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Association diocésaine de Saint-Denis-en-France
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Prière pour les "bikers" et bénédiction des motos

Cette célébration a eu lieu en l'église Saint-Baudile de Neuilly-sur-Marne dimanche 22 octobre 2017.

La messe a été concélébrée par Jacques Braem, prêtre motard du diocèse, et Nicolas Maine, curé du lieu. L'animation a été assurée par la chorale paroissiale « Le Petit Choeur de Marie ».

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Homélie

Père Jacques Braem, 29e dimanche du temps ordinaire
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (22, 15‑21)

Puisque nous avons la chance et la joie d’avoir parmi nous des motards (bikers) en cette Journée mondiale de la mission, peut-on avoir plus bel outil qu’une moto… surtout avec une Harley pour partir sur les routes en mission pour annoncer les merveilles de Dieu ?

Cela tombe bien, car nous venons d’entendre un passage de la Bible qui peut faire écho à ce que nous vivons dans le "milieu" motard.

En effet, ce passage de la Bible commence par parler de disciples qui sont « envoyés »… c’est-à-dire ceux qui prennent la route. Prendre la route est bien sûr le but d’un motard. Alors, si nous avons un peu d’imagination, on pourrait penser que les disciples pourraient être des membres de motos clubs parcourant les routes, comme les célèbres « Hells Angels » et les « Bandidos »… ou encore l’association « Ghost Road » de Livry-Gargan, les « Moto club 4 » de Gournay, ou les « Silver Skulls » de Bagnolet.

Si ce passage de la Bible peut faire écho à ce que nous vivons dans le milieu motard, c’est aussi parce qu’il nous parle de provocations orales. On nous dit qu’on veut « prendre Jésus au piège en le faisant parler », et vous savez que dans le milieu des motards, on aime bien se rencontrer pour discuter, et souvent même se provoquer oralement en se lançant des "vannes". Et les bikers aiment bien vanner, avec ceux qui roulent en japonaises et inversement.

Par exemple, en se disant : Pourquoi y a-t-il deux pots d'échappement sur une Honda ?... Pour qu'elle puisse servir de brouette. Qu'est-ce qui est pire qu'une Suzuki ?... Deux Suzuki !
Ou inversement : Comment fait-on pour avoir des pièces détachées de Harley ?... On en suit une !
Comment appelle-t-on une Harley en haut d'une côte ?... Un miracle ! Comment appelle-t-on deux Harley en haut d'une côte ?... De la science-fiction !

Si ce passage de la Bible peut faire écho à ce que nous vivons dans le milieu motard, c’est aussi parce qu’il nous dit qu’ils se posent la question, s’il faut vraiment payer l’impôt à César… et si les impôts sont avant tout une manière d’être solidaires pour bâtir les écoles, les routes, les hôpitaux, etc.

Il y en a d’autres qui peuvent vraiment donner envie aux motards de ne pas les payer… particulièrement ceux qui nous arrivent sous forme de PV, avec les contrôles radars. Alors, pour éviter de se poser la question s’il faut les payer ou non, il faut bien avouer que beaucoup de motards trouvent des combines afin que leur plaque d’immatriculation ne soit pas identifiable, puisque nous n’en avons qu’une seule à l’arrière… n’est-ce pas ? En l’inclinant par exemple, ou en la faisant trembler ou en la salissant, en l’éblouissant ou encore par d’autre stratagèmes… Quel motard ne s’est jamais posé ce genre de question s’il fallait vraiment payer ses PV à l’Etat ?

Amis motards, vous avez bien fait de venir ce matin à la messe parce que ce passage de la Bible est fait pour vous. Par conséquent, il peut être utile de bien en comprendre le message. D’autant plus que la réponse de Jésus est devenue une des citations les plus célèbres de la Bible : « Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu ! »

Pour comprendre la réponse du Christ, il faut savoir que la pièce de monnaie romaine portait sur elle une représentation du buste de l’empereur couronné comme un dieu avec cette inscription : « Tibère César, fils du divin auguste ». La comparaison avec Dieu était donc très clair.

Jésus ne veut pas opposer César et Dieu, mais il demande qu’on ne les confonde pas, comme nous ne devons pas confondre ce qu’on a et ce qu’on est !

L'argent, comme le pouvoir politique, sont une création de l’homme. Ils ne sont pas en eux-mêmes un mal. Si nous les utilisons sans nous laisser dominer par eux, au point d’en être esclave et prêt à tout et à n’importe quoi pour avoir plus de pouvoir ou d’argent, ils peuvent devenir instrument de service et même… nous aider à aimer plus. Le pouvoir et l’argent sont autant de bons serviteurs, mais aussi de redoutables tyrans, si on en fait des dieux.

