du dialogue interreligieux qui est le plus florissant de tous les départements. Il est très diversifié et ne rencontre aucune difficulté. Les actions communes dans les quartiers, les écoles, les hôpitaux, les églises, les mosquées, etc. n’ont cessé de s’accroître. C’est la preuve même de la réussite du dialogue entre les populations quelles que soient leurs origines ethniques, culturelles, religieuses ou sociales.

Les deux communautés musulmane et chrétienne se sont senties très proches l’une de l’autre ; elles se partagent un certain nombre de valeurs communes. Elles se sont comportées à maintes reprises comme une seule communauté, en maintenant une action commune sur le terrain, chaque fois qu’un malaise arrive dans nos quartiers. On s’est épargné le temps de voir est-ce qu’il touchait des musulmans ou des chrétiens : événements de Montfermeil, Clichy-sous-Bois et ailleurs…

On a dépassé les stades de rencontre, de dialogue, de l’entraide, au stade de l’amitié sincère et durable. Si elles sont très proches l’une de l’autre, nos deux communautés n’utilisent pas les mêmes expressions pour parler de la même chose. La communauté musulmane utilise d’autres termes pour dire que le vivre ensemble répond à la volonté divine et nous permet la satisfaction divine. Dieu est bonté, Dieu est paix, Dieu est le généreux. Pour se rapprocher de Dieu, il faut observer avec l’autre la bonté, la paix, la générosité.

Mouloud (K. B.), Le Bourget

Mouloud (Khemissi B.) est président co-fondateur de l’association cultuelle et culturelle des musulmans du Bourget ; il gère la mosquée El Irchad « La Guidance ».

Dans la croyance du musulman, la diversité des humains est un signe de l’existence de Dieu. Dans le coran, Dieu nous dit : « Et parmi Ses signes la création des cieux et de la terre et la variété de vos idiomes et de vos couleurs. Il y a en cela des preuves pour les savants » Sourate Les Romains, verset 22. La diversité est une miséricorde de la part de Dieu, "cadeau" pour les êtres humains. Les chrétiens et les musulmans forment à eux-seuls la moitié des habitants de la terre, il semble donc inconcevable que cette masse de gens restent assis dos-à-dos afin de lever les barrières inconsciemment installées et affronter les défis majeurs de crise d’identité et des valeurs.

Nous considérons que l’ouverture, la sincérité, et l’acceptation des différences de l’autre en toute humilité font partie des bases simples mais primordiales pour un dialogue et une communication saine et constructive. Le dialogue en lui-même ne doit être limité à quelques sujets mais doit déborder autour des convictions de chacun, de la vie sociale, du voisinage, du partage, de l’expérience de chacun afin que cela soit profitable à tous. Faire de nos convergences le moteur de notre dialogue est la clé de la réussite de ce noble projet.

Nous partons du principe que nos rencontres sont elles-mêmes un dialogue qui nous permet de nous connaître, de connaître nos préoccupations individuelles et communes, de renforcer nos liens qui sont une étape préalable à l’action. Ensuite, nous devrons nous atteler à rechercher les besoins des nôtres - les êtres vivants en général - et chercher à y répondre de la meilleure des manières en fonction de nos moyens à disposition. Enfin, chercher les axes communs d’action et s’engager sincèrement avec comme seul objectif être au service de l’autre, être au service de Dieu. Exemple, visiter des malades, organisation de fête commune, mettre une place « une journée des communautés » au Bourget, visite des prisonniers, soutenir les nécessiteux sur Le Bourget, aide aux personnes âgées, aider les enfants pour leurs devoirs, etc.

Dieu nous dit dans le Coran : « Ô hommes ! Nous vous avons créé d’un mâle et d’une femelle, et Nous avons fait de vous des nations et des tributs, pour que vous vous entre-connaissiez. Le plus noble d’entre vous, auprès d’Allah, est le plus pieux. Allah est certes Omniscient et Grand-Connaisseur. » Dieu informe les humains que l’entre-connaissance permet aux peuples de connaître leurs traditions et leurs cultures réciproques, se rendre service mutuellement et se transmettre le savoir et ne pas se l’accaparer. L’astronomie nous indique qu’il existe plus d’étoiles dans l’univers que d’êtres humains. Il apparaît donc clair que si Dieu avait voulu faire de nous des êtres isolés, Il nous aurait certainement attribué une étoile chacun où nous vivrions seul. Ceux qui réfléchissent sur ce qui nous entoure sont réceptifs au message de Dieu et le comprennent. Le prophète de l’islam Muhammad, que la paix soit sur lui, dit : « le meilleur des Hommes est le plus utile aux Hommes ». Nous aspirons à être utiles, chacun de nous doit contribuer selon ses capacités au bien être des autres. Nous ne sommes pas responsables des résultats mais nous sommes responsables des efforts à entreprendre pour atteindre ce niveau de bien être. Chercher la perfection doit être ce vers quoi chacun doit tendre et occupe une place d’honneur dans la réussite du "vivre-ensemble".

