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Association diocésaine de Saint-Denis-en-France
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Dans la joie du jubilé ! (N°25 / Octobre - Novembre 2015)

« Vous compterez sept semaines d’années, c'est-à-dire sept fois sept ans, soit quarante-neuf ans… Vous ferez de la cinquantième année, une année sainte, et vous proclamerez la libération pour tous les habitants du pays. » (Livre du Lévitique 25, 8.10). C’est ainsi que Moïse présente le jubilé à son peuple, de la part de Dieu.

Jérome Panconi - Ville de Saint-Ouen

« Ensemble, nous voulons (...) rendre grâce pour ce que l'Esprit Saint suscite »
(Mgr Pascal Delannoy)

 

 

Une année de grâces

Eucharistie et faire mémoire

Un diocèse orienté

L'occasion d'inviter les jeunes à s'ouvrir

Un temps fort vécu en Eglise

Que chacun se sente inclu et partie-prenante

50 ans de vie...

Remettre Dieu au centre de nos vies

Faire l'Eglise du Christ

 

Repères

 

Une année de grâces

Père Bertrand Collignon, responsable de l’équipe diocésaine du Jubilé

Moïse fait du jubilé une année sabbatique, non pas une année de repos, mais une année pour vivre ce que le peuple vit chaque sabbat : contempler la bonté de Dieu à travers la création (Exode 20, 8-11) et se souvenir que Dieu a libéré son peuple de l’esclavage en Égypte pour lui donner la terre promise (Deutéronome 5,12-15). Ainsi, comme le sabbat qui invite à entrer dans une nouvelle semaine, le jubilé invite à un nouvel essor : les esclaves sont libérés, les dettes remises, le pardon célébré. L’ordre social est ainsi renouvelé pour plus de justice.

Il y a 50 ans, le diocèse de Saint-Denis-en-France était créé par le pape Paul VI. Cette année nous entrons donc, dans cette 50e année jubilaire.

La création sera d’actualité tout au long de cette année, non seulement à travers l’évènement de la COP 21 au Bourget – 21e Conférence des parties de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques pour un nouvel accord international sur le climat – mais aussi dans l’attention que nous aurons pour tout homme que nous savons créé à l’image de Dieu et sauvé par Jésus Christ. Vivre le jubilé, c’est savoir aller vers l’autre pour se mettre à son service, à travers nos rencontres, nos célébrations, nos pèlerinages, à l’image de tous ceux qui, depuis 50 ans dans notre diocèse, se sont mis au service des plus petits (monde ouvrier, SDF, Roms, malades, personnes dans la misère…).

Vivre et témoigner de la Miséricorde

La rédemption – victoire sur le mal grâce au sacrifice d’amour de Jésus sur la croix – nous la vivrons, en témoignant que nous sommes les prémices (Jacques 1,18) de la vie éternelle que Jésus a instaurée dans sa mort et sa résurrection. Cela en faisant mémoire de notre histoire, des évènements marquants de ces 50 années, en reconnaissant et en accueillant les grâces reçues de Dieu. C’est vivre et témoigner de la Miséricorde en reconnaissant que les chrétiens du diocèse de Saint-Denis ont été « signe efficace de l’agir du Père » (pape François, Bulle d’indiction du jubilé de la miséricorde, 3), mais aussi qu’ils ont parfois manqué à sa volonté. C’est entrer dans le pardon de Dieu pour le recevoir et le donner, ce que nous vivrons, bien sûr, pendant le Carême et lors des différents pèlerinages, particulièrement à Rome en 2016. C’est se convertir à la Parole semée en nous, dans le concret de nos vies et dans la joie.

Finalement, le jubilé nous est donné par Dieu pour vivre notre relation à Lui, aux autres et à nous-mêmes de manière plus intense… Le 11 octobre, commencera pour nous cette année jubilaire. Il ne s’agira pas d’en faire plus, mais de témoigner, dans toute notre vie, de la joie de croire, d’espérer et d’aimer.

C’est cela la joie du jubilé !

