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Un Dieu qui s'engage avec l'humanité !

Quelques semaines après son ordination diaconale en vue du sacerdoce, samedi 24 octobre, David Krupa nous partage ce qu'il a vécu et la manière dont il conçoit son engagement au service de l'Eglise. Son témoignage d'une vie donnée nous donne un éclairage sur le mystère de l'Incarnation à l'aune du temps préparatoire de l'Avent, dans l'attente du Don de Dieu qui s'est fait homme.

 

Comment avez-vous vécu l’ordination diaconale ? Dans quel état d’esprit étiez-vous et qu’avez-vous ressenti ?

Je pourrais résumer cette célébration en un mot : joie. L’ordination a été un moment très fort, en émotion bien sûr, mais surtout spirituellement. Alors que j’étais stressé la semaine précédant mon ordination, j’étais étonnement en paix le jour J, une paix qui ne venait pas de moi mais de Lui. Je me suis senti véritablement porté non seulement par Dieu mais aussi par l’Eglise, ce peuple de Dieu présent pour m’accompagner dans ce moment si important.

 

Qu’en retenez-vous ? Qu’est-ce qui vous a le plus marqué ?

Beaucoup d’éléments m’ont marqué mais j’en retiendrai deux. Le premier, c’est le chant. Saint Augustin disait que chanter c’est prier deux fois. Je peux vous dire que la célébration était très priante. Je vais vous faire une confidence : il y a certains moments où je n’ai pas pu chanter à cause de l’émotion. Alors, je me laissais porter par le chant de l’assemblée, par toutes ces prières. La beauté des chants, la ferveur de l’assemblée et la joie qui rayonnait. Tout cela m’a énormément soutenu.

La seconde chose qui m’a véritablement marqué, c’est de voir toute la mobilisation du peuple de Dieu pour cet évènement. Je me suis rendu compte que ce n’était pas seulement un motif de joie pour moi mais pour tout le diocèse et l’ensemble de l’Eglise. Cela me nourrit aussi spirituellement : j’ai reçu de Dieu et de l’Église de Saint-Denis un don qui me dépasse infiniment. Je ne peux être que dans l’action de grâce.

 

Que signifient pour vous cette étape et cette période de diaconat avant l’ordination sacerdotale ? Comment souhaitez-vous les vivre ?

Avant tout, le diaconat n’est pas une période transitoire. Dieu ne retire jamais le don qu’il a fait : je serai diacre toute ma vie. Et même, une fois que je serai ordonné prêtre, je demeurerai diacre, serviteur à l’image du Serviteur. C’est là que réside le génie du sacrement de l’ordre. Nous ne pouvons devenir prêtre ou évêque sans être d’abord et avant tout diacre, serviteur du peuple de Dieu.

Ainsi, je souhaite vraiment m’enraciner dans la spiritualité du Serviteur. La liturgie de l’ordination diaconale est en cela très éclairante. Immédiatement après l’imposition des mains, la prière d’ordination et après avoir reçu les vêtements diaconaux, le diacre reçoit l’Evangile des mains de l’évêque. Comment vivre mon diaconat ? En vivant et en transmettant ce que j’ai moi-même reçu : la Bonne Nouvelle. Je souhaite servir l’Eglise en proclamant l’Evangile, en servant la Parole à travers l’homélie, en soutenant le peuple de Dieu par la Prière des Heures et par la célébration des sacrements (baptême et mariage). Mais j’ai aussi ce désir de servir tout homme éloigné de l’Eglise, ce que le pape François appelle les « périphéries » dont je suis moi-même issu. En témoignant de l’Evangile à travers toute mon existence, je souhaite vivre l’amour du prochain qui va jusqu’à s’abaisser pour rejoindre le plus pauvre : pauvre financièrement, pauvre affectivement, pauvre spirituellement et je pense principalement aux jeunes, si nombreux sur notre diocèse. Si j’avais un programme, je le résumerais ainsi : annoncer à tout homme qu’il est infiniment aimé de Dieu et que le Christ vient le sauver dans toutes les dimensions de son humanité.

 

En quoi le sacerdoce est-il pour vous la voie du bonheur et source de joie ?