Akila E., Drancy

Akila E. est née en France et a toujours vécu en Seine-Saint-Denis. Mariée, mère de famille, assistante de direction. Elle est très engagée pour défendre la famille et sur les sujets éthiques.

Le dialogue est à mon sens une absolue nécessité dans notre monde d’aujourd’hui traversé par des crises non seulement économiques mais aussi humaines. L’humain ne semble plus aujourd’hui être au centre des préoccupations de notre monde au profit de logiques commerciales et financières qui n’ont fait qu’exacerber la violence, le rejet de l’autre, la peur de celui qui ne nous ressemble pas et celui que nous refusons de connaître, celui qui devient le bouc émissaire responsable de tous les maux. La logique libérale a plongé les gens dans une recherche permanente d’autosatisfaction, dans une logique du "moi avant tout" ignorant tout ce qui est autour, ignorant les autres. Nous nous retrouvons donc avec des groupes d’individus vivant les uns à côté des autres, sans se voir donc sans se connaître.

La société française a changé, je suis née en France, et j’ai pu observer les changements qui ont touché notre société par l’installation d’un communautarisme malheureusement aujourd’hui installé. Ce communautarisme a généré des tensions de la haine et a favorisé le rejet. La stigmatisation de part et d’autre. Ce phénomène a coupé la France en une multitude d’espaces au sein desquels vivent des communautés qui n’ont que peu de lien avec le pays, des communautés méconnaissant l’histoire, la culture du pays et donc se retrouvant en marge de la société sans possibilité ou sans volonté de s’intégrer.

C’est pourquoi il est nécessaire de rétablir non seulement un dialogue mais surtout mettre en place un grand projet commun auquel participeraient tous les citoyens volontaires qui peuvent se retrouver sur un ensemble de valeurs communes, les valeurs universelles étroitement liées à nos religions, il est vrai. La famille en est une mais il y en a beaucoup d’autres car au fond nos aspirations, nos visions de la vie sont les mêmes, c’est une évidence. Ce projet c’est le vivre ensemble, avec un objectif commun mener notre chemin sur cette terre dans la paix, construire notre avenir celui de nos enfants pour le bien de tous.

Sur le plan religieux, ce dialogue est primordial. Il est  marqué par la recrudescence de la violence d’un message de haine perpétrée par des individus ayant une lecture subjective de la religion - terrorisme, racisme, stigmatisation - qui n’est autre qu’une volonté de manipuler quelques individus pour servir des intérêts personnels (vision extrémiste de la religion). Nous devons nous unir pour combattre cette vision erronée du message de Dieu pour véhiculer le véritable message, celui de l’amour et de l’acceptation de l’autre dans ses différences.

Comme croyants, nous louons un Dieu d’amour et d’acceptation, de partage, de solidarité. Un Dieu unique que chacun nomme et loue à sa façon.Lorsque nous prions, nous avons des gestes différents mais le message est le même ; nous cherchons auprès de lui un réconfort, une voie qui nous guide sur cette terre pour y propager le bien et en écarter le mal. Voilà notre mission, elle est la même que nous soyons juifs, chrétiens ou musulmans.

Les conditions du dialogue passent par la mise en place d’actions communes, par exemple des célébrations religieuses ; nous pourrions fêter ensemble nos fêtes : Noël, Pâques, l’Aïd, le jeûne, carême, etc.) Les moments importants de nos vies de croyants.

Organiser des événements festifs, des rencontres sur des thèmes de la vie courante : la famille, l’éducation, la vie, la mort, etc. Créer des sorties communes, renforcer le lien avec les scouts musulmans par exemple pour faire du scoutisme ensemble.

Les personnes issues des communautés étrangères installées en France doivent comprendre qu’il est nécessaire de connaître la culture propre au pays, son histoire, son identité. Cette identité liée à un héritage judéo-chrétien est la base de son histoire. Chaque pays a une histoire qui lui est propre et l’histoire de la France s’est construit sur cet héritage.

