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La miséricorde en actes ! (N°26 / Décembre - Janvier 2016)

Pour comprendre la miséricorde, il suffit de regarder le Christ ! Il a annoncé la bonne nouvelle aux pauvres, il a accueilli les pécheurs et mangé avec eux, il a eu compassion des malades et des foules, il a pardonné à ses ennemis, et surtout il a donné sa vie pour que nous ayons la vie.


Donnez, et l’on vous donnera (…) une mesure bien pleine, (…) débordante (Luc 6, 37-38)

 

 

Jésus, visage de la miséricorde

Alliance éternelle

Patience et pardon

Heureux les miséricordieux

Donner une autre chance

Un élan de pur amour

Vivre la joie de la miséricorde

Le Jubilé de la miséricorde

Témoins de la miséricorde

Une belle preuve d'amour et de générosité

Un remède contre le désespoir

 

Repères

 

Jésus, visage de la miséricorde

Père Alain Thomasset, jésuite, enseignant au Centre Sèvres, Saint-Denis

Le mot « miséricorde » signifie « avoir la misère au cœur », se laisser toucher par le malheur des autres et agir en conséquence. Ce n’est donc pas le signe d’une faiblesse affective mais un bouleversement intérieur qui nous saisit, une force pleine de tendresse qui pousse à l’action. Il ne s’agit pas non plus d’une pitié qui regarde le malheureux d’en haut, mais ce qui nous invite à partager sa douleur pour lutter avec lui. Dans les évangiles le terme « compassion » (pâtir avec) dit bien cette attitude : « Jésus en débarquant vit une foule nombreuse et il eut compassion d’eux (littéralement : il fut saisi aux entrailles), parce qu’ils étaient comme des brebis qui n’ont pas de berger et il se mit à les enseigner longuement » (Marc 6, 34). Ailleurs, nous voyons Jésus « ému de compassion » devant le lépreux qui le supplie. « Il étendit la main, le toucha et lui dit : "Je le veux, sois purifié" » (Marc 1, 41). Le lépreux était un paria exclu de la communauté, le Christ le touche, le guérit et le réintègre au sein du peuple. Les paroles et les gestes de Jésus manifestent cette miséricorde de Dieu pour son peuple déjà bien présente dans l’Ancien Testament : « J’ai vu la misère de mon peuple, j’ai entendu son cri devant ses oppresseurs… » (Exode 3, 7). Dans l’histoire biblique, le Dieu « de tendresse et de pitié » chanté par les psaumes, ne cesse de venir à la rencontre des hommes pour le libérer, lui pardonner, renouer l’alliance avec ceux qui l’ont trahi… Pour Catherine de Sienne, la miséricorde est même « la marque distinctive » de Dieu.

Soyez miséricordieux comme votre Père

À notre tour, nous sommes invités à vivre cette miséricorde reçue de Dieu : « Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés ». Le pardon reçu de Dieu et célébré nous rend capable de pardonner, et en même temps, faire preuve de miséricorde nous rapproche de Dieu. Le bon samaritain de la parabole (Luc 10, 30-37) c’est d’abord le Christ qui a « exercé la miséricorde à l’égard de l’homme blessé », mais Jésus déclare aussi : « Va et fais de même ». Ainsi la tradition catholique a désigné les « œuvres de miséricorde », comme autant d’expressions de cet amour qui soulage les souffrances. D’abord les « œuvres corporelles » : nourrir les affamés, donner à boire à l'assoiffé, vêtir ceux qui sont nus, abriter les sans-abri, visiter les malades, racheter les captifs, enterrer les morts (cf. Matthieu 25, 34-40). De même les  « œuvres spirituelles » : instruire les ignorants, conseiller ceux qui doutent, exhorter les pécheurs, supporter patiemment les torts, pardonner les offenses, consoler les affligés et prier pour les vivants et les morts.

Témoins de la miséricorde

Mère Teresa et l’abbé Pierre sont assurément des témoins de la miséricorde, mais il faudrait aussi nommer cette mère qui soutient son enfant malade, ce bénévole qui visite les prisonniers, cette jeune qui lutte pour le droit des réfugiés… Le regard fixé sur le Christ, visage du Père miséricordieux, cette année jubilaire nous invite à la conversion et « à pénétrer davantage le cœur de l’Évangile où les pauvres sont les destinataires privilégiés de la miséricorde divine » (pape François).

 

Alliance éternelle

Danielle Guerrier, déléguée diocésaine pour les relations avec le judaïsme

Dans  l’Ancien Testament,  le mot « miséricorde » traduit souvent  le mot hébreu « rahamim », pluriel du mot « rehem » qui désigne le sein maternel, la matrice de la femme. Cela pour  signifier que le lien qui unit Dieu à son peuple est celui d’une mère avec son enfant : un lien de vie indéfectible, un lien de tendresse, un attachement « viscéral » qui ne s’efface jamais quoi qu’il arrive ! Au mot miséricorde est associé le mot « pardon », imploré d’abord auprès de ses frères, puis ensuite de Dieu, enraciné dans la grande supplique de Moïse (Exode 34,6) après la faute du veau d’or et dans laquelle on fait mémoire des treize attributs de la miséricorde de Dieu. Enfin, miséricorde et pardon trouvent  leur résonance conjuguée dans l’acte de « techouva»  (retour), au cœur de la vie  du peuple pour réaliser sa vocation. Retour vers son frère, retour vers Dieu, retour vers la Parole, vers la communauté, vers soi-même. La « techouva » est un mouvement dynamique qui lance vers l’avenir en faisant revenir.

Dans le Nouveau Testament, Jésus, le Christ est le visage accompli de la miséricorde du Père.  Ses paroles et ses gestes, plus spécialement ceux de guérison  ou de relèvement nous donnent à voir et à reconnaître les œuvres de la miséricorde de Dieu toujours agissantes.

Quand les évangélistes signifient l’émotion de Jésus, une émotion d’abord toute humaine comme celle manifestée à l’annonce de la mort de son ami Lazare, ce sont les entrailles (rahamim) mêmes de Dieu qui frémissent en lui, le Fils, pour donner la vie que Dieu veut pour chacun de nous depuis la création du monde.