La source de joie pour tout homme est de faire la volonté de Dieu par amour pour Lui. Ce bonheur, que Dieu veut pour nous, porte un autre nom : la sainteté. Je ne suis pas heureux parce que je fais ce qui me chante, mais je trouve ma joie en répondant à l’appel de Dieu qui est le Premier à vouloir mon bonheur.

Sainte Thérèse de Lisieux disait : « Aimer c’est tout donner et se donner soi-même ». Chaque chrétien est appelé à aimer en se donnant. Le Seigneur m’a fait comprendre que mon bonheur se trouvait dans le sacerdoce. Cela peut sembler étonnant, surtout dans le monde actuel. J’y pensais au moment de mon ordination : pourquoi cet homme, qui vient de s’engager à vie au célibat, à l’obéissance à l’évêque, à une vie de prière, pourquoi est-il si heureux ? Cela ne correspond absolument pas aux critères du bonheur selon notre société. Tout simplement parce que cette joie ne vient pas de moi, ni du monde mais de Dieu seul.

A l’approche du temps de l’Avent et de Noël, comment votre engagement est-il porté par le Mystère de l’incarnation du Christ ?

Excellente question ! Le mystère de l’Incarnation nous révèle un Dieu qui refuse de rester sur son nuage pour parler de loin aux hommes mais, au contraire, un Seigneur qui vient nous rejoindre dans la fragilité d’un nourrisson et dans chacune de nos fragilités. Nous croyons en un Dieu qui se mouille, qui s’engage avec l’humanité ! Dieu a voulu se révéler en son Fils Jésus-Christ et encore aujourd’hui, il veut rejoindre l’Humanité par le biais de son Eglise. Si le Fils éternel n’a pas hésité à se retrousser les manches et à devenir homme pour nous sauver, alors je dois me mettre au service de cette médiation, de cet Amour en parlant et en agissant au nom du Christ.

Bref, mon engagement est porté et réalisé par Celui qui s’engage en premier envers moi : le Christ. C’est précisément parce qu’il s’est engagé avec l’humanité par l’Incarnation que je peux à mon tour m’engager envers Lui et son Corps qu’est l’Eglise.

 

Quel prêtre souhaitez-vous être pour le peuple que le Seigneur vous confiera ?

Un prêtre heureux ! Sinon, comment voulez-vous que je sois crédible si j’annonce une Bonne Nouvelle avec une tête d’enterrement ? Je souhaite véritablement être un prêtre, heureux d’être prêtre. La joie est contagieuse et j’aimerais créer une épidémie.

Un jour, j’avais demandé à des amis très éloignés de la foi quelle qualité ils souhaiteraient trouver chez un prêtre. La réponse était unanime : l’écoute. Je désire être un prêtre prêt à sacrifier du temps, ô combien précieux, pour entendre la joie, les difficultés, les actions de grâce mais aussi les souffrances du peuple qui me sera confié. Je ne m’imagine pas être un bon pasteur sans passer du temps avec le troupeau, quitte à sentir la brebis comme disait le pape François.

 

La peur de l’engagement est certainement l’un des grands freins à la réalisation des vocations sacerdotales aujourd’hui. Vous avez franchi ce pas. Quel message souhaitez-vous transmettre aux jeunes qui ont peur de s’engager à la suite du Christ ?

C’est tout à fait normal d’avoir peur. Devenir prêtre, comme devenir époux et père de famille, tout cela est très impressionnant. Je pense qu’il faut aider les jeunes à retrouver quelque chose de fondamental : la confiance. La confiance en Dieu, mais aussi en soi. Le mystère de la vocation réside dans le fait que Dieu a cette folie de faire confiance à des êtres fragiles tels que nous pour bâtir son Royaume.

Beaucoup de jeunes disent : « Moi, le célibat, je pourrais pas ! » ou bien : « Prier tout le temps, faire la messe, je pourrais pas ». Et ils ont raison ! Le sacerdoce n’est pas uniquement un engagement envers Dieu avec ce que cela implique de devoirs et de responsabilités. Le sacerdoce est avant tout un don de Dieu. Le Seigneur me donne d’être prêtre, d’agir au nom du Christ et de vivre de l’Evangile. Si le Créateur de l’univers dans sa Sagesse infinie a décidé de me faire confiance en m’appelant, alors debout ! Confions toutes nos peurs à sa miséricorde et marchons à sa suite.

Propos recueillis par Anne-Marie Tossou