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Association diocésaine de Saint-Denis-en-France
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Messe chrismale (Mardi Saint) : Homélie de Mgr Pascal Delannoy

Basilique cathédrale Saint-Denis, 22 mars 2016.

Isaïe 42, 1-7 ; Psaume 88 ; St Paul aux Ephésiens 1, 3-10 ; Marc 6, 7-13.

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Nous sommes le Corps du Christ !


Dans la troisième prière eucharistique, après avoir consacré le pain et le vin, nous demandons au Seigneur que, nourris par son Corps et son Sang et remplis de l’Esprit Saint, nous soyons un seul Corps dans le Christ !

Alors que nous fêtons depuis six mois le cinquantième anniversaire de notre diocèse nous reprenons conscience que c’est ensemble, dans notre diversité, que nous sommes l’Eglise, le Corps du Christ. Nul ne peut être l’Eglise à lui seul, chacun d’entre nous est membre du corps et chaque membre, écrit l’apôtre Paul[1], a besoin des autres.

Ce corps qu’est l’Eglise ne cesse de croître ! Samedi prochain, lors de la veillée Pascale, 145 adultes et 80 adolescents deviendront membres de ce Corps en recevant le baptême. Comme pour tous les baptisés de l’année, petits ou grands, leur front sera marqué du Saint-Chrême, cette huile parfumée qui sera consacrée dans quelques instants. Ces adultes et ces jeunes demandent le baptême parce qu’ils ont rencontré le Christ. Leur regard, leur écoute, leur attention aux autres en ont été profondément transformés. Ils ont découvert que le Christ ouvre pour eux et pour tout homme les portes de la miséricorde, du salut et de la vie éternelle. Ces nouveaux baptisés de Pâques nous rappellent que l’Eglise n’est pas d’abord une organisation ou une institution. Elle est Corps du Christ, présent dans le monde, pour y manifester la miséricorde et le salut offert en Jésus-Christ. Cette année, nous faisons particulièrement mémoire de ce qu’a suscité, provoqué, engendré ce Corps du Christ qu’est notre Eglise diocésaine depuis 50 ans.  Nous n’oublions pas ceux et celles qui nous ont quittés et qui nous sont toujours unis dans la communion des saints.  Nous voyons défiler devant nos yeux les multiples visages de ceux et celles qui ont vécu l’évangile dans l’humble quotidien ou encore à travers un engagement particulier. Nous pensons tout particulièrement aux deux premiers évêques de notre diocèse : Monseigneur Jacques Le Cordier et Monseigneur Guy Deroubaix.

C’est avec ce même Saint-Chrême, consacré ce soir, que j’aurai la joie d’oindre les mains des prêtres qui seront ordonnés le 26 juin prochain, afin que ces mains, selon les mots de Georges Bernanos, puissent « faire présent de ce qu’elles ne possèdent pas elles-mêmes, ô doux miracle de nos mains vides[2] ». Ces nouveaux prêtres, par leur ordination, ne deviendront pas extérieurs au Corps du Christ qu’est l’Eglise. Baptisés, ils demeureront membres du Corps, mais parce qu’ils ont été choisis et ordonnés, ils participeront désormais au ministère du Christ afin de guider le Peuple de Dieu en se « dévouant à son service, en le nourrissant de sa Parole et en le faisant vivre de ses sacrements ». Ministre, ce beau mot qui signifie serviteur. Le prêtre-serviteur ne guide pas le Peuple de Dieu selon ses désirs mais à la lumière de la Parole de Dieu à laquelle tous les baptisés sont soumis. Pour qu’ils demeurent ces ministres-serviteurs, le pape François rappelle souvent aux prêtres qu’il est indispensable, et non facultatif, d’associer le Peuple de Dieu à la prise de décisions. Oui, vraiment, dans la diversité des ministères et charismes, nous avons besoin les uns des autres pour être le Corps du Christ.

Ce soir sera également bénite l’huile des malades. Nous pensons à tous ceux qui n’ont pu se joindre à nous en raison de la maladie ou de l’âge. Tout au long de l’année des équipes d’aumônerie leur manifestent la tendresse de Dieu en les visitant et en leur proposant les sacrements. Mais nous savons que cette mission nous concerne tous, car tous nous sommes appelés à visiter nos parents et amis souffrants ou âgés, non seulement pour leur manifester notre affection mais aussi pour écouter et recevoir tout ce qu’ils donnent encore et toujours à l’Eglise, Corps du Christ !