 

Patience et pardon

Père Jean Saillant, accompagnateur en pastorale de la santé

Depuis que je fréquente un hôpital et des maisons de retraite, je découvre que se réconcilier prend parfois beaucoup de temps et d’énergie.
C’est parfois toute une vie qui défile à nouveau lorsque la maladie s’aggrave et que le terme de notre vie terrestre semble se rapprocher rapidement ou dangereusement. Les aumôniers parviennent, avec patience, à écouter quelqu’un se raconter dans des évènements vécus, dont certains ont provoqué des culpabilités et des ruptures avec les proches.
Une femme de l’équipe de l’aumônerie de l’hôpital a accueilli la souffrance de Robert : ce qu’il avait vécu lui avait mis toute sa famille à dos. La haine l’habitait. Il participait à l’Eucharistie sans communier et s’estimait en rupture avec Dieu. Ce que l’on peut appeler une véritable catéchèse, lors des visites du jeudi après-midi,  lui a permis de s’apaiser, de réaliser que Dieu lui tendait les bras et qu’il pourrait faire de même avec sa famille. Cette réconciliation n’a pas eu lieu, sa famille n’ayant pas eu l’occasion d’emprunter le même chemin. Mais, peu avant de décéder, il avait récupéré sa voix et confessé Dieu miséricordieux : il avait retrouvé la paix.
J’aime l’image du Père et des deux fils dans l’évangile de Luc : Dieu mendie le retour de celui qui a déserté, s’est détourné.
Quand chacun campe sur ses positions, incapable du premier pas, comment faire découvrir que Dieu n’a pas ce comportement envers nous, qu’avant de s’intéresser à nos manquements, il trouve en nous quelque chose qui lui ressemble car il nous a donné la vie ?
En référence avec le Nouveau Testament, nous comprenons que cette démarche s’inscrit dans le temps de nos vies. Nous croyons en la patience de Dieu, attribut de sa miséricorde. Heureusement, il a l’éternité pour nous donner son pardon et attendre notre retour !

 

Heureux les miséricordieux

Audrey Tally, équipe diocésaine de préparation aux JMJ, Aubervilliers

En cette Année de la miséricorde et selon l’expérience que j'en ai faite, je peux dire que la miséricorde divine représente l'amour inquantifiable, incommensurable que le Seigneur a pour chacun d'entre nous. C'est un amour que je ne peux saisir mais que je peux sentir au plus profond de moi, je le ressens car cet amour me procure la paix, la joie et le réconfort d'être aimé inconditionnellement.  Cet amour qui pardonne tout, qui surpasse tout, quel que soit l'état de notre cœur, quels que soient nos actes, nos peurs, quel que soit notre « être ». Au dedans de moi, je comprends que le Seigneur me regarde avec compassion, avec tendresse et qu'il m'aime telle que je suis, avec mes fêlures et malgré mes péchés. Le Seigneur connaît nos cœurs et leurs faiblesses, il voit en nous-mêmes ce que nous ne sommes pas capable de voir.

La miséricorde de Dieu façonne ma manière de vivre, car elle me permet de discerner ce que le Seigneur attend de moi. Le fait de prendre conscience de cela me permet de m'abandonner à Lui en toute confiance, je sais où je vais et j'y vais sans crainte car je sais que le Seigneur sera toujours avec moi quel que soit le chemin emprunté. En effet, je constate que sa Miséricorde me bouscule, elle déplace des choses au dedans de moi pour me ramener à Lui, toujours, et me rapprocher un peu plus de Lui et de son Amour infini.  C'est pourquoi  j'essaie de me laisser façonner par la Miséricorde de Dieu, ce n'est pas toujours facile. En me laissant façonner j'ose poser cet acte de foi qui me permet de faire un chemin vers la réconciliation et c'est ce chemin vers la réconciliation qui me fait me sentir Aimée de Lui et je veux Lui rendre grâce chaque jour pour ça! Se laisser façonner, ce n'est pas rester là et attendre que ça se passe, mais  c'est pouvoir se lancer pour aller vers l'autre.

En route pour les JMJ

En 2016 auront lieu les Journées mondiales de la jeunesse à Cracovie, en Pologne, selon le thème « Heureux les miséricordieux car ils obtiendront miséricorde », Matthieu 5, 7. Lionel Pain est le responsable de la préparation aux JMJ, nous sommes une quinzaine à nous réunir une fois par moi à Bondy pour préparer ces JMJ, et ce que nous avons appelé les "Prépa JMJ". C'est l'équipe qui fait partie de la commission Liturgie-Pédagogie (le Père Benoit, Myriam Thomas et moi) et les membres de L'École de la Mission qui avons pour tâche d'organiser le contenu des rencontres "Prépa JMJ". Pour se faire, nous nous réunissons une fois tous les trois mois.  Nous proposons aux jeunes de se retrouver tous les mois, dans les différentes paroisses du diocèse. Nous souhaitons proposer un temps de préparation qui s'adresse, à la fois aux jeunes qui désirent partir, et à ceux qui n'en n'ont pas l'intention. Il y aura sept étapes qui aborderont les thèmes suivants : le pardon, la tendresse de Dieu, la compassion, l'amour de Dieu et les œuvres spirituelles et corporelles (cf. bulle d'indiction du pape François).

Les objectifs de ces rencontres sont d'une part, d'apprendre à nous connaître, nous jeunes du 93, pour créer du lien. C'est la raison pour laquelle nous avons organisé des temps festifs tels que le "chanté Nwèl" brunch ou le pèlerinage de Chartres. Aussi, nous souhaitons travailler sur la dynamique de groupe, afin que chacun puisse prendre conscience des temps forts que nous allons être appelés à vivre, en apprenant à nous respecter. Nous désirons également que chacun prenne le temps de définir ce qu'il souhaite vivre, expérimenter... aux JMJ.
D'autre part, à travers des images de sainteté ou des événements culturels, nous souhaitons faire découvrir la Pologne.