Ainsi, la pièce de monnaie portait la marque de César. Mais nous, la marque que nous portons est celle de Dieu puisque dès le tout 1er livre de la Bible, Dieu nous dit : « Faisons l'homme à notre image, selon notre ressemblance » (Genèse 1, 26). Alors rendons-lui ce qui lui revient : c’est-à-dire ce que nous sommes, notre vie d'homme ou de femme, notre dignité humaine, et surtout… tout l'amour qu'il nous donne sans cesse, puisque Dieu est Amour et que l’Amour véritable vient de Dieu.

Etre à l’image de Dieu est une chose, mais voulons-nous refléter cette image de Dieu en la vivant ? Car si nous voulons être réellement une image de Dieu, alors nous devons ressembler au Christ, puisqu'il est l'image de Dieu fait homme, permettant ainsi à l’homme de se faire à l’image de Dieu.

Jésus Christ est Dieu qui s’est engagé dans notre humanité. Il a même travaillé pendant des années comme charpentier, il pratiquait à la synagogue mais il a surtout voulu aller rencontrer les pécheurs, les plus faibles et fragiles au point que la croix est devenu notre symbole chrétien : un Dieu sans cesse présent là où un être humain est en souffrance. Alors, si nous sommes à l’image de Dieu, nous devons nous aussi nous engager ! Comme Coluche, passionné de moto, a su s’engager dans la société pour l’améliorer de manière innovante en créant les Restos du Cœur.

Comme nous le rappelle la célèbre prière de Saint-François d’Assise qui résume bien ce que signifie être à l’image de Dieu en s’engageant dans la société pour "rendre à César ce qui est à César", c’est-à-dire la gestion de cette société.

« Seigneur, fais de moi un instrument de ta paix,
Là où est la haine, que je mette l’amour.
Là où est l’offense, que je mette le pardon.
Là où est la discorde, que je mette l’union.
Là où est l’erreur, que je mette la vérité.
Là où est le doute, que je mette la foi.
Là où est le désespoir, que je mette l’espérance.
Là où sont les ténèbres, que je mette la lumière.
Là où est la tristesse, que je mette la joie.
O Seigneur, que je ne cherche pas tant à être consolé qu’à consoler,
à être compris qu’à comprendre, à être aimé qu’à aimer. »

Car partout dans la société, que ce soit au travail, dans nos familles, dans les associations ou ailleurs, il y a un besoin de paix, d’amour, de pardon, de vérité, de foi, d’espérance, de joie. C’est à nous de l’apporter comme le Christ lui-même l’a fait. Si nous avons conscience d’être à son image et que nous devons en témoigner, cette Journée mondiale de la mission nous le rappelle.

Ainsi par exemple, comme motards et chrétiens, nous pouvons vivre la mission auprès des autres bikers qui ne partagent pas notre foi, sans pour autant trahir les valeurs de la moto, bien au contraire.
Par exemple : avec cette solidarité  qui nous caractérise, qui fait que lorsqu’on se croise sur la route on se salue… pourquoi ne pas la développer auprès des motards qui se retrouvent en prison, au chômage, auprès des étrangers, des handicapés, des accidentés, des débutants, etc., en allant les saluer, les visiter, en passant de la solidarité à la fraternité auprès des plus fragiles. Comme motards et chrétiens, nous pouvons aider à développer particulièrement cela. Nous pouvons aussi inciter davantage de motards à participer à des téléthons ou à des baptêmes moto au profit d’œuvres humanitaires.

Pourquoi ne pas inviter comme passager et passagère ceux qui n’ont pas les moyens de se payer une moto alors qu’ils rêvent de cela ?

En tant que motards et chrétiens, avec cette mobilité que nous avons en parcourant des kms, pourquoi ne pas en profiter pour aider certains motards à découvrir des lieux de pèlerinages avec les messages d’espérances qui sont liés, inviter à visiter des monastères en découvrant les moines qui y vivent car sans nous ils n’iraient pas y trainer leurs bottes.

Et puisque le milieu motard est malheureusement touché par la souffrance avec les accidentés, les longues convalescences et les décès, pourquoi ne pas aider à découvrir le message d’espérance avec la passion et la résurrection du Christ, puisque le milieu motard est un terrain propice pour s’interroger et réfléchir sur la bonne nouvelle de Jésus Christ qui parcourait lui aussi les routes pour redonner de l’espérance et du sens comme sur les chemins d’Emmaüs.

Notre passion de la moto, si nous en faisons pas une idole peut nous permettre de grandir dans notre humanité en y développant notre solidarité, notre esprit d’ouverture en rencontrant des gens et des lieux très différents, et en nous interpellant sur le sens de la vie, de la souffrance et de la mort.

Alors, puisque rendre à Dieu ce qui lui revient est aussi ce à quoi nous sommes appelés en participant à la messe, eh bien préparons notre cœur pour communier afin de ne plus faire qu’un avec lui pour être davantage à son image.

Père Jacques Braem