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Association diocésaine de Saint-Denis-en-France
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Nul n'est prophète dans son pays

Dimanche 15 juillet, Mgr Cyr-Nestor Yapaupa, évêque du diocèse d'Alindao en Centrafrique est venu concélébrer une messe à la cathédrale Saint-Denis avec notre évêque pour prier pour la République Centrafricaine, en proie à de violents conflits armés.

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Le diocèse d'Alindao est situé à l'est de Bangui, capitale d'un million et demi d'habitants.

 

La venue de Mgr Yapaupa fait suite à la soirée du 25 avril à la Maison diocésaine au cours de laquelle chacun a pu entendre le témoignage du père Séverin, prêtre étudiant, accueilli à Noisy-le-Grand. Documents visuels à l'appui, il a rendu compte de la situation de luttes armées et le rôle important de l'Eglise catholique pour protéger la population et intervenir autant qu'elle le pouvait pour défendre la paix au quotidien, cela dans un climat d'insécurité et de grande précarité.

L'Eglise locale s'évertue à déployer tous ses efforts pour accueillir au mieux le flux des réfugiés qui ne cessent d'augmenter, jour après jour. Pour y répondre, Mgr Yapaupa a décidé de consacrer les locaux diocésains (Maison diocésaine, évêché, cathédrale) à accueillir des milliers de réfugiés.

Devant une assemblée nombreuse, notamment composée de membres de la communauté Centrafricaine vivant ici, Mgr Yapaupa est revenu en fin de célébration sur la situation difficilement contrôlable et le lourd tribu que l'Eglise paie depuis plusieurs années : « La république Centrafricaine est en train de traverser les moments les plus sombres. Depuis 2012 jusqu’à aujourd'hui, le pays est pris en otage par les groupes armés, beaucoup d'églises ont été profanées, des prêtres ont été tués, et cela continue puisque dernièrement nous avons perdu trois prêtres. L'Eglise catholique est toujours "mère" ; elle est prête à ouvrir les bras pour accueillir tout le monde, pour être signe de l'amour de Dieu au milieu de ce monde. Les communautés chrétiennes sont dynamiques, solidaires, et essaient malgré tout de répondre à l'appel de Dieu... c'est cela notre force. Les groupes armés pillent tout, volent tout mais ils ne voleront jamais notre foi ! C'est difficile pour le moment, mais par la prière nous sortirons vainqueur de cela ». L'évêque confirme aussi que ce conflit n'est pas une guerre de religion, entre chrétiens et musulmans comme on l'entend le plus souvent, mais le résultat d'options politiques et économiques largement exploitées par des groupes rebelles.

 

A la fin de la messe, en geste de remerciement et d'amitié, Mgr Yapaupa a remis à notre évêque la carte de la République Centrafricaine pour que le diocèse de Saint-Denis soit en communion de prière avec ce peuple en grande difficulté, et aussi une peinture-souvenir illustrant la vie au village. Prière... et solidarité. Mgr Delannoy a annoncé que le diocèse de Saint-Denis participerait à la reconstruction d'une école, soulignant l'importance des lieux de scolarisation et d'éducation pour l'avenir du pays.

B. Rastoin
 




Homélie de Mgr Cyr-Nestor Yapaupa

Appelés et envoyés

15e dimanche du temps ordinaire : Année B.
Textes : Amos 7, 12-15 ; Psaume 84 ; Ephésiens 1, 3-14 ; Marc 6, 7-13


« Nul n'est prophète dans son pays ». Jésus a donc quitté la synagogue de son village. Quelques siècles plus tôt, le prophète Amos avait été chassé de son pays en son temps. Vingt siècles plus tard, de nombreux chrétiens doivent quitter leur région parce qu'ils y sont persécutés, ou simplement parce qu'à cause de leur foi, ils ne peuvent trouver du travail.

La première lecture nous parle du prophète Amos. Il n'est pas le bienvenu dans le sanctuaire de Béthel. Ses paroles sur le droit et la justice dérangent les affaires du prêtre Amazias. Quand on dénonce des « magouilles », il faut s'attendre à des représailles. C'est ce qui se passe dans mon pays, quand l'Eglise dénonce et crie l'injustice, cela dérange les gouvernants et les hommes politiques. On utilise tous les moyens pour vous faire taire. Amazias voudrait neutraliser Amos et le renvoyer d'où il vient. Mais Amos lui répond que c'est Dieu qui l'a appelé et envoyé. En écoutant cette lecture, nous nous disons qu'il faudrait aujourd'hui des prophètes comme Amos. Ils auraient beaucoup à dire contre tous ces politiques véreux, ces commerçants tricheurs, ces juges achetés. Notre pape François a des paroles très fortes pour dénoncer tout ce qui détruit l'homme. La Parole de Dieu passe avant tout. Elle ne peut être enchaînée par aucun ordre établi, aucune politique. Dieu ne peut supporter de voir ses enfants souffrir des injustices, de la violence et de l'intolérance.

L'apôtre Paul a lui aussi été saisi par le Seigneur pour annoncer l'Évangile. Aujourd'hui, il rend grâce au Seigneur pour le chemin parcouru. Toute sa vie et tout son être sont vraiment imprégnés de cet amour qui est en Jésus. Cette lecture est un hymne au Christ qui nous a comblés de ses bénédictions. Il nous a obtenu le pardon des péchés. Il nous a dévoilé le mystère de la foi. Il nous a donné la sagesse et l'intelligence pour le comprendre. Il nous a donné l'Église pour garder le message et guider notre marche. Cet hymne s'adresse aussi à nous aujourd'hui pour nous aider à aimer le Christ et l'Église. En effet, il est la source de la grâce à en croire le prologue de l'évangile de Saint Jean : « Oui, de sa plénitude nous avons tous reçu, et grâce pour grâce. Car la Loi fut donnée par l'entremise de Moïse, la grâce et la vérité advinrent par l’entremise de Jésus Christ » (Jean 1, 16-17). Le Christ est là au cœur de nos vies. Il ne cesse de nous envoyer pour être témoins de son amour et de la grâce que Dieu nous a donnée en lui.