 

Eucharistie et faire mémoire

Père Marc Fassier, responsable diocésain de la formation

Encore séminariste pendant l’année jubilaire de l’an 2000, je me rappelle encore ces paroles fortes du pape Jean-Paul II à ces millions de jeunes que nous étions, réunis à Rome, pour vivre ces journées mondiales de la jeunesse : « mettez l’Eucharistie au centre de votre vie. Vivez de l’Eucharistie ! ». Mettre l’Eucharistie au centre de sa vie, mettre l’Eucharistie au centre d’une année jubilaire, pourquoi ? Parce que le Jubilé est ce moment de renouveau spirituel. Ce renouveau est fondé sur ce que nous appelons le « mémorial » de l’Eucharistie. Cette expression est très ambiguë car nous confondons souvent l’acte de « faire mémoire » au simple souvenir. En ce moment, par exemple, nous nous souvenons il y a 100 ans de la guerre 14-18, terrible conflit mondial en Europe. « Faire mémoire » dans l’Eucharistie est d’un autre ordre. Tout d’abord « faire » dans l’Eucharistie est souvent mal compris. Bien sûr, nous célébrons des rites qui nous ont été transmis. Mais ces rites sont avant tout au service de l’agir de Dieu : Dieu qui nous parle, Dieu qui se donne à nous, Dieu qui nous envoie pour être ses messagers dans le monde. Notre agir, de notre côté, est de l’ordre d’une offrande. J’offre ma personne, mon cœur, mes oreilles, ma bouche au Christ qui se donne à moi en Parole vivante et en nourriture qui rassasie notre besoin de sens à notre vie.

N’oublions jamais que, dans chaque Eucharistie, nous devons nous laisser modeler par Dieu avant de « faire » des choses. « Faire mémoire » : nous ne nous rappelons pas de simples gestes du passé, ces gestes que Jésus a posé avec ses disciples, avec ces paroles qu’il a prononcé. Quand nous célébrons l’Eucharistie, nous rendons efficace en cette année jubilaire ce que ces gestes et ces paroles signifient : « Vous ferez cela en mémoire de moi ». Nous sommes invités à faire ce que le Christ lui-même a fait : donner sa vie par amour, son corps, son temps, son écoute, son regard, ses capacités, ses infirmités comme offrande d’amour pour la vie du monde d’aujourd’hui. Nous sommes entrainés aujourd’hui dans le mouvement de la mort à la résurrection !

 

Un diocèse orienté 

Père Roland Lacharpagne, archiviste diocésain

On dit d’une église qu’elle est orientée lorsque son chœur est tourné vers l’Est, c'est-à-dire vers le Soleil Levant signe du Christ Ressuscité, lumière des nations. Le diocèse de Saint-Denis, créé en 1966, a été orienté par son premier évêque Mgr Jacques Le Cordier dès 1967 lorsqu'il confie aux prêtres de premières orientations. Peu après, en 1972, en lien avec les doyens et le conseil presbytéral, il publie un texte d’orientations plus élaborées dont voici quelques accents :

  • Témoigner du Christ ensemble, en Église. Nous sommes responsables du visage de l’Église.
  • Nous sommes attachés aux gestes du Christ que sont les sacrements… ils demandent à être proposés et préparés.
  • Attention première au monde ouvrier.
  • Souci de cohérence entre un effort tenace pour l’Action catholique et la manière d’assurer la catéchèse et la prédication.

La qualité de ces orientations était telle que Mgr Guy Deroubaix succédant à Mgr Le Cordier déclara immédiatement qu’il les faisait siennes. Mais les années passent : des laïcs accédent à de nouvelles responsabilités en Eglise, des diacres sont ordonnés… Et le monde du 9.3. change : apparition du chômage et de nouveaux pôles économiques, disparition des industries. Arrivées massives de populations immigrées. Il faut donc exprimer l’orientation au Christ vivant, à nouveaux frais. Les laïcs, prêtres et diacres sont consultés. Et Mgr Guy Deroubaix publie un texte issu des réflexions et des propositions émises, le 10 octobre 1993. Le titre en est Vivre et annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus Christ.
Il fixe aux chrétiens des objectifs ambitieux : « Nous voulons nous changer nous-mêmes, et changer le monde, dans les mille occasions de la vie quotidienne ». Nous serons « des chrétiens proches de la vie ordinaire, des communautés promptes à réagir, à témoigner de l’Évangile de Jésus Christ »

En 2000, son successeur, Mgr Olivier de Berranger lance un synode : « A l’approche de la célébration du jubilé de l’an 2000, j’éprouve le besoin d’écouter ce que l’Esprit dit à notre Église. Une vaste consultation de tous les baptisés est un premier pas nécessaire (…). Il est désirable que tous les charismes, toutes les sensibilités, tous les engagements soient représentés. » A Noël 1997, le texte d’orientation Témoins dans la Ville est promulgué à la saint Denis en octobre 2000.

Le 9 octobre 2005, Mgr de Berranger propose, « Chemins d’avenir pour notre Église ». Il prolonge la réflexion engagée cinq ans plus tôt Deux objectifs sont à remplir : le développement de communautés chrétiennes de proximité et la constitution d’équipes pastorales par ville et par secteur. Le 9 octobre 2008, il proclame de « nouvelles orientations pour la catéchèse ». Un nouveau chantier s’ouvre dans le diocèse.