L’huile des malades nous aimerions également la répandre sur nos communautés chrétiennes quand celles-ci sont déchirées par des conflits. Disciples du Christ, notre responsabilité est grande lorsque nous entretenons des conflits plutôt que de chercher les voies de la réconciliation et du pardon qui, seules, peuvent faire que nous sortions renforcés de nos querelles et divisions.

L’huile des malades nous aimerions enfin la répandre sur nos sociétés qui sont atteintes de ces maux qui ont pour noms « méfiance » et « peur ». Ils engendrent le repli sur soi et le refus d’accueillir ceux qui sont jetés sur les routes fuyant la misère économique ou la violence des hommes ! Ces événements – sur lesquels nous avons peu de prises mais que nous pouvons porter dans la prière - nous rendent attentifs aux multiples situations de détresse présentes auprès de nous. Ils nous encouragent à manifester la charité et la solidarité par des engagements divers comme, par exemple, l’hébergement solidaire que plusieurs paroisses ont déjà mis en œuvre. Frères diacres, par votre ministère, rappelez-vous l’urgence d’être serviteurs à la suite du Christ serviteur !

L’Eglise est le Corps du Christ. Quand un membre souffre, dit l’apôtre Paul, tous les membres souffrent ! Depuis plusieurs jours, l’enquête ouverte dans le diocèse de Lyon a suscité un emballement médiatique. Sans rien oublier de la souffrance de ceux qui ont été victimes d’actes exécrables, beaucoup de prêtres sont blessés par les jugements globalisants entendus ces derniers jours à l’égard de leur ministère. Frères et sœurs vous connaissez vos prêtres ! Vous savez combien ils se donnent à la mission qui leur a été confiée ! Vous savez pouvoir compter sur eux pour vous aider à avancer sur le chemin de vie commencé au jour de votre baptême ! Ce soir, après que les prêtres auront renouvelé devant vous les promesses formulées au jour de leur ordination, je vous inviterai à prier pour eux en prononçant ces quelques mots :

« Priez pour vos prêtres, que le Seigneur répande sur eux ses dons en abondance, afin qu’ils soient les fidèles ministres du Christ, souverain prêtre, et vous conduisent à lui, l’unique source de salut ».

Que cette prière continue de résonner dans vos cœurs tout au long de cette semaine sainte ! Priez pour les prêtres ! Priez pour les vocations !

Lors des dernières vacances scolaires à Taizé et lors du pèlerinage à Chartres qui s’est déroulé le week-end dernier, j’ai rencontré des jeunes de notre diocèse. Quand un membre du corps est dans la joie, écrit encore l’apôtre Paul, tous les membres partagent sa joie. Avec vous, ce soir, je rends grâce pour les questions et les réflexions de ces jeunes qui témoignent de leur foi en un Dieu trinitaire ! Je rends grâce pour leur désir de mener une vie où le Christ et le service du frère aient toute leur place ! Je rends grâce enfin pour leur joie, cette joie de croire qu’ils manifestent pleinement dans les moments de célébration, notamment au jour de leur confirmation ! Je le rappelle souvent : les jeunes ne sont pas seulement l’avenir de l’Eglise, ils en sont déjà le présent.

Frères et sœurs, prenez le temps de rencontrer les jeunes et de les écouter ! Ils nous invitent à manifester notre joie d’être l’Eglise, Corps du Christ, ici en Seine-Saint-Denis ! En cette année du cinquantième anniversaire de notre diocèse, la fraîcheur de leur foi nous invite à l’essentiel : exprimer notre joie de croire en un Dieu trinitaire qui, dès aujourd’hui, nous ouvre les portes de la miséricorde, de l’espérance et de la vie éternelle ! Amen !

+ Pascal DELANNOY
Evêque de Saint-Denis-en-France


 

[1] Cf. 1ère Epître aux Corinthiens 12, 12-31.
[2] Georges BERNANOS, « Journal d’un curé de campagne ».