Enfin, nous espérons que ces rencontres permettront de répondre à des questionnements autour de la miséricorde divine. Nous tenterons d'y répondre au cours de catéchèses que des prêtres du diocèse viendront nous donner, à travers des témoignages, des temps de partage et pour ceux qui le souhaitent par des actions concrètes en se référant aux œuvres spirituelles et corporelles. Aussi, pour faire lien avec l’École de la mission (ndlr : proposition du Pôle jeunes pour les 18-30 ans), nous voulons organiser des temps de prière où nous pourrons faire une expérience de rencontre avec le Seigneur à travers un temps d'adoration.

Nous espérons actualiser la question autour de la miséricorde, afin que chacun des participants puissent en faire l'expérience au travers d'un parcours initiatique qui se veut progressif. Dans ces "Prépas JMJ" nous souhaitons mettre en avant la miséricorde comme un chemin de foi.

Nous nous sommes mis d'accord pour que ces temps de rencontres ne s’apparentent pas à des catéchèses sur le mode scolastique, où les jeunes viennent pour attendre passivement de recevoir un savoir. Au contraire, nous souhaitons qu'il y ait un échange et que chacun des jeunes puissent être acteurs de ces rencontres, pour qu'ils puissent être acteurs dans leurs paroisses, leurs cités, leur vie.

Nous espérons les interpeller en les préparant à la visite du camp d’Auschwitz, en organisant une visite du camp de Drancy, pour interroger en nous comment la miséricorde peut nous aider à regarder un tel mystère de la violence ? Se questionner également sur les silences de Dieu, par des témoignages de personnes qui ont expérimenté la présence de Dieu dans ces silences, pour surmonter tout ça.

Renouveler la rencontre avec Dieu

Aujourd'hui, je fais partie de l'équipe de préparation des JMJ car le père Benoît Aubert (ndlr : curé d’Aubervilliers) me l'a demandé. En 2016, je vais avoir 31 ans, c'est donc aussi un moyen de participer aux JMJ alors que j'ai dépassé la limite d'âge (rire). Plus sérieusement, je le vis comme un appel à témoigner, le Seigneur m'a fait grâce de participer aux JMJ de Cologne, Sydney et Rio. J'ai vécu chacun de ces JMJ différemment, j'ai grandi avec eux, voire en même temps qu'eux, humainement et spirituellement. Mais c'est toujours le même désir qui m'anime : me rapprocher de Dieu. C'est comme dans une relation de couple, pour ne pas s’ennuyer et entrer dans une routine, on a besoin de mettre « un peu de piquant». Les JMJ me permettent de renouveler cette rencontre avec Dieu, de vivre et de réveiller ma foi pour qu'elle s'élève un peu plus au lieu de s’affadir. Je souhaite que les jeunes  puissent vivre à leur manière cette expérience de rencontre.

Nous allons à la rencontre de personnes qui n'ont pas la même culture que nous, des populations qui nous accueillent, qui nous invitent à venir à leur rencontre. Je le perçois comme le Seigneur qui tend ses bras vers nous en signe d'accueil et qui nous invite à faire corps, à être unis en Lui. Ce sont nos différences qui nous rapprochent les uns des autres, in fine de Dieu.

A travers ces rencontres, je rencontre Dieu. Et c'est Lui qui nous appelle. Un jour, le père benoît Aubert nous a rappelé que lorsque nous venons à une réunion de prière ou à la messe... nous avons l'impression que c'est nous en premier qui avons fait ce choix de venir et de nous présenter, alors qu'en fait non, pas du tout, c'est le Seigneur qui nous y invite en premier.

Tout comme moi et comme tant d'autres jeunes qui ont vécu l'expérience des JMJ, je souhaite à ces jeunes de pouvoir répondre à cette invitation pour faire l'expérience de la présence Dieu.

 

Dieu ne demande rien d’impossible

Père Philippe Guiougou, vicaire épiscopal pour la pastorale des jeunes

En tant que vicaire épiscopal pour les jeunes, j’ai la grande joie de savoir que des jeunes se préparent activement pour partir aux JMJ de Cracovie en juillet prochain (du 17 juillet au 2 Août). Le thème choisi par le pape nous montre bien qu’il a de la suite dans les idées ! Car avec l’Église universelle, nous entrerons à partir du 8 décembre dans l’année de la miséricorde : « La miséricorde, c’est la loi fondamentale qui habite le cœur de chacun lorsqu’il jette un regard sincère sur le frère qu’il rencontre sur le chemin de la vie » (bulle d’indiction du Jubilé extraordinaire de la miséricorde). Partir au JMJ demande un temps de préparation, d’appropriation, un temps pour faire groupe, faire corps. Les préparations auront lieu sous forme de « prépa JMJ ». La première a eu lieu le 11 octobre, dimanche de la Fête de Saint-Denis, et le thème était justement « En peuple, marchons vers le Christ ». Le temps de catéchèse autour de ce thème invitait à prendre conscience que nous nous inscrivons en tant que pèlerin dans une histoire, celle de Dieu qui n’abandonne jamais son peuple mais aussi dans une histoire plus récente celle des premiers disciples, apôtres du Christ et, pour nos contemporains, dans l’histoire d’un diocèse qui fête ses 50 ans ! Cette « prépa 1 » JMJ fût une belle réussite avec 70 jeunes présents pour un dimanche matin et le visage d’une équipe diocésaine JMJ de notre diocèse très motivée!!

Agir pour un monde meilleur

Pour vivre la miséricorde, il ne faut évidemment pas uniquement être dans la réflexion mais aussi dans l’action, ces jeunes sont, pour une grande part, insérés dans leur paroisse ou dans un mouvement d’Église, voire même, en sont des membres actifs. La miséricorde s’adresse évidemment au monde ! L’enjeu sera donc de réfléchir, prier, agir pour un monde qui se laisse gagner par ce message de miséricorde de l’Évangile, par la bienveillance, l’entraide, l’amour et le pardon.

Que chacun s’approprie le message de l’Évangile, mais surtout que chacun se rende compte que Dieu ne demande rien à l’homme qui ne lui soit impossible à vivre. Le thème des JMJ (« Heureux les miséricordieux car ils obtiendront miséricorde » Matthieu 5, 7) peut donc être compris, vécu comme une invitation dynamique (« heureux »), mais surtout la miséricorde prendra sens avec ce que chaque jeune en fera dans sa vie personnelle, et donc en Église et dans la société.

