Lundi dernier, dans le cadre d’une discussion sur les abus dans l’enseignement, en particulier catholique, les députés de l’Assemblée nationale ont discuté d’une théorique « levée » du secret de confession. La mesure n’est pas passé pour l’instant. Si nous souhaitons évidemment toutes les mesures possibles pour éradiquer l’abominable fléau des abus, et si nous comprenons la méfiance actuelle vis-à-vis du secret, nous devons souligner plusieurs choses.
Premièrement, les abus n’ont pas eu pour source ou pour moyen le secret de confession. Le regrettable silence fautif était celui de responsables religieux ou civils, couvrant des faits graves qu’ils avaient appris par des plaintes ou des rumeurs, et non par le sacrement de confession.
Ensuite, c’est un secret sacramentel. Les croyants affirment que le pénitent ne se confie pas ses à l’individu prêtre, mais bien à Dieu. Si un prêtre peut divulguer, ce n’est plus à Dieu que l’on s’est adressé, ce n’est donc plus le sacrement de confession. D’ailleurs, le prêtre qui rompt le secret est excommunié, immédiatement, par le fait même de l’acte. Je comprends que des non-chrétiens ou des parlementaires ne soient pas à l’aise avec un argument religieux, mais le prêtre et le pénitent sont des croyants libres qui doivent être respectés dans leur foi.
Ensuite, le secret est paradoxalement au service de la vérité. La victime ou le coupable sont souvent enfermés dans la honte ou la culpabilité, il est évidement difficile de parler. Pouvoir s’exprimer avec l’assurance de la non-divulgation, permet de poser des mots une première fois, d’avoir un dialogue, un conseil et un encouragement à faire la vérité en-dehors du sacrement. La victime qui a commencé à parler va pouvoir le faire de nouveau. Le coupable, lui, est venu parce qu’il hésite, consciemment ou non, à se dénoncer et à faire la lumière, mais il a besoin d’étapes. La dignité humaine des victimes comme des coupables nécessite de respecter l’intimité et la progression dans la sortie du traumatisme.
Enfin, il y a très peu ou jamais de coupables d’abus graves qui se confessent. En revanche, il y a davantage de victimes qui se confient dans le sacrement comme première étape. Renoncer au secret de la confession n’est pas protéger les coupables, mais se priver d’un lieu fondamental de vérité pour tant de victimes qui peinent à désigner le mal qui les frappe, qui ont besoin de compassion et d’encouragements.
La beauté du sacerdoce catholique est d’offrir un trésor qui ne nous appartient pas. Nul prêtre n’est propriétaire de son sacerdoce, aucun prêtre n’en a établi les règles. L’Assemblé nationale peut bien monter sur ses grands chevaux, les chrétiens demanderont toujours la grâce du sacrement de confession, et les prêtres continueront de faire humblement ce pour quoi ils ont été ordonnés.