A sa suite, Mgr Pascal Delannoy encourage le développement des communautés ecclésiales de proximité, où les chrétiens se retrouvent pour partager ce qu’ils vivent, prier, méditer l’Évangile, prier le chapelet pour  qu’ensemble nous puissions proclamer les merveilles de Dieu dans nos cités !
Dans ce droit fil, il publie sa lettre pastorale « Transmettre la joie de la foi ! » (2013) et promulgue de nouvelles orientations missionnaires en la Fête de saint Denis 2015. Ce texte constitue un programme d’action pour l’Église diocésaine.

 

L'occasion d'inviter les jeunes à s'ouvrir

Caroline Nicolle, communauté apostolique Saint-François-Xavier, Bobigny

La Communauté Saint-François-Xavier à laquelle j’appartiens est une communauté apostolique envoyée en mission d’éducation. J’ai été envoyée à l'établissement Charles-Péguy de Bobigny où j’accompagne les élèves du lycée (en classes de Première et Terminale) et je suis aussi responsable de la préparation à la confirmation dans les paroisses de Bobigny. La Communauté Saint-François-Xavier fête son Jubilé : elle a été fondée par Madeleine Daniélou, une grande éducatrice, il y a 100 ans. Et nous sommes présentes à Charles-Péguy de Bobigny depuis 1936 !

Vivre un Jubilé, c’est d’abord faire mémoire des bienfaits reçus et se réjouir de la fidélité de Dieu à notre égard. C’est toujours une occasion d’action de grâces, pour aller plus loin et repartir. C’est une opportunité pour reprendre souffle et préparer l’avenir. Célébrer un Jubilé, c’est bien sûr regarder derrière soi pour y repérer les traces de la présence de Dieu, mais c’est surtout regarder devant pour avancer et se rendre disponible à l’action de l’Esprit-Saint aujourd’hui et demain.

C’est surtout, dans ma mission actuelle, une très belle occasion d’inviter les jeunes à s’ouvrir à la réalité ecclésiale du diocèse, de la paroisse.  D’autre part, le Jubilé diocésain s’inscrit dans un contexte particulier : la conférence sur le climat, COP 21 organisée à proximité en décembre ; l’année de la Miséricorde annoncée par le Pape François ; une actualité européenne et mondiale complexe et douloureuse qui nous oblige à réfléchir et à réagir, pour que chacun fasse ce qui lui revient. C’est pour moi une urgence, dans la mission d’éducation qui m’est confiée, d’inviter les jeunes à se former et s’investir pour être des acteurs de la société. Les jeunes sont très généreux. Ils osent donner de leur temps et de leur énergie. Ils veulent créer, inventer imaginer des moyens de venir en aide à ceux qui en ont besoin. Pour concrétiser tout cela, ils attendent notre confiance.

Au sein de notre diocèse, j’admire la générosité, la créativité et l’ouverture des uns et des autres. Quelle diversité ! Il me semble que nous sommes appelés à continuer à vivre cette grande ouverture, une vie fraternelle accueillante à tous et l’attention à chacun, particulièrement aux plus pauvres ou à  ceux qui vivent dans une situation précaire. Durant cette année jubilaire et en cette année de la Miséricorde, nous sommes appelés à ouvrir notre regard et notre cœur, à nous laisser déplacer pour  découvrir de nouveaux chemins, à aller sans peur à la rencontre des autres et à nous laisser transformer par l’Esprit-Saint qui fait toute chose nouvelle !

 

Un temps fort vécu en Eglise

Yves Marcilly, diacre permanent, Montfermeil

Le terme « Jubilé » est bien  d’actualité dans l’Eglise : Nous venons de vivre en juin le Jubilé de quelques prêtres pour leurs 50 ans de prêtrise. C’est donc un temps festif en Eglise. Nous allons fêter les 50 ans de notre diocèse à partir d’octobre prochain pour vivre une année jubilaire jusqu’à la Fête de Saint Denis 2016. En décembre, s’ouvrira pour l’Eglise entière le Jubilé Extraordinaire de la Miséricorde voulue par le pape François.

Pour évoquer le sens du jubilé, il faut remonter à la tradition de l’Eglise. Dans l’Ancien Testament, la loi de Moïse parle d’une année particulière, celle de la cinquantième année mais il y a encore d’autres sources. C’est une année où l’on remet en quelque sorte les compteurs à zéro pour mieux  repartir, en quittant nos habitudes, en vivant la réconciliation, le partage, l’engagement  au service de Dieu et de nos  frères dans la durée. Il ne peut y avoir de  « Jubilé » sans expression de la joie qui doit remplir le cœur et toute la vie de chaque chrétien.