Dans l'Évangile, nous lisons que Jésus envoie ses disciples deux par deux sur les routes du monde. Ils doivent partir avec un minimum d'équipement. Il est inutile de s'encombrer de choses secondaires. Le vrai missionnaire doit s'attacher à l'essentiel. Rien pour séduire, rien pour attirer, simplement aller à la rencontre des gens pour annoncer la bonne nouvelle, et surtout ne jamais oublier que le Seigneur se sert de ce qui est faible pour réaliser des merveilles.

L'envoi des Douze par Jésus n'est pas seulement l'envoi des apôtres. Le chiffre 12, nombre des apôtres choisis par Jésus, évoque les douze tribus d'Israël. C'est donc le peuple de Dieu tout entier. A travers les Douze, c'est toute l'Église que Jésus envoie en mission. Nous sommes tous concernés. Et pour comprendre ce que le Seigneur attend de nous, il nous faut revenir à l'Évangile : « Etant partis, ils prêchèrent qu'il fallait se convertir, et ils chassaient beaucoup de démons, faisaient des onctions d'huile sur les malades et les guérissaient » (Marc 6/12-13).

Prêcher qu'il faut se convertir, ce n'est pas seulement faire des sermons, c'est profiter de toutes les occasions pour annoncer l'Évangile. Cette annonce se fait d'abord par le témoignage d'une vie évangélique. Si notre vie n'est pas en accord avec ce que nous voulons annoncer, c'est un mensonge. Bien sûr, la Parole sera toujours nécessaire. Mais elle ne sera pas nécessairement la vocation de tous. Par contre, tous les chrétiens sont appelés à donner le témoignage d'une vie en accord avec l'Évangile. S'ils appellent à la conversion, ils doivent commencer par eux-mêmes. Tout cela se trouve résumé dans cette parole de Jésus : « Convertissez-vous et croyez à l'Évangile » (Marc 1/5)

« Chasser les démons… » Nous pensons aux exorcistes qui ont reçu cette mission. Jésus est venu vaincre les puissances du mal. Mais il ne veut pas le faire sans nous. Il veut nous associer à son combat contre le mal. Il met en nous sa puissance d'Amour, sa puissance de sainteté. Il nous envoie pour lutter avec lui contre tout ce qui empêche l'homme d'être à l'image de Dieu.

Faire des onctions d'huile sur les malades pour les guérir… Nous pensons bien sûr à l'huile du sacrement des malades. Dans ce cas, c'est le prêtre qui est appelé. Mais nous ne devons pas oublier que cet appel à entourer les malades s'adresse à tous les baptisés. Il s'agit d'être là auprès de celui qui souffre, prendre le temps de l'écouter et de le réconforter. Si nous allons vers eux avec Jésus et Marie, nos visites deviennent des visitations. Tous ne sont pas guéris physiquement, mais quand on est rempli de l'amour qui est en Dieu, cela change tout.

En ce jour, Seigneur, tu veux nous ramener à l'essentiel. Libère nous de tout ce qui nous encombre. Que la force de ta parole et le souffle de ton Esprit nous rendent disponibles pour être les témoins et les messagers de ton message d'amour et de réconciliation.

La mission se continue aujourd'hui et se vit dans un contexte quasi difficile. Il y a hostilité à l'égard de la lumière qu'apporte la Parole de Dieu, hostilité à l'égard de ceux qui, convaincus que de cette Parole peuvent résulter des transformations, annoncent hardiment l'Evangile. Mais cela requiert de la part des envoyés quelques attitudes, telles que : la foi, la prière, l'espérance. Car elles confèrent pouvoir et autorité sur les esprits du mal. La foi, parce qu'elle nous relie à l'origine de notre mission, le Christ. Elle fonde notre confiance et la rend inébranlable. La prière, parce que les démons et les esprits mauvais ne peuvent être expulsés que par la prière. C'est une force qui accompagne à coup sûr notre mission. Rappelons en Marc 9, 14-29 l'épisode du démoniaque épileptique où, à la question des disciples « Pourquoi nous autres, n'avons-nous pas pu l'expulser ? » Jésus répond en disant : « Cette espèce-là ne peut sortir que par la prière ». Enfin l'espérance, car le Seigneur qui envoie est aussi avec nous et nous accompagne. Fort de sa présence, nous saurons apporter la délivrance à notre peuple, à nos contemporains et à notre monde.  Voilà ce qui se vit dans mon pays aujourd'hui possédé par les esprits mauvais qui n'engendrent que guerre, haine, intolérance, division avec comme corollaire une crise humanitaire forte et inquiétante. Mais les chrétiens gardent confiance et ont cette conviction que la mission qui leur incombe actuellement est de délivrer la Centrafrique. Loin de paraître pour eux un refuge chimérique, ils ont pleine conscience que le Seigneur passe par leur engagement pour renouveler ses merveilles. Les conditions pour annoncer Jésus et pour toucher les cœurs sont les mêmes : être soi-même habité par Jésus, ce qui suppose de vivre avec Lui ; vérifier cette communion avec Jésus par la vie de charité fraternelle ; porter Jésus aux hommes avec sa puissance de libération et de guérison. Donner à voir par tout cela que Jésus est vivant et agissant aujourd'hui encore au milieu de nous. Alors des cœurs pourront s'ouvrir à Jésus, et des vies pourront changer. Amen.

Cyr-Nestor Yapaupa,
Évêque du diocèse d’Alindao