 

Donner une autre chance

Hervé Baulme, directeur général de l’entreprise Ecodair, membre des Entrepreneurs et dirigeants chrétiens (groupe de La Plaine Saint-Denis)

La miséricorde, pour moi, c’est le pardon. En entreprise, c’est la confiance et savoir accepter les échecs, les erreurs et redonner sa chance à quelqu’un, ou l’aider. C’est oublier certains comportements, ou certains manques de succès pour continuer à trouver le vrai talent de la personne et le vrai rôle dans lequel elle va s’épanouir et apporter plus à l’entreprise.
J’ai surement fait des erreurs en début de carrière et on m’a beaucoup aidé. Est-ce que c’est de la miséricorde ? Je ne sais pas. Mais il y a surement eu des périodes où il a fallu me donner une autre chance pour être plus performant.

Justice et pardon

Il peut y avoir des attaques personnelles. Et là, on entre au cœur de la notion de miséricorde.
C’est dur ! Parce que c’est personnel. Je pense qu’en ce qui concerne les erreurs professionnelles, il ne s’agit pas vraiment de la miséricorde, c’est de l’apprentissage, de la formation. Ca fait partie du fait de l’entreprise de former et de rendre son personnel plus efficace et plus productif au travail. Mais quand il s’agit de méchanceté gratuite, complètement fausse, c’est peut-être plus difficile dans ce cadre d’être miséricordieux.
Même si on peut retravailler, reconstruire après, il faut marquer le coup, parce qu’il faut quand même qu’il y ait une discipline, vis-à-vis des autres, de tout le monde. Il faut qu’il y ait une justice et une organisation qui fonctionne. On ne peut pas laisser gangréner une structure qui apporte un travail épanouissant à des personnes et permet de leur donner un statut social, de tirer les personnes vers le haut. On ne peut pas laisser s’éparpiller cette organisation.
Je dois gérer actuellement un conflit au sein mon entreprise. On va voir ce qui se passe, comment avancer. Il y a deux solutions : soit je vire au prochain faux pas, soit je continue à essayer de faire confiance. C’est difficile : est-ce que c’est une revanche personnelle ou est-ce que c’est l’intérêt de la structure de s’assurer qu’il n’y ait pas de branche pourrie et qu’on continue à laisser les jeunes pousses se développer ?

Un équilibre de forces

Le travail est un milieu difficile, mais qui a ses règles et qui s’autorégule avec des hiérarchies, un salaire, des primes. C’est presque plus facile de donner un axe de conduite, un but, et de coordonner tous ensemble les actes des uns et des autres plutôt que dans une structure associative ou bénévole, où c’est plus difficile de canaliser les egos et de coordonner le travail.

C’est un lieu où on travaille en bonne intelligence avec des personnalités, des talents très différents, complémentaires qui ont tous besoin les uns des autres. C’est un travail d’équipe. Bien sûr, il ne faut pas généraliser, mais je pense que c’est plus difficile dans certains mondes associatifs où l’idéal laisse place à des querelles où il est difficile de trouver un compromis pour avancer.

Le respect de la personne et le développement des talents

Il y a 10 ans, je me suis dit : pourquoi ne pas faire ce virage pour donner un autre sens à ma carrière professionnelle pour aider justement le monde associatif à se professionnaliser, à embaucher et à pérenniser la structure en essayant de l’équilibrer d’un point de vue financier.  Cela pour permettre à des personnes handicapées et à des chômeurs de longue durée d’avoir un travail et de contribuer à aider plus pauvre qu’eux puisqu’ils remettent à neuf du matériel informatique qui va aider des chômeurs à trouver du boulot, des étrangers à avoir des contacts avec leur famille, des personnes qui sont moins à l’aise sur le plan financier, etc. Tout cela en respectant la planète, parce que démanteler un ordinateur est très polluant au bilan carbone. On ne résout pas ce problème, mais au moins, on prolonge sa vie de 4-5 ans. Ils ont un travail. Ils ont du talent. C’est une chaîne de solidarité des entreprises (qui nous donnent le matériel informatique) avec le monde du handicap qui a du mal à vivre dans notre société et le monde qui est touché par la fracture numérique, tout en aidant la planète, notre maison commune, à mieux se porter en étant moins polluée.

Ainsi, l’entreprise Ecodair prône le respect de la personne et le développement de ses talents pour lui permettre d’avoir un travail qui contribue à apaiser ses souffrances et l’aide à accomplir sa mission, à trouver sa voie sur terre. Nous avons signé une charte éthique dans laquelle nous développons ces thèmes et faisons référence aux valeurs chrétiennes du fondateur.

 

Un élan de pur amour

Sœur Anne-Marie Rouot, Foi & Lumière, communauté « Le Petit chemin » de Gagny

Dans la miséricorde de Dieu, je vois Dieu qui tend la main à tous, surtout aux plus vulnérables – et ce mot recouvre les malheureux de tous ordres : les pauvres, les plus démunis, et la liste est longue ! En parcourant l'Évangile, on trouve la miséricorde de Dieu qui guérit les aveugles, les paralysés, les malades, les sourds-muets, la femme voûtée, l'hydropique… toute la misère du monde ! A plusieurs reprises, Dieu délivre des possédés du démon. Il va même jusqu'à ressusciter les morts ! On n'a jamais vu ça ! Mais aussi Il pardonne : à la femme adultère, la Samaritaine… Comment s'appellent-ils ? La plupart n'ont pas de nom, ce sont des anonymes… Marie-Madeleine échappe à l'anonymat, mais il y en a peu ! Cela revient souvent dans l’Évangile : « Jésus, pris de pitié… » Le mot ‘pitié’ est parfois utilisé avec un brin de condescendance dans la vie de tous les jours, mais il n’y a rien de tel chez Jésus. Le mot « compassion » conviendrait mieux, Jésus « souffre avec » le malheureux, le malade, tel est le sens du mot « compassion ».