Une Eglise aux portes ouvertes

Pour moi, le Jubilé est un temps fort vécu en Eglise pour marquer un anniversaire joyeux, qu’il s’agisse d’une étape dans nos engagements ou plus largement d’un temps proposé sur un thème donné et qu’il  nous est demandé de vivre dans la durée. C’est bien davantage qu’un temps festif sans suite.

Comment chacun va se sentir concerné et être désireux d'entrer dans cette démarche même s’il y a déjà beaucoup de choses à gérer, à mener ?

Comme diacre, je suis sensible à ce que notre Eglise ait les portes ouvertes. Nous avons beaucoup à recevoir de ceux et celles que l’on rencontre sur notre chemin, qui ne pratiquent pas forcément dans nos églises mais dont nous avons à recueillir l’expression de leur vie, leurs difficultés, leurs questions en les accompagnant un bout de chemin.

Courant 2016, nous fêterons les 25 ans du diaconat permanent dans notre diocèse, un ministère au service de la charité, de la parole et de la liturgie. Que comprenons-nous du diaconat ? Qu’en saisissons-nous ? Le temps est venu de sensibiliser à nouveau les différentes communautés du diocèse sur cette question et plus particulièrement dans des lieux où il n’y a pas encore de diacre. Le jubilé peut être l’occasion de mettre l’accent sur la nécessité d’avoir des diacres  dans notre portion d’Eglise, encore faut-il discerner les réalités ecclésiales et humaines qui pourraient en bénéficier.

Prendre un temps pour faire mémoire

J’espère  que ce jubilé va nous permettre de prendre un temps pour la mémoire : mieux connaître l’histoire de notre diocèse depuis sa création mais il va être principalement un temps fort  où chacun va être invité à vivre les initiatives proposées, temps de prières, de célébration et de partage non pas pour en rajouter mais se laisser transformer dans sa foi, vivre la communion fraternelle au sein de l'Eglise et dans la société. Les orientations missionnaires qui seront données par notre évêque à la St Denis en octobre devraient nous y aider.

J’ai rejoint la région parisienne en 1964, plus précisément la Seine et Oise qui deviendra Seine-Saint-Denis en 68. J’ai d’abord habité Gagny, puis Clichy-sous-Bois. Marié avec Danièle en 68, nous habitons à Montfermeil depuis 1973.

Je n’ai pas de souvenir précis de la création de notre diocèse en novembre 1966. J’ai toujours cependant l’invitation de Mgr Cordier pour la cérémonie de l’Erection du nouveau diocèse et de l’Intronisation en la cathédrale Saint-Denis, le 6 novembre 1966.

C’est sans doute dû au fait que je n’étais pas encore bien inséré dans la vie de l’Eglise locale. J’arrivais de Troyes avec une petite expérience de la JOC que j’ai poursuivie sur Gagny avec d’autres jeunes pendant quelques années et prenant davantage de responsabilités dans le mouvement jusqu’à mon mariage avec Danièle. Nous avons rejoint ensuite l’ACO et la mission ouvrière locale auxquelles nous participons depuis. Jusqu’à ma retraite professionnelle en 2004, j’avais des responsabilités syndicales au sein de mon entreprise Thales.

Dans les années  86-87, s’est posée la question du diaconat permanent dans le diocèse. A l’initiative de  notre évêque Mgr Guy Deroubaix et des prêtres Pierre Salmon et André Charrier, services et mouvements étaient sollicités pour entamer la réflexion sur le diaconat.
Après quelques années de formation, j’étais le 1er ordonné du diocèse en 91, d’un groupe de 10 hommes dont les ordinations se sont succédées durant les 2 années qui ont suivi.

J'ai eu plusieurs missions successives. Responsable diocésain du diaconat permanent de 2000 à 2007 en collaboration avec le P. Louis Larcher, j’ai ensuite été appelé comme secrétaire au Comité national du diaconat de 2007 à 2013. Aujourd’hui, je suis à nouveau membre du Comité diocésain du diaconat. Dans mon secteur pastoral, j’ai été membre d’une EAP de 1991 à 2006, et j’ai ensuite reçu mission comme membre d’une nouvelle équipe pastorale de 2005 à 2011. Je participe actuellement à l’animation de l’équipe de préparation au baptême sur mon secteur.