Le dialogue doit permettre la rencontre. Celle-ci permettra la concrétisation d’actions au service de l’humanité. Pour passer à la concrétisation d’actions, il faut repérer des personnes musulmanes prêtes à œuvrer au sein d’associations catholiques pour que ces personnes soient de véritables passerelles avec la communauté musulmane. Vice-versa… trouver des chrétiens prêts à œuvrer au sein d’associations musulmanes. Nous avons des sujets de société sur lesquels nous devons méditer ensemble et sur lesquels nous devons affirmer nos visions. Mon engagement au sein de la Manif pour tous me conforte dans la nécessité de s’unir pour défendre nos valeurs face à une transformation de la société qui est en complète opposition à nos aspirations, à ce que nous souhaitons pour notre monde, pour nos enfants mais aussi notre pays. Aujourd’hui, c’est une occasion inespérée de s’unir face aux transformations de notre société et de notre monde.

Ma rencontre avec des catholiques s’est effectuée dès mon enfance, nous vivions à l’époque à Saint-Denis avec des familles européennes chrétiennes, et je me souviens notamment au moment de Noël que nous étions très attirés par la célébration de cette fête par nos voisins : la messe de minuit, le repas en famille… Cela ne posait aucun problème nous vivions dans le respect de la religion de chacun. Rencontre aussi au sein du travail… J’ai eu de longues discussions sur des sujets divers avec des catholiques pratiquants. Ma chef faisait carême ; cela nous amenait à discuter du jeûne et d’autres sujets liés à la religion et de mettre en parallèle nos visions communes de la vie. Je me sens proche des catholiques car nous ressentons les mêmes choses ; nous nous comprenons, nous pouvons parler sans tabou de Dieu.

Le visage de Dieu, c’est la tolérance, accepter l’autre tel qu’il est dans toutes ses différences. C’est construire sa famille selon des règles bien définies, c’est prendre en charge ses parents lorsque l’âge ne leur permet plus de mener leur vie seule. C’est partager, donner à ceux qui sont démunis, c’est s’arrêter lorsque l’on voit une personne en détresse, lui parler, lui apporter du réconfort. C’est au fond se parler, s’écouter, s’entendre, se voir, se toucher tout simplement, s’aimer. Notre passage sur terre est éphémère et nous serons tous jugés par le bien que l’on aura pu propager sur cette terre. C’est ce que nous construirons demain. Si Dieu veut (Inch Allah).

Repères

Services diocésains
• Relations œcuméniques : Sr Anne-Marie Petitjean - Courriel
• Relations avec le judaïsme : Danielle Guerrier - Courriel
• Relations avec l’islam : P. Jean Courtaudière - Courriel
6, avenue Pasteur, BP94, 93141 Bondy cedex.

A lire…
• Œcuménisme : Décret Unitatis redintegratio (1964)
• Dialogue avec les autres religions : Déclaration Nostra Ætate (1965)
• Texte diocésain Chemins d’avenir pour notre Église (§2).

Petite bibliographie
• L’Église catholique et les autres religions, de M. Fédou, éd. Médiaspaul, 2012
• L’Église catholique et le peuple juif, de Jean Dujardin, éd. Calmann-Lévy, 2003
• Chrétiens et musulmans, frères devant Dieu, de C. Van Nispen, éd. de l’Atelier, 2009
• Le dialogue change-t-il la foi ?, de Jean-Marie Ploux, éd. de l’Atelier, 2004
• Grâce à l’autre, de Geneviève Comeau, éd. de l’Atelier, 2004
• Le judaïsme tout simplement, de Dominique de La Maisonneuve, éd de l’Atelier, 2007
• Pour expliquer le judaïsme à mes amis, du Rabbin Philippe Haddad, éd. InterPress,  2000
• Le Coran : bilingue arabe/français, dans toutes les mosquées du département
• L’Islam - petit guide pour comprendre la religion musulmane, de Roger Michel, éd. Peuple Libre, 2008

Sites Internet
Oecuménisme

L’œcuménisme, les services de l’Église catholique et ceux du Conseil d’Églises chrétiennes en France
Charte œcuménique européenne
Comment progresser dans le dialogue œcuménique, P. Yves-Marie Blanchard, diocèse de Poitiers, membre du Groupe des Dombes
Le site de la revue œcuménique Unité des chrétiens
Le site du centre lyonnais chargé de la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens
Les pages du Conseil Pontifical pour le Promotion de l’Unité des Chrétiens

Judaïsme
www.ajcf.fr (Amitié judéo-chrétienne de France)
www.sidic-paris.org (site du Sidic-Paris, Sœurs de Sion)
www.akadem.org (site numérique juif, conférences en vidéo)
www.mahj.org (site du Musée d’Art et d’Histoire du judaïsme)

Islam
www.relations-catholiques-musulmans.cef.fr