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Association diocésaine de Saint-Denis-en-France
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Edito avril 2010

N'oublions pas le Samedi Saint !

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N’oublions pas le Samedi saint !

Entre le Vendredi saint et la veillée Pascale nous risquons toujours d’oublier le Samedi Saint ! Or n’est-il pas, par excellence, le jour où notre espérance est questionnée ?


Pour donner sens au Samedi Saint, nous pourrions relire le récit des disciples d’Emmaüs, pour y découvrir ce qu’ils ressentaient après la mort du Christ et avant que le Ressuscité ne se révèle à leurs yeux. C’est d’abord la tristesse qui est au rendez-vous : les deux disciples ont « l’air sombre » quand le Christ les rejoint sur la route et que leurs yeux sont empêchés de le reconnaître (Luc 24, 17). Mais c’est aussi une double déception qui habite le coeur des disciples. Déception de leur attente politique : « Nous, nous espérions qu’il était celui qui allait délivrer Israël » (Luc 24, 21). Déception que leurs compagnons n’aient pas vu le Christ ressuscité après que quelques femmes aient pourtant annoncé sa résurrection (Luc 24, 24). Tout cela n’était donc que racontars…

Le Samedi Saint est donc le temps où s’exprime la souffrance : souffrance devant la mort, souffrance devant des rêves brisés par la dure réalité des événements !
Le Samedi Saint est bien présent dans nos vies : la mort de nos amis et de nos proches est toujours une épreuve ; notre désir de construire un monde nouveau, plus fraternel et plus juste, est souvent questionné par la violence, la précarité, l’insécurité, la misère, le racisme, le chômage, la drogue… Devant de tels fléaux, ce que nous entreprenons peut nous paraître bien fragile et dérisoire jusqu’à nous dire : « A quoi bon ? » Le Samedi saint, et au cours de tous les « samedis saints » qui traversent notre vie, c’est bien notre espérance qui est mise à l’épreuve…
Sur la route d’Emmaüs c’est l’écoute d’une parole, la Parole du Christ, qui réchauffera le coeur des disciples (Luc 24, 32). C’est l’écoute de cette Parole qui les préparera à reconnaître la lumière du Ressuscité au cœur de leur nuit !

Tout au long de ma visite pastorale des cités, je découvre que les chrétiens n’hésitent pas à nommer et à analyser avec réalisme les difficultés rencontrées et vécues mais qu’ils n’hésitent pas non plus à nommer tous les gestes de solidarités qui marquent leur vie. Curieusement, ces échanges entre chrétiens, qui vont jusqu’à l’écoute de la Parole de Dieu, « réchauffent les coeurs » et chacun repart de ces rencontres remplis d’espérance, comme autrefois les disciples sont repartis d’Emmaüs pour annoncer à tous la bonne nouvelle de la résurrection ! Aujourd’hui comme hier, « l’espérance ne nie pas la peur, mais elle nous permet d’habiter au-delà de la peur, au-delà de la mort. Elle est "une façon d’être au monde" »(1).


+ Pascal Delannoy

Évêque de Saint-Denis-en-France

(1) Christian Salenson, Christian de Chergé, une théologie de l’espérance - Ed. Bayard 2009, p. 170.