 

Que chacun se sente inclu et partie-prenante

Marie-France Delespine, membre de l'Action catholique ouvrière, Bondy

Mariée et mère de 2 enfants, j'habite Bondy depuis 32 ans. J'ai travaillé pendant 34 ans dans l'industrie pharmaceutique en recherche et développement de médicaments et depuis 1 an maintenant je suis en pré retraite suite a un plan social dans mon entreprise. Je suis en équipe ACO depuis 1994 (aujourd'hui avec des personnes de Bondy, Noisy-le-Sec et Neuilly-Plaisance), j'ai eu l'occasion au sein du mouvement d'assurer quelques responsabilités sur le secteur 93 Sud et également au niveau régional. J'ai suivi la formation FML sur le diocèse pendant 2 ans et depuis 2010, j'anime avec d'autres, un groupe d'Ecole de la Parole Adultes sur Bondy.

Un Jubilé c'est pour moi un anniversaire. Une année jubilaire c'est la célébration de cet anniversaire que chaque chrétien doit s'approprier, doit vivre là ou il est, là ou il pratique sa foi, mais aussi en élargissant sa vision pour regarder autour de lui ce qui se vit différemment en accueillant l'autre.

L'opportunité du Jubilé

Juste après ma  cessation d'activité professionnelle, j'ai été sollicité pour plusieurs choses, au sein de l'Église et ailleurs. Ayant du temps libre j'ai souhaité le mettre au service de personnes et/ou d'organisations mais je n'étais pas prête à tout accepter, je voulais faire quelque chose ou j'allais moi aussi m'épanouir et me sentir utile. J'ai rejoins une association qui propose de l'aide et de l'accompagnement à la recherche d'emploi car c'est un domaine qui me parle et ou je peux apporter je pense.  Quand j'ai été sollicité pour faire partie de l'équipe diocésaine du Jubilé  j'ai assez vite répondu positivement (en disant bien que je serai plus « suiveur que meneur ») car je pense que je peux mettre au service de cette organisation un savoir-faire que j'ai acquis auparavant (sens de l'organisation, prise de recul, etc.) et puis le fait que cette mission soit  de durée limitée et fixée dès le départ (15 mois environ) a été pour moi un élément positif. Le fait de participer à la mise en place de ces événements jubilaires me fait découvrir des facettes du diocèse que je ne connaissais pas et c'est un réel plaisir.

Durant cette année jubilaire il nous faut, d'une part, faire mémoire de ces 50 années de notre diocèse, faire en sorte que les nouveaux acteurs pastoraux, parfois arrivés depuis peu dans le diocèse, aussi bien prêtres que  laïcs,  sachent ce qui s'est vécu par le passé, découvre et se réapproprie l'histoire du diocèse et du département ; Nous avons la chance d'avoir sur le diocèse des témoins encore en action, des acteurs toujours actifs, il faut leur donner la parole, tout au long des initiatives qui seront mises en place au cours de l'année, que chacun se sente inclus et partie prenante dans ce Jubilé ;  d'autre part c'est aussi  l'occasion de se connaître entre chrétiens engagés dans l'Église de manière diverse et variée, l'occasion de partager nos pratiques, nos rencontres, de découvrir et de s'ouvrir à l'autre. C'est pourquoi j'espère qu'au sein de l'ensemble des paroisses, des mouvements, des services la  mobilisation va être importante pour participer aux temps forts proposés, mais aussi pour organiser en local des événements jubilaires ou pour donner une couleur jubilé à chacune des rencontres durant cette année.

 

50 ans de vie...

Père Marc Leveillé Nizerolle, Dugny

Un jubilé, qu’est-ce que c’est ? C’est un moment de joie comme l’exprime le mot lui-même, mais il ne s’agit pas d’une explosion de joie intempestive, même si certaines célébrations ou certaines manifestations peuvent être joyeuses et dynamique.

Je viens de célébrer 50 ans de vie presbytérale, avec un an d’avance sur le diocèse que j’ai vu naître et où je suis resté. Ce diocèse a marqué ma vie de prêtre. Il m’a rendu proche de personnes toutes simples, et aussi des paumés de la vie, de vrais pauvres, il m’a fait côtoyer des familles de tout pays. J’ai pris du temps avec eux ou ils m’ont fait partager leur repas, leurs soucis, leurs joies et leurs peines.

Au cœur des mouvements, j’ai rencontré la vie, celle des enfants et des responsables en Action catholique des enfants (ACE), celle des femmes en Action catholique générale féminine (ACGF), celle des couples et des célibataires en Action catholique des milieux indépendants (ACI)... Et, bien sûr la catéchèse, le catéchuménat, la préparation aux sacrements, les deuils ont été l’occasion de rencontres très souvent enrichissantes. A Saint-Paul d’Aulnay, j’ai bien aimé cette proximité de la cité avec de multiples rencontres d’enfants, de jeunes et d’adultes très souvent musulmans.