Ce qui se passe dans le cœur

La miséricorde est un pour moi un élan de pur amour du Seigneur,  il y a les guérisons, délivrances, etc. ce que l'on peut voir donc, mais il y a aussi ce que l'on ne voit pas au premier abord, ce que l'on ne remarque pas, ce qui se passe dans le cœur. Le nom-même de notre communauté résonne de cela, le "petit chemin", la petite route choisie par sainte Thérèse, par laquelle on passe pour atteindre le cœur de Dieu, siège de sa miséricorde ! On peut exprimer la miséricorde par un bonjour plein de gentillesse, un réconfort apporté à celui qui se sent triste ce jour-là, une prière tous ensemble pour les amis qui ne sont plus physiquement avec nous (déménagements, décès) mais qui sont toujours dans nos cœurs et dont on parle souvent ! Bref, la miséricorde pour moi se manifeste dans tout acte ou pensée fait par amour et avec amour.

Au Petit chemin de Gagny

A Foi & Lumière, nous voyons à l'œuvre la miséricorde de Dieu à chaque rencontre. Se réunissent dans nos communautés les handicapés mentaux qui vivent en famille ou en foyer, ainsi que leur famille et leurs amis. Ils sont vraiment au centre de la communauté. Tout est conçu en fonction d'eux : ils ont parfois du mal à s'exprimer, mais ils ont quelque chose à dire et il faut leur laisser le temps. Dans la vie actuelle, où il faut aller vite, ils se sentent souvent mal à l'aise. Ils ne comprennent pas tout, peut-être, mais ils ont conscience qu'ils ne sont pas comme les autres, et ne cherchent pas à revendiquer. En particulier, ils vont directement à l'essentiel. Peu importe la fonction, le titre, la façon dont on se présente à eux, ils vont directement à la personne. Ils ne jugent pas sur l'extérieur, ils nous prennent tels que nous sommes. Ils n'ont pas "les mots pour le dire", alors pourquoi s'embarrasser de formules, bienvenues pour des gens dits "normaux", mais dont ils n'ont que faire ! Ils ont la même approche à l'égard de Dieu. Les réflexions théologiques, ce n'est pas pour eux ! Mais Jésus, Marie, sa mère, les petits enfants, les apôtres, c'est du vivant ! Ils connaissent le message : « Aimez-vous les uns les autres ! » Ils savent très bien quand ils ne sont pas à la hauteur ! Et c'est quelquefois une confession publique ! Leur candeur est rafraîchissante.

La miséricorde de Dieu, je la vois aussi lorsque je les regarde en train de mimer une scène d'Évangile ! Car nous avons un programme d'année préparé en haut lieu : cette année, « Main dans la main », c'est du concret ! Mais il nous faut l'adapter en fonction de ce qu'ils peuvent comprendre. Je ne peux résister au plaisir de vous raconter l'histoire de Thérèse. Elle vient de nous quitter à l'âge de 70 ans, et elle était imbattable au sujet de ce qui entourait la naissance de Jésus. A la crèche, la Sainte Vierge, c'était elle ! Par contre, elle était très perturbée par le massacre des innocents. Et nous ? Lors de la cérémonie d'adieux, les foyers des environs ont envoyé une délégation et tous ont participé, ce fut une célébration pleine d'espoir et de paix. On ne s'impose pas, on invite et on partage. Nous apportons quelque chose qu'ils ne trouveront pas dans les foyers : l'amour infini d'un Dieu qui a partagé notre existence sans fuir les difficultés, d'un Dieu qui se fait proche de nous et appelle chacun par son nom.
C'est toujours une joie de se rencontrer. La miséricorde se manifeste dans le joyeux bazar de la journée, par les attentions que les uns peuvent avoir pour les autres, les amis, ces personnes qui nous rejoignent quand elle le peuvent et qui l'expriment par leur présence, un gâteau apporté, une histoire racontée, etc.

Accueillir la personne dans toute sa dignité

C'est probablement un des rares mouvements où l'on prend en compte la personne dans toute sa dignité – là où le mental ne semble pas fonctionner "normalement", pourrait-on dire. Plus que d'autres, ces personnes souffrent d'être des laissés-pour-compte, car nous sommes désemparés devant leur souffrance et celle de leurs parents. Parfois, leurs réactions nous prennent au dépourvu. Nous sommes devant un mystère, elles nous font prendre conscience que toute personne est un mystère, pour les autres et pour elle-même. Avec ces personnes, on perd parfois ses repères, c'est dérangeant, et on n'aime pas ça ! Mais ils n'ont aucune agressivité et ils ne sont pas exigeants, ils sont toujours prêts à vous accueillir. On se sent maladroit devant leur mystère, comme on peut l’être devant toute personne en souffrance.
Bien sûr, comment rejeter cet appel ? Mais comment ? C'est le problème. On cherche à garder le contact après les réunions, par téléphone. Dans les foyers, c'est très important. Probablement ont-ils perdu leurs parents, mais ils savent qu'ils ont des amis, qu'ils ne sont pas des exclus. Et puis, il faut marquer les anniversaires ! Très important : cela veut dire qu'on existe ! Cela leur donne de l'importance.
Si on lit les Évangiles, Jésus nous appelle tous à vivre la miséricorde quand il dit : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. » C'est juste que la vie, le monde nous le fait souvent oublier ! Peut-être est-ce le moment d'accepter de plus se laisser toucher par les autres comme Jésus (et le Père) se laisse toucher pour qu'un élan de miséricorde, issue du cœur du Christ, jaillisse du nôtre !! Et combien l'actualité nous donne tristement de quoi l'appliquer...

 

Vivre la joie de la miséricorde

Ernest Nob Bakinde, Equipe Miséricordia, Neuilly-sur-Marne

Le projet Miséricordia est un projet piloté par une équipe de 4 jeunes, l'équipe Miséricordia, avec l'aide du père Bertrand Collignon et qui a pour vocation d'être porté par les groupes de jeunes de chaque paroisse du diocèse. Ce projet se fait bien sûr en collaboration avec le Pôle Jeunes et l'équipe diocésaine des JMJ.
Le thème de la miséricorde est un thème important de notre foi et constitue, tout particulièrement cette année, le thème central  que chacun d'entre nous va vivre, que ce soit avec les Journées mondiales de la jeunesse, mais aussi avec l'Année sainte déclarée par le Pape.
Partant de ce constat le projet Miséricordia consiste :

  • à faire vivre le thème de la miséricorde et la joie que la miséricorde peut faire naître, dans les paroisses du diocèse au travers d’un projet porté et animé par les jeunes du diocèse.
  • à permettre ainsi aux groupes de jeunes partant aux JMJ, aux groupes de jeunes adultes des paroisses ou même aux jeunes d’aumônerie des lycées de mettre en place un temps propice à une réflexion, un échange, une rencontre avec l'ensemble de leurs paroissiens (petits et grands confondus) pour partager ensemble sur ce thème de la miséricorde. ​

​Le contenu et la forme de ce temps est laissé libre à chaque paroisse, mais des axes/pistes seront proposées au travers d'une fiche support ou équivalent afin de les guider.
L'ensemble des paroisses sera invité par son groupe de jeunes à vivre ce projet pendant le temps du Carême.

L'un des points clés de ces rencontres est la réalisation de photos, vidéos, ​ d'écrits qui pourront servir de témoignages. Ainsi tout ce matériau pourra être éventuellement utilisé lors des « Prépas JMJ », pour une exposition temporaire à l'intérieur de la basilique mais aussi pour une exposition dans chaque paroisse participante, et pourquoi pas, pour l'élaboration d'une carte postale spéciale JMJ, etc. la liste n'est pas figée...
Nous souhaitons aussi qu'une action de groupe soit planifiée et du coup une Collecte des retours des actions des groupes sera également effectuée. On en fera une synthèse pour présenter le travail qui aura été effectué.

Favoriser la rencontre

Le projet résulte de l’envie commune de trouver une initiative, qui mobiliserait les jeunes. Un projet qui rassemble et qui favorise la rencontre avec l’autre, un projet pour que les jeunes participent à cette grande année au sein du diocèse qui fête son Jubilé.
Le premier objectif est comme dit précédemment de faire vivre le thème de la miséricorde à travers un projet en lien avec le Jubilé du diocèse​. 
Le second est de mettre en avant un aspect intergénérationnel afin de créer du lien entre les jeunes, notamment ceux qui participeront ​aux JMJ, et leurs paroissiens.
Les autres objectifs principaux de ce projet s’appuient sur les notions d’envoi et d’engagement. En effet, à la fin des temps organisés par les paroisses chacun des participants devra noter sur un papier son engagement personnel en répondant à cette question : Qu’est-ce que je veux faire dans ma vie pour mettre en pratique dès demain ce que j’ai appris de la miséricorde ?

Les membres de groupe devront décider également de s'engager à mener une action qu'ils effectueront ensemble (petits + jeunes + adultes) et dans laquelle ils témoigneront de la miséricorde. Ainsi, nous souhaitons que ce temps ait une portée qui envoie les participants à témoigner de la miséricorde auprès d’autres.

Mobiliser les jeunes

Faire porter ce projet par des jeunes représente une belle occasion de les rendre visibles grâce à un projet diocésain qu’eux-mêmes ont mis en place, pas seulement pour eux mais vraiment aussi pour leur paroisse.
Il nous paraît important qu'en tant que jeunes nous réussissions à trouver notre place dans l'Église et à la prendre à part entière. Pour cela il faut que, pour certains nous commencions, pour d'autres continuions, à nous impliquer au sein de nos paroisses, que l'on puisse montrer que nous sommes réellement présents  et que nous avons à cœur d'aider à construire l'Église de Demain. C'est pourquoi, on souhaite que ce soit des jeunes qui réfléchissent, partagent, échangent ensemble sur la manière de réaliser cela. Ainsi, ce projet pourra leur permettre d'être de vrais missionnaires au sein de leur paroisse et au sein de leur diocèse.  
Je fais partie de l’équipe Miséricordia, chargée de piloter et d’aider à la bonne réalisation de ce projet au niveau du diocèse, avec 3 autres jeunes : Clémentine Makangila-Lébo (Drancy), Arnaud Dudubo (Stains), Okri Tchona (Gagny).

Ce qui m’a motivé à participer à ce projet c’est vraiment le fait de voir qu’en discutant avec d’autres jeunes, on avait tous la même vision et cette même envie de faire des projets communs, même si on ne vient pas des mêmes paroisses. On a cette envie de témoigner que l’on peut s’épanouir dans la foi en tant que jeunes.

J’ai eu la chance de participer aux dernières Journées mondiales de la Jeunesse (Rio) et quand le pape François nous demandait, aux jeunes, si nous voulions aider à construire l’Église. J’avais répondu un grand « Oui ! » dans mon cœur et je pense que cela commence par des actions comme ce projet qui ne peuvent que contribuer également à montrer une belle image de la jeunesse chrétienne de Seine-Saint-Denis.

Un appel à vivre la miséricorde

Pour moi le mot de miséricorde est complètement lié au pardon, dans le sens où la miséricorde signifie, à chaque fois que l’occasion se présente, avoir l’attitude qui amène à pardonner à celui/celle qui nous a fait du mal, déçu, et ce même si on a tout fait pour éviter que cela se produise.
De même, il m’évoque le fait que Dieu lui-même est amour et miséricordieux, qu’il nous a demandé de vivre à son image en nous envoyant comme modèle son Fils bien-aimé. De même, pour marcher à sa suite, je dois être un acteur vivant de la  miséricorde envers ceux qui font ou ont fait souffrir à chaque fois que l’opportunité se présente, même par le plus petit geste qui soit. 
C'est toujours compliqué à faire, mais avec la prière et l'aide du Seigneur, même si ça prends du temps, j'ai l'intime conviction que l'on peut y arriver.
Je ressens un appel à vivre personnellement la miséricorde divine en cette Année sainte. Comment cela va-t-il se traduire ? Je ne sais pas encore. Mais en tout cas, je vais commencer par le faire en m’efforçant de bien vivre avec les différentes propositions du diocèse ainsi qu’à travers les JMJ de Cracovie et leur préparation. Et bien évidemment, surtout à travers la réalisation du projet Miséricordia.

 

Le Jubilé de la miséricorde

Père Bertrand Collignon, responsable de l'équipe diocésaine du Jubilé

Au cœur de notre année jubilaire, nous sommes invités à vivre, avec l’Eglise tout entière, le Jubilé de la miséricorde. Mais en fait, la miséricorde est au cœur de tout jubilé et l’année sainte de la miséricorde ne vient que renforcer notre démarche jubilaire pour les 50 ans de notre diocèse.

En effet, dans la Bible (Lévitique 25), le jubilé est un signe de la miséricorde de Dieu qui a donné la terre à son peuple. Aussi, fêter l’année jubilaire des 50 ans de notre diocèse de Saint-Denis-en-France c’est reconnaître que cette terre du 93 est un don que Dieu nous fait pour témoigner de sa miséricorde. Et notre diocèse, fort de sa jeunesse, de son histoire, de la diversité des cultures de ses habitants… est vraiment un signe de la miséricorde de Dieu. Il peut aussi le devenir par sa pauvreté, car c’est aux pauvres que la Bonne nouvelle est annoncée (Isaïe 61,1).

Le chemin du Jubilé, que nous avons reçu le 11 octobre dernier, est un guide pour faire de cette pauvreté une richesse : un guide pour entrer dans la miséricorde de Dieu et en témoigner par l’amour que nous aurons envers tous nos frères.

Ainsi en prenant notre chemin du Jubilé nous deviendront, pour nos frères, chemin de la miséricorde de Dieu.

 

Témoins de la miséricorde

Communauté Foi & Lumière de Noisy-le-Sec

Pour moi le mot miséricorde signifie l’amour surabondant de Dieu pour chacun de nous. Ce mot m’évoque l’amour que mes parents me portaient – et me portent toujours -  et me rappelle le pardon par amour. 
Dans notre communauté Foi et Lumière à chaque fois que quelqu’un arrive, il y a un grand cri de joie, suivi des embrassades. Quand on demande des nouvelles des uns des autres chacun montre un réel intérêt. L’amour les uns pour les autres est palpable – et nous savons que la source de cet amour est Jésus qui est au milieu de nous.
Je ne ressens pas l’Année sainte de la miséricorde comme quelque chose de nouveau. Je ne peux pas dire que c’est autre chose qu’un rappel à approfondir et à prier pour la paix dans les familles et dans le monde.
Par l’accueil de l’autre, spécialement de celui qui est différent, je peux être un témoin actif de la miséricorde. L’accueil des parents, des enfants « différents » est très important à Foi et Lumière.
M.

Je me sens portée par l’amour de Jésus pour moi. Il doit m’aimer beaucoup. C’est ça la miséricorde pour moi. J’ai des difficultés dans ma famille, j’ai une fille handicapée qui demande tout mon attention.
Quand je vais à Foi et Lumière je me sens vraiment partie d’une famille aimante. Je peux parler aux autres parents qui ont des difficultés. C’est  bien pour nous tous. Ma fille a ses amis, elle se sent si bien entourée d’amour. Je sais que ça vient de l’amour de Jésus. Nous sommes là pour lui. 
M. A.

Je suis une ancienne de la communauté. Chacun est précieux. Nous parlons toujours du grand amour que Jésus a pour nous et de son pardon qui est facile à demander et lui, il est si prêt à le donner.
Quand j’arrive –  parfois un peu tard – quelle explosion de joie m’accueille !
Je vois la préparation de la salle, la belle table mise pour le repas, la décoration du coin prière et je suis frappée par la pensée que quelqu’un a fait tout cela par amour pour nous. Ici nous baignons dans l’amour. Je peux essayer de partager cette joie et cet amour avec les paroissiens. 
M. D.

Moi, je viens sans rien. J’aime venir à Foi et Lumière. Tout le monde me parle. Je joue dans les spectacles. Je ne sais pas faire la cuisine et le foyer ne me donne pas un gâteau pour partager. Ce n’est pas grave  Maria apporte beaucoup de bonnes choses à manger. Parfois on me donne un gâteau à emporter. 
P. T.

Visages de la miséricorde :

Davy, trisomique, heureux servant d’autel, est guidé avec discrétion par Alain, diacre. Entre les deux : respect et confiance. La beauté et la justesse de leurs gestes disent leur foi et nous aident à prier.
Octavio, lourdement handicapé, téléphone tous les jours à la responsable pour dire qu’il viendra à la prochaine rencontre de Foi et Lumière. Décrocher ? Ne pas répondre ? Comment ne pas répondre à un témoin de la fidélité ?

Philippe, a du mal avec la miséricorde, lui qui pourtant, prend sur son temps pour conduire en vacances Marie-Thérèse, Florence, handicapée, et leur maman, âgée et mal voyante, (sans oublié leurs deux chiens !). C’est cela vivre le quatrième temps à Foi et Lumière, se rencontrer en dehors de la communauté. 
F

 

Une belle preuve d'amour et de générosité

Monique Verte, communauté Foi & Lumière de Villepinte 
Pour moi, la miséricorde c'est l'amour et le pardon que Dieu nous accorde.
Il m'évoque la repentance, et l'amour de l'autre. 
La miséricorde est vécue au sein de notre communauté Foi & Lumière, par des attentions et des paroles auxquelles nous-mêmes valides n'aurions pas ou jamais pensé. Ce sont aussi des petites phrases et de grands sourires. Cette miséricorde s'est manifestée un jour de la façon suivante : une résidente du foyer Saint-Louis, lors de notre pèlerinage diocésain à Notre-Dame des Anges, nous a demandé de prier pour elle, et aussi pour des résidents qui en avaient besoin. C'est une très belle preuve d'amour et de générosité. 
Pour moi, la miséricorde dans nos familles, c'est l'amour de l'autre, avoir de l'attention, de l'écoute, savoir pardonner. Pour les personnes en situation de handicap, cette miséricorde se manifeste par toutes leurs richesses intérieures, leur joie et leur envie de partager à chaque rencontre avec nous. 
En cette Année sainte de la miséricorde, je ressens l'appel à vivre la miséricorde divine, en aidant les autres, surtout ceux qui sont dans le besoin ; à m'engager ; à prier d'avantage et plus régulièrement ; à être tourné vers mon prochain ; et à ne pas garder rancune à quiconque.

 

Un remède contre le désespoir

Michel Richoux, diacre permanent, Livry-Gargan

« Malheur à moi si je n’annonce pas la Miséricorde de Dieu » (1 Corinthiens 9, 16).

Or, ce n’est pas gagné car notre monde est peu pour la miséricorde. Un Dieu miséricordieux laisse froid, indifférent. Le  terme lui-même semble d’un autre temps, on préfère amour, bonté. Preuve en est avec le Magnificat dans lequel il est dit : « son amour s’étend d’âge en âge » (Luc 1, 50). Mais la Traduction officielle liturgique (2013) revient au grec avec le terme miséricorde.

Peut-on établir cette différence ? L’amour saisit le cœur, est de l’ordre du sentiment alors que la miséricorde saisit davantage l’être, la personne est saisie dans ses entrailles : « A cause de lui (Éphraïm), mes entrailles frémissent, oui, je lui ferai miséricorde » Jérémie 31, 20)

Rien ne l'arrête

La miséricorde est un attribut fondamental de Dieu, elle au centre des attributs de Dieu, entourée de la sainteté, de la justice, de la fidélité, de la vérité. Pour les uns, c’est la plus grande des perfections de Dieu. Pour d’autres, c’est son nom, pour Jean XXIII c’est le plus beau nom de Dieu.
C’est ce que Dieu a à dire de lui.
Cette miséricorde de Dieu, rien ne l’arrête. Cela est illustré par la parabole  des vignerons homicides puisque le propriétaire envoie même son fils (« Il leur envoya son fils  en se disant… » (Matthieu 21, 37). Saint Augustin fait cette remarque : « Il est plus facile à Dieu de retenir sa colère que sa miséricorde » (le psaume 102, 8 : « Le Seigneur est tendresse et pitié lent à la colère et plein d’amour »).

Cette miséricorde est le moyen que Dieu a inventé dans sa justice pour recréer l’homme. La lettre aux Romains 11, 32  appuie cela : « Dieu a enfermé tous les hommes dans la désobéissance pour faire à tous miséricorde ». C’est l’acte suprême par lequel Dieu vient à notre rencontre.
Cette miséricorde va contre le désespoir : nous sommes toujours dans la main de Dieu. Là, se fonde l’espérance chrétienne.

Cette miséricorde de Dieu est révélée par Jésus-Christ. Il est le visage de la miséricorde du Père. Il est l’incarnation de la miséricorde du Père. Et Jésus fait de la miséricorde un des principaux thèmes de sa prédication. L’évangile de Luc lui est largement consacré, il est l’évangile de la miséricorde.

Notons l’importance ici du sacrement de réconciliation qui permet à tout homme d’expérimenter de manière unique la miséricorde. De ce pardon reçu découle le pardon donné. Jésus nous invite à pardonner toujours (dans le « Notre Père ») et dans ses paroles à Pierre  qui lui demande : « … jusqu’à sept fois ? Jésus lui dit : « Je ne te dis pas jusqu’à sept fois mais jusqu’à soixante-dix fois sept fois » (Matthieu 18, 21).
Un monde sans pardon est un monde de justice froide.

La miséricorde est source de joie, ce fut le thème du congrès sur la miséricorde, « la joie de la miséricorde ». Ce congrès s’est déroulé à Lourdes en 2015, et a été présidé par le cardinal Barbarin. Il  nous faut partager cette joie.

L’Église et la miséricorde

Chacun doit témoigner de la miséricorde, cela suppose qu’on l’a reçue, sinon il faut la demander, lui ouvrir sa porte, souvenons-nous du Magnificat : « Sa bonté s’étend de génération en génération sur ceux qui le craignent » (Luc 1, 50, TOB).
Jésus invite à vivre la miséricorde : « Heureux  les miséricordieux, il leur sera fait miséricorde » (Matthieu 5, 7). En somme, nous devons « continuer » la mission du Christ. Et la vivre avec joie.  « Que celui qui exerce la miséricorde (le fasse) avec joie « (Romains 12, 8).
La vivre en particulier auprès des pauvres, c’est l’amour qui se donne à la misère. « Le Christ est dans le besoin quand le pauvre y est » (Saint Augustin). Dans le pauvre est Jésus, il vient à ma rencontre.
Il  faut  aussi en être témoin, ainsi Jésus dit au démoniaque guéri : « Va dans ta maison, auprès des tiens et rapporte tout ce que le Seigneur a fait pour toi dans sa miséricorde » (Marc 5, 19).
Suivons l’exemple de Marie, appelée parfois Mère de la miséricorde ou Notre-Dame de la miséricorde. Elle a participé à la révélation de la miséricorde divine (Jean Paul II).
L’Église, objet aussi de cette miséricorde, doit en témoigner, ainsi le cardinal Barbarin demande que les paroisses deviennent des oasis de miséricorde.

Justice et miséricorde

Cicéron définit ainsi la justice : chacun reçoit selon son dû. La justice introduit l’égalité dans le domaine des biens objectifs et extérieurs tandis que l’amour est l’attention à l’autre. L’amour, qui est premier (1 Jean 4, 19), permet d’y voir clair, l’amour sert la justice, il est pour elle une force de traction, d’innovation. Mgr Rodhain disait « La charité prépare la justice de demain ».

« La justice ne se suffit pas à elle seule, et même elle peut conduire à sa propre négation et à sa propre ruine, si on ne permet pas à cette force plus profonde qu’est l’amour de façonner la vie humaine dans ses diverses dimensions. L’expérience de l’histoire a conduit à formuler l’axiome : « le summum du droit ; le summum de l’injustice » (Jean Paul II, lettre encyclique, la miséricorde divine, 1980)…
Que  ce monde en péril (misères physiques, détresse spirituelle, manque de repères, expérience de l’absurde, plus de sens de la vie, désespérance…) s’ouvre à la civilisation de l’amour. En particulier, que la miséricorde divine nous aide à soigner les maux de notre monde : le chômage, les réfugiés, les menaces climatiques…

 

Repères

 

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