Cinquante ans, c’est bien sûr l’évocation d’une histoire avec ses joies et ses peines, avec ses réussites et ses échecs, avec ses merveilles et ses faiblesses. Ce sont les lieux qui ont marqué mon histoire, mais surtout, ce sont toutes ces personnes que j’ai accompagnées, à qui j’ai confié des responsabilités. Personnes que j’ai appréciées ou auxquelles je me suis opposé. Car il n’y a pas de vie sans conflits. Des visages qui se sont estompés avec le temps ou ont disparus, visages que j’ai retrouvés.

Alors cinquante ans pour un diocèse, c’est un peu tout cela. Un jubilé, c’est un merci au Seigneur pour sa présence au cœur des merveilles et des faiblesses de notre département. C’est un grand merci pour toutes ces personnes qui se sont succédées et qui ont pris à cœur leur responsabilité. J’ai toujours peur que l’on oublie celles et ceux qui ont donné de leur temps, de leur cœur. Bien sûr, il y ceux qui nous ont quittés, mais il y a tous ces serviteurs fidèles auxquels on ne pense plus, parce qu’ils ne peuvent plus servir comme avant.

Mais comment communiquer notre joie à notre département ?

Nous évoquerons la succession des évêques aux tempéraments et aux styles différents. Mais le Concile est quand même passé par là et la relation des laïcs, des prêtres avec l’évêque a considérablement évolué dans notre diocèse et est aujourd’hui vraiment fraternelle.

D’autres mieux que moi reprendront avec brio les grands événements de ces 50 ans : mai 68, orientations diocésaines, Synode, diaconat, Fête de la solidarité, Pentecôte 2013, Caté fête – et les églises : Marcel Callo, Les Lilas...

Si mes souvenirs sont exacts, dans la Bible, l’année jubilaire était l’occasion d’oublier les dettes, de libérer l’esclave, de vivre l’Alliance de façon renouvelée. Et c’est bien que cette année soit sous le signe de la miséricorde.

Ce serait bien que tout le monde se confesse. Mais je préfèrerais :
1) que cette année soit le signe de l’ouverture de notre cœur à la misère matérielle, morale. Peut-il y avoir un geste symbolique ?
2)  une conversion de tous : mettre sur la table nos différents, les remettre au Seigneur et faire un pas vers l’autre.

 

Remettre Dieu au centre de nos vies

Sœur Marie-Geneviève Poulain, religieuse de l’Assomption, Les Pavillons-sous-Bois

Qu’y-a-t-il de commun entre les Pyrénées, Lourdes et le 93 ?
Un lieu tout aussi cosmopolite, coloré de races et de cultures… Des gens ouverts et simples, avec la soif au cœur d’une vraie rencontre.
Au centre, il y a la force d’un envoi qui m’a fait quitter voici un an, le Centre spirituel d’accueil et de formation de l’Assomption à Lourdes, pour rejoindre la communauté du Noviciat européen à Pavillons-sous-Bois, et participer à la formation des novices (liturgie et chant).
Dès mon arrivée, un étonnement m’a remplie de joie : l’Ecole de la Parole.Chaque quinzaine, le mercredi soir ou le samedi matin, des adultes - certains se préparant à un sacrement, paroissiens ou personnes de passage, ou accompagnant leurs enfants au caté - se rassemblent pour vivre une lecture priante de la Parole de Dieu. C’est comme si le Seigneur prenait l’initiative de venir converser avec nous, nous-mêmes répondant quelquefois à sa convocation sans le savoir…

La Parole de Dieu n’est pas uniquement des écrits, des lectures qu’il nous faudrait faire, mais une Parole adressée. Il s’agit donc d’écouter une Parole qui nous est adressée, une Parole Vivante, qui peut prendre chair… Qu’il est beau de voir alors s’animer des visages, se délier des langues, tressaillir des cœurs !

Un autre lieu où un type de communion intergénérationnelle se vit… Une fois par mois, une rencontre  « Assomption Ensemble » rassemble laïcs et sœurs, ainsi que des familles désirant partager la spiritualité de sainte Marie-Eugénie, notre fondatrice, spiritualité marquée par l’Incarnation, par la présence de Dieu au milieu des hommes. Plusieurs jeunes parents se sont joints au groupe, et nous voilà grands et petits creusant le même sillon de nos vies pour boire à la même Source. Les enfants entre 4 et 12 ans pris en charge par les novices y trouvent leur joie, quant aux parents, ils apprécient ce temps pour eux, pour se poser vraiment.

Un projet qui va voir le jour… Celui de proposer aux enfants du primaire de l’école de l’Assomption de Bondy, participant chaque mois à l’eucharistie, de la précéder d’un temps d’intériorité. Comment favoriser chez les enfants l’accès à l’intériorité, la découverte de leur dimension spirituelle, dans une attention plénière à l’ici et le maintenant, dans une croissance intégrale, harmonieuse, sur des fondements solides ?

Rendre grâce pour l'oeuvre de l'Esprit Saint dans notre Eglise

Le Jubilé de notre diocèse vient donner une profondeur et une assise à tout ce qui vient d’être évoqué…Ne s’agit-il pas de remettre Dieu au centre de la vie, de la famille, de l’individu ?
Comme l’exhortait le pape François dans sa lettre aux consacrés valable aussi pour chacun d’entre nous : « Regarder le passé avec reconnaissance (…) cueillir l’étincelle inspiratrice, les idéaux, les projets qui ont répondu par le passé aux nécessités de l’Eglise. »

Nous avons à rendre grâce pour l’œuvre de l’Esprit Saint dans l’Eglise de notre diocèse de Saint-Denis, depuis sa création il y a 50 ans : « Vivre le présent avec passion (...) être experts en communion, faire de l’Eglise la maison et l’école de la communion. »

Comme nous y invite notre évêque, Mgr Pascal Delannoy, nous avons à créer des communautés de proximité pour « Embrasser l’avenir avec espérance (…) Ne cédez pas à la tentation du nombre et de l’efficacité, moins encore à celle de se fier à ses propres forces. »

Nous avons à devenir ces sentinelles qui scrutent les horizons de notre vie et du moment actuel, en veille vigilante.

 

Faire l'Eglise du Christ

Patrick Morvan, aumônier de délégation du Secours catholique, Saint-Denis

Ordonné prêtre en juin 65 à la cathédrale de Versailles, j’ai été envoyé à  Livry-Gargan. Il s’agissait du département de la Seine-et-Oise, et du diocèse de Versailles.
Seulement quelques mois après, tout en restant à Livry-Gargan, je me retrouvais dans un tout nouveau département, celui de la Seine-Saint-Denis, et dans un tout nouveau diocèse, celui de Saint-Denis…

Ainsi comme prêtre je suis pratiquement  né en même temps que le diocèse de Saint-Denis, qui fête ses cinquante ans…cinquante ans d’une belle histoire d’amour… et j’ai grandi avec le Concile et toute son ouverture au monde…

Oui je me suis pris à aimer ce département et surtout les gens qui l’habitent, et je me suis pris à aimer cette Eglise toute nouvelle…

J’ai connu des mutations importantes sur les 50 ans d’histoire du 93, et de notre diocèse.
Je souligne seulement et parmi bien d’autres, quelques aspects m’ayant plus particulièrement marqué…

L’intérêt porté à la vie des habitants sur notre département

  • Une attention gratuite aux peines et aux espoirs  – simplement d’abord par amour des gens…
  • Une attention à tous les acteurs d’un meilleur vivre ensemble – aux associations – aux organisations syndicales et politiques qui, progressivement, ont construit le « 93 » - département marqué aussi par des changements politiques très importants…

L’attention à la vie pour y accueillir l’Alliance de Dieu

La vie,  accueillie comme  lieu de rencontre entre Dieu et tous les hommes, le « va et vient » entre la prière, l’écoute de la Parole de Dieu, et la vie.

L’importance donnée à l’Action Catholique

  • Notamment avec la Mission Ouvrière  à travers les mouvements Action catholique ouvrière (A.C.O),  Jeunesse ouvrière chrétienne (J.O.C), Action catholique des enfants (A.C.E); le rassemblement diocésain « Urbano 2000 » a été une magnifique page de cette histoire.
  • Les mouvements d’évangélisation des Milieux Indépendants (A.C.I – J.I.C)

La place des laïcs dans toute l’Eglise

Les laïcs, non pas d’abord pour aider monsieur le curé… mais comme acteurs à part entière de la Mission de l’Eglise…

La complémentarité entre paroisses et mouvements apostoliques

La reconnaissance de la complémentarité entre l’action pastorale des paroisses et de ses différents services, et celle des mouvements apostoliques...

J’ai eu la chance – notamment dès le début de ma vie de prêtre, pendant 12 ans à Montreuil – d’être initié à la Révision de vie – par l’accompagnement de l’Action catholique ouvrière, la Jeunesse ouvrière chrétienne et l’Action catholique des enfants. Cela a marqué considérablement mon ministère habituel en paroisse.

La complémentarité des vocations

  • La reconnaissance de la complémentarité  dans l’annonce de l’Evangile : entre laïcs, religieux et religieuses, diacres et prêtres
  • Tout particulièrement l’ordination de diacres a été pour notre diocèse une nouveauté et une source de fécondité spirituelle et apostolique. Je l’ai expérimenté très clairement à Aulnay…
  • La reconnaissance que le ministère des prêtres peut s’exprimer et s’exercer de manières très diverses. Le prêtre n’est plus enfermé dans un seul « modèle » à imiter…

La pastorale des cités

  • Avec le nombre croissant des cités, la présence d’Eglise humblement témoignée m’a paru rapidement tellement importante que j’ai tenu à habiter en cité pendant une quinzaine d’années – d’abord aux « Beaudottes » à Sevran, puis aux « Fauvettes » à Neuilly- sur-Marne. J’ai ainsi été témoin d’une richesse de vie, de beaucoup de gestes d’entraide, et de solidarité, avec aussi des duretés et des violences… J’y ai vécu d’une manière particulière la rencontre entre les peuples.
  • Je constate que la présence de l’Eglise dans les cités est de plus en plus prise en compte dans notre diocèse. La nomination d’un vicaire épiscopal au service de la pastorale des cités en est significative.

La pastorale des migrants

  • La présence d’hommes et de femmes venant de tous les coins de la planète et dessinant l’arc en ciel de notre département  et de notre Eglise.
  • Ma participation à la pastorale des  migrants... En 1973, avec quelques autres prêtres, je suis allé au Portugal… et continue d’y retourner chaque année ! A la demande du diocèse, j’y ai  même passé une année complète entre 80 et 81.
    Nos amis portugais m’ont beaucoup appris et continuent  de m’apprendre. Ils m’aident à prendre davantage en compte l’originalité de l’histoire de l’Eglise de chaque peuple. Il y a là un aspect majeur de notre pastorale : permettre à chacun  de prendre toute sa place dans la vie et la mission de notre Eglise, une Eglise de communion, et non des église simplement juxtaposées les unes aux autres.

La solidarité – un des actes essentiels de notre foi et de notre témoignage

Depuis longtemps, bien des hommes et des femmes vivent la solidarité au quotidien, personnellement et collectivement, avec une grande diversité de mouvements et d’associations.
L’Eglise a invité et continue expressément d’inviter les chrétiens à ne pas rester simplement entre eux mais à être activement présents dans ce monde en construction.

Notre diocèse a voulu la naissance du Conseil diocésain de la solidarité, composé de représentants des principaux mouvements de la solidarité : Secours catholique, Comité catholique contre la faim et pour le développement des peuples (C.C.F.D), et d’autres mouvements. Des laïcs, religieux, diacres, prêtres participent à ce Conseil présidé par notre évêque.

Je pense qu’il y a là un enjeu très fort pour l’Evangile. Je suis témoin de la richesse des initiatives prises au regard du logement, de l’emploi et d’autres réalités. Un rassemblement diocésain à l’Ile-des-Vannes à Saint-Ouen et notre participation à « Diaconia » en sont des étapes très significatives.

La rencontre interreligieuse

La présence grandissante de personnes de religions différentes est certainement très importante. En regardant l’histoire de notre diocèse, il y a là une réalité en très forte mutation, qui marque beaucoup notre comportement  pastoral, et suscite bien des débats…

J’ai été évidemment très marqué par ma présence à Tibhirine, qui a nourri  tout particulièrement  ma méditation du mystère de l’Alliance de Dieu avec tous. J’y ai trouvé un renouvellement de ma compréhension de la prière eucharistique : « Dans ta miséricorde, tu es venu en aide à tous les hommes pour qu’ils te cherchent et puissent te trouver. Tu as multiplié les alliances avec eux, et tu les as formés, par les prophètes, dans l’espérance du Salut... »

Je crois finalement qu’un texte résume bien l’histoire des 50 ans de notre diocèse, le poème écrit par Mgr Guy Deroubaix, Faire l’Eglise du Christ : « Nous aimons notre Eglise, une Eglise où il fait bon vivre, une Eglise qui écoute avant de parler… »
Enfin je suis convaincu que l’ensemble de ce poème aura une place privilégiée dans l’anniversaire de notre diocèse de Saint-Denis.

 

Propos recueillis par Anne-Marie Tossou

 

 

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« Pourquoi fête-t-on un jubilé ? », émission  « Le Pourquoi